René Dalize
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À Paris (France)
Au Chemin des Dames (France)
| Naissance | À Paris (France) |
|---|---|
| Décès |
(à 37 ans) Au Chemin des Dames (France) |
| Nom de naissance |
René Dupuy |
| Surnom |
René Dupuy des Islettes |
| Nationalité | |
| Activité |
romancier, poète, journaliste |
| Conflit | |
|---|---|
| Genre artistique |
roman, poésie |
|
René Dalize, né Charles Marie Edouard René Dupuy[1] à Paris le et mort le au Chemin des Dames dans les combats de la Première Guerre mondiale, est un écrivain français, ami de Guillaume Apollinaire, qui lui a dédié son recueil Calligrammes.
Charles Marie Edouard René Dupuy est le fils du journaliste parisien Charles Dupuy, rédacteur en chef de l'hebdomadaire monarchiste La Gazette de France ; la famille a des origines en Martinique et prétend descendre du chevalier Auguste Dupuy des Islets (1760-1829), créole de Saint-Domingue, lointain cousin de Joséphine Tascher de la Pagerie dont il aurait été l'amant et introducteur du menuet aux Antilles[2]. Cependant, aucun lien généalogique ne semble avoir été établi en ce sens[3],[4].
Dans ses mémoires autobiographiques parues en 1994, J'ai eu pour métier ma passion, le metteur en scène René Dupuy (1920-2009) indique qu'il est le fils d'une sœur de René Dupuy, Charlotte, et que les enfants, mal aimés de leur mère, avaient été expédiés dans des établissements religieux[5].
René Dalize rencontre Guillaume Apollinaire, qui a un an de moins que lui, en 1892 au collège catholique Saint-Charles de Monaco, dirigé par les frères maristes et devient son ami[2]. Dalize y sera élève pendant deux ans. Apollinaire évoque cette période dans le poème « Zone » d'Alcools :
- Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
- Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église
- Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
- Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
En 1897, René Dupuy entre dans la marine où il restera jusqu'en 1908 ; il est aspirant à Cherbourg, enseigne de vaisseau en 1901-1902 sur le croiseur "Suchet" ; il assiste le à l'éruption de la montagne Pelée à la Martinique : le "Suchet" s'y trouvait et put secourir des marins et des passagers des autres navires en feu au mouillage dans la rade[N 1]. Dalize sert ensuite sur le contre-torpilleur "Mousquet" en Méditerranée en 1904 et comme second sur un torpilleur dans la Manche en 1905-1906. Il quitte la marine en 1908[6].
Il est à Paris à partir de 1909 et renoue avec Guillaume Apollinaire ; il fréquente le monde littéraire et journalistique, notamment dans le salon animé par Augustine Bulteau qui épousera Paul-Jean Toulet avec lequel il se lie. Dalize, comme d'autres anciens officiers de marine[7], est l'un des introducteurs dans ce monde d'artistes, d'écrivains et de journalistes de l'usage de l'opium[N 2].
En , il fonde avec Guillaume Apollinaire, André Billy, André Salmon et André Tudesq la revue littéraire et artistique Les Soirées de Paris qui paraîtra jusqu'en . Il y publie des articles et des textes (« La littérature des intoxiqués », no 1, où il propose « trois récits de vision » qui « résument [...] assez bien à eux seuls, la littérature entière de l'opium » ; « Sur le bateau de fleurs », no 2 ; « Variations sur le cannibalisme », no 3 ; « La Révolte », no 4 ; « À propos d’un livre de M. Barrès », compte-rendu de Gréco ou le secret de Tolède de Maurice Barrès, no 5) ainsi que des poèmes[8].
Il publie en 1912 sous le pseudonyme de Franquevaux en feuilleton dans le journal Paris-Midi un roman d'aventures Le Club des neurasthéniques. Trois romans parus en 1914 sous le nom d'Apollinaire ont été attribués à René Dalize : La Fin de Babylone[9], Les trois Don Juan et La Rome des Borgia[10].
La guerre
Incorporé en 1914, René Dalize est affecté au 18e régiment d'infanterie puis au 414e régiment d'infanterie où il retrouve le poète Jean Le Roy ; avec lui, et François Bernouard, poète et typographe, il crée un journal de tranchées, Les Imberbes, qui a pour sous-titre « paraissant de temps à autre et longtemps s'il plaît à M.M. les Allemands ». Sa Ballade du pauvre Macchabé mal enterré y paraît dans le no 4 d' sous le pseudonyme de caporal Baron de Franquevaux[11].
En , Dalize est nommé capitaine. Il est nommé chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur le [12].
Il est tué le par un obus au plateau de Californie, partie orientale du Chemin des Dames qui domine le village de Craonne[N 3]. Il est enterré à la hâte, et il ne reste rien de sa tombe, un sort que Dalize a anticipé dans sa Ballade du pauvre Macchabé :
- Je suis le pauvre macchabée, mal enterré,
- Mon crâne lézardé s’effrite en pourriture,
- Mon corps éparpillé divague à l’aventure,
- Et mon pied nu se dresse vers l’azur éthéré.
- Plaignez mon triste sort.
- Nul ne dira sur moi : « Paix à ses cendres ! »
- Je suis mort
- Dans l'oubli désolé d'un combat de décembre.
Son nom figure dans la liste des personnes citées au Panthéon de Paris parmi les écrivains morts pour la France.
L'annonce de la mort de Dalize affecte profondément Apollinaire, qui l'évoque dans une longue lettre du à Georgette Catelain : « Je viens de perdre mon plus cher ami, celui qui est mentionné dans Alcools [...] Un obus est venu confirmer son récent pessimisme. Il a clamé sa mort en des lettres. Il a su qu'il mourrait si on ne le tirait pas de l'épouvantable enfer où il était depuis 1914. C'est une chose effrayante que cette mort, je n'y peux penser sans frémir [...] Je perds outre un compagnon délicieux mon plus ancien mon meilleur ami. Cela ne se remplace pas et celui-là était d'une qualité unique. »[13]. Le , il lui consacre un article dans le Mercure de France et contribuera à l'édition en 1919 de son poème Ballade du pauvre macchabée mal enterré illustré de gravures sur bois par André Derain [14].
Apollinaire avait brièvement évoqué Dalize dans un des contes du recueil Le Poète assassiné, publié en 1916[N 4],[15]. Il lui dédie en 1918 le recueil de poèmes Calligrammes : « A la mémoire du plus ancien de mes camarades RENE DALIZE mort au champ d'honneur le 7 mai 1917. », et l'évoque dans le poème "La colombe poignardée et le jet d'eau" :

- Où sont Raynal Billy Dalize
- O mes amis partis en guerre
- Dont les noms se mélancolisent