Restaurant Griffon
From Wikipedia, the free encyclopedia

Cet article peut contenir un travail inédit ou des déclarations non vérifiées ().

Le Griffon était un restaurant parisien situé dans le quartier de l'Opéra, au 6 de la rue d'Antin. Il a été fondé en 1912 et disparu dans les années 1950. Un second établissement du même nom fut ouvert dans l'entre-deux-guerres au 27 avenue Victor-Hugo.
Description
Le Griffon est fondé en 1912 par Eugène Griffon (1865-1925). Ce restaurateur parisien travaillé dans des établissements réputés : Foyot, Paillard et le Café Voisin, célèbre dans le Paris de la Belle Époque, dont il fut le premier maître d'hôtel.
Eugène Griffon fait du Griffon un lieu prisé pour sa cave, l'une des plus belles de la capitale. Une commande de plus de 6 000 bouteilles, passée en 1919 (image ci-dessous), donne une idée de la réserve qu'il s'était constituée. Le Griffon avait acquis une certaine renommée dès ses premières années.

Les clients entraient par une porte tambour activée par un groom. Le sol de l'entrée en mosaïque représentait un griffon héraldique. Ce motif revenait sur la carte et sur le service en argent. Le sol était en mosaïque dans tout l'établissement, recouvert d'une épaisse moquette en hiver.
Il y avait trois salles, chacune décorée de lustres en pierreries et de grands vases en porcelaine de Sèvres : une grande salle, une plus petite, toute en marbre et une autre en longueur, surnommée le wagon-restaurant. De petits poufs étaient disposés sous les pieds des clientes.
Première Guerre mondiale


La Première Guerre mondiale éclate moins de deux années après la fondation du restaurant. Eugène Griffon participe à l'effort de guerre en faisant livrer des vivres aux soldats.
Malgré l'austérité, le restaurant conserva sa clientèle. Certains hauts personnages se faisaient accompagner de ces élégantes que l'on appelait les lionnes. L'établissement comptait parmi ses fidèles clients le prince Antoine d'Orléans, infant d'Espagne et duc de Galliera, alors séparé de son épouse et vivant à Paris. Il fut le parrain du plus jeune fils d'Eugène Griffon, né le 13 juin 1918 au hameau Boileau.
L'établissement était fréquenté par des artistes : le peintre Louis Malespina ou le sculpteur Henri Varenne. Ils exécutèrent l'un et l'autre le portrait du propriétaire.
L'entre-deux-guerres
À la fin de la guerre, le restaurant bénéficia de l'euphorie des Années folles. Le Robert-Robert, guide des restaurants parisiens de 1922 le décrit : « Agréable maison, fréquentée par force beaux messieurs et belles dames. Mérite sa réputation »[1].

Eugène Griffon meurt le 31 août 1925 d'une embolie pulmonaire. Une annonce fut passée dans la rubrique nécrologique des journaux Le Temps, L'Intransigeant, Excelsior, Le Matin, Le Journal et Le Figaro. Sa veuve géra le restaurant.
L'établissement continuait d'accueillir des personnalités. Jacques et Violette de Sibour y dînent en septembre 1928 lors de la première escale de leur très médiatisé tour du monde en avion. Dans ses souvenirs de voyage parus en 1930, la vicomtesse Violette de Sibour (une britannique d'origine américaine, fille de Harry Gordon Selfridge, propriétaire des magasins du même nom) raconte qu'avec son époux, ils retrouvèrent leur fils à Paris pour un dîner au Griffon, « un restaurant à la mode » écrit-elle[2].
Après le krach boursier de 1929, pour relancer son établissement, Marcelle Griffon ouvrit des salons au premier étage, qu'elle inaugura le 22 décembre 1933. Elle fit paraître des publicités dans les programmes des théâtres parisiens, par exemple, dans le programme du théâtre des Nouveautés pour la saison 1934-1935, aux côtés de grands noms de la restauration.
Seconde Guerre mondiale


Quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, un second restaurant fut ouvert au 27 de l'avenue Victor-Hugo.
Le Griffon se trouvait en face du siège de la Banque de Paris et des Pays-Bas (aujourd’hui BNP), l’hôtel de Mondragon, où Bonaparte avait épousé Joséphine de Beauharnais le 9 mars 1796. Durant l'Occupation, l’hôtel fut réquisitionné par les allemands et devint le siège de l’Association franco-allemande pour le développement de l’industrie chimique. Le restaurant de la rue d'Antin fut fréquenté par les officiers de la Wehrmacht
Marcelle Griffon célébra l'entrée en guerre de la Russie aux côtés de la France le 22 juin 1941, en offrant un repas « arrosé des meilleurs crus » au prince Vladimir Romanovsky-Krassinsky, Vova, alors recherché par la police allemande. Il était le fils du grand-duc André de Russie, cousin germain du tsar Nicolas II, et de son épouse, la célèbre ballerine Mathilde Kschessinska : elle relate cet épisode dans ses mémoires[3]. Soupçonné d'espionnage par l'état-major allemand, il devait se rendre ce jour-là aux autorités d'occupation.
Après-guerre et fermeture
À la Libération, Marcelle Griffon, secondée par ses fils, modernisa son établissement. Les murs furent décorés de fresques peintes par Mick Micheyl, alors jeune diplômée de l'École des Beaux-arts de Lyon, qui sera plus tard une vedette de la chanson française.

Marcelle Griffon devint membre de l'Association des femmes chefs d'entreprises, créée en janvier 1945.
Marcel Cerdan dîna au restaurant en 1948, à son retour des États-Unis, alors qu'il venait d’être sacré champion du monde de boxe.
Le 8 mars 1949, un repas fut donné par les Compagnons de la Belle Table en l'honneur du consul général de Suède Raoul Nordling : il avait sauvé Paris, cinq ans auparavant, d’une destruction planifiée par Hitler. Chaque menu était numéroté et illustré d'une gravure au burin d'Albert Decaris, signée de sa main.


En 1949, un repas fut organisé par l'association de la presse anglo-américaine de Paris en présence du comte Sforza, alors ministre italien des Affaires étrangères en visite officielle en France, qui fut une figure de l'opposition au fascisme dans l'entre-deux-guerres.

Le Griffon organisa le banquet annuel de l'UNEG, l'Union nationale des évadés de guerre. Deux des fils de madame Griffon en étaient membres.

Les deux établissements fermèrent leurs portes au début des années 1950, environ quarante années après la fondation du restaurant de la rue d'Antin par Eugène Griffon.
- Menu du déjeuner Primagaz du 20 mai 1950 en présence de Jean Inglessi, fondateur de la société.
- Liste des invités.
- Discours de Jean Inglessi.
Notes et références
Liens externes
- « Restaurant Griffon - 6 rue d'Antin », sur bibliotheques-specialisees.paris.fr (consulté le )