Rhétie (Raetia curiensis)
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La Rhétie (latin Raetia curiensis, de Churrätien, Churwalchen) est, du haut Moyen Âge jusqu'au début de l'époque moderne, la désignation de la partie de l'ancienne province romaine Raetia prima qui a conservé son caractère linguistique et culturel à travers la période des migrations germaniques de l'antiquité tardive.

A l'époque romaine , la Raetia Prima était également connue sous le nom de sa capitale, Raetia Curiensis..Ainsi, la désignation germanophone Churrätien n'est à l'origine que la traduction allemande du nom latin. Cependant, au haut Moyen Âge, cette expression ne désigne plus que la partie centrale et méridionale de l'ancienne province. En effet, durant la période des grandes migrations des peuples germains, la partie nord de ce territoire, entre Constance et Bregenz, est peuplée par les Alamans, ce qui entraîne la disparition ou l'assimilation complète de la population romanisée. Dans la Raetia curiensis en revanche, cette population romanisée se maintient et conserve des dialectes et une culture romane jusqu'au Moyen-Âge, ce qui donne par la suite naissance aux différentes dialectes romanches contemporains.
Par ailleurs, dans les sources germanophones se rapportant à ce territoire, on trouve également les expressions Churwalchen et Churwahlen pour le nommer. Les termes walch et welsch se rapportent dans ces sources germanophones aux langues et à la culture romane.
Délimitation
Il n'est pas possible de délimiter avec précision le territoire de la Rhétie au haut Moyen Âge ; il a évolué au fil des siècles mais l'histoire de ses modifications territoriales n'est que partiellement connue.
Le noyau du territoire comprenait :
- les actuels Grisons (à l'exception du Misox et du Puschlav);
- le Liechtenstein actuel;
- dans le Vorarlberg, la région région du Walgau ((incluant Feldkirch, Damüls, le Großes Walsertal et Montafon);
- la vallée saint-galloise du Rhin jusqu'au Hirschensprung;
- le pays de Sargans;
- le Val Venosta (jusqu'au XIIe siècle);
- la plaine de la Linth
- l'Urseren (et peut-être même la totalité du territoire de l'actuel canton de Glaris)
L'appartenance des vallées de Bergell et de Vinschgau à la province de Raetia prima dans l'Antiquité tardive est sujette à controverse. Toutefois, ces deux régions sont intégrées à la Rhétie au VIe siècle[1].
La Rhétie correspond au territoire du diocèse de Coire. On suppose que l'évêque de Coire a assumé l'administration de la Raetia prima durant la période des grandes migrations des peuples germaniques, après que les Romains, puis les Ostrogoths, se trouvent contraints à se concentrer sur l'administration et la défense du cœur de leur territoire.
Histoire
La province romaine de Rhétie
La Rhétie, aussi appelée Rhétie-Vindélicie, était une province de l'Empire romain, habitée dans le Tyrol par les Rhètes et en Bavière par les Vindéliciens ; elle correspond de nos jours aux cantons actuels des Grisons et du Valais, au Tyrol, au Vorarlberg, au Sud de la Bavière, à l'Est du Wurtemberg et au Nord de la Lombardie (Valteline).
Aux alentours de l'an 180, les Romains conquièrent les territoires des contreforts alpins entre le Danube et l'Inn, la Suisse actuelle au sud du lac de Constance, et le nord du Tyrol, unifiés sous domination romaine. À cette époque, la Rhétie devint une province impériale de seconde classe, administrée par un sénateur de rang prétorien.
Durant son règne (284-305), Dioclétien réforme profondément l'administration territoriale de l'Empire, en multipliant le nombre de provinces et en créant une entité supérieure aux provinces, les diocèses. En 297, la Rhétie (Raetia) est divisée en deux nouvelles provinces : Raetia prima ( raetia curiensis ) et Raetia secunda ( Raetia vindelica ). Ces deux nouvelles provinces appartenaient au diocèse d'Italie et étaient placées sous commandement militaire conjoint d'un Dux Raetiae primae et secundae . L'administration civile de chacune des deux provinces était assurée par gouverneur de moindre rang (Praesides). régies par deux gouverneurs de moindre rang (Praesides) ayant respectivement leur siège à Curia Raetorum (Coire) et Augusta Vindelicorum (Augsbourg). Les dénominations allemandes ultérieures Churrätien et Vindelicien proviennent du lieu de ses résidences.
Fin de la domination romaine – Période des migrations

Même après la chute de Rome en 476, les liens politiques entre la Raetia prima et l'Italie se poursuivent, voire même se renforcent. Dans un premier temps la Raetia prima passe sous l'autorité d'Odoacre. Après la mort de ce dernier en 493, le royaume ostrogoth prend le contrôle de la Raetia prima[2]. Le roi ostrogoth Théodoric le Grand organise sa domination de la même manière que ce qui existait sous l'empire romain : il appointe un dux pour le commandement militaire de la Raetia prima et de la Raetia secunda ainsi qu'un praeses pour l'administration civile. Le principal centre administratif de la Raetia prima est Coire (mentionné dans les sources pour la première fois comme évêché en 452).
Confronté à la reconquête justinienne, son successeur Vitigès cède une partie de la Raetia prima (la région située au sud du Lac de Constance), au roi franc Théudebert Ier en échange du soutien militaire de ce dernier. Le roi franc le trahit cependant et envahit la Ligurie[3]. Quant à la Raetia prima, elle passe sans doute peu après 536 sous domination francque et est intégrée à l'Austrasie (soit la partie orientale du royaume mérovingien)[4]. Le lien politique entre la Raetia curiensis et l'Italie est définitivement perdu.
Culturellement et religieusement, le vocabulaire ecclésiastique romanche offre les indices d'une romanisation et d'une christianisation importantes. de la Raetia curensis du Ve au VIe s[4]. Le diocèse de Coire a peut-être été fondé au IVe s. déjà. Le premier évêque attesté est Asinio (451)[4].
Au VIIe et au début du VIIIe s., sous un pouvoir franc affaibli, la Raetia curiensis, marginale et autonome, voit s'affirmer la famille indigène des Zaccon/Victorides, originaire de Coire.
Plusieurs membres de cette famille se succèdent et cumulent l'ancienne fonction politique de praeses avec la dignité d'évêque de Coire. Ils parviennent ainsi à contrôler à la fois les anciens biens impériaux et fiscaux romains et les terres de l'Église. Le dernier membre de cette famille a exercer ce pouvoir temporel et spirituel est sans doute l'évêque Tello, de 759 à 765 environ.
Comté de Rhétie
Charlemagne, après avoir lié plus étroitement l'Alémanie au royaume franc et conquis le royaume lombard (773-774), il s'attaqua peu à peu à l'autonomie politique de la Raetia Curensis, qui est une région utile pour ses communications. Vers 773, il confirme le successeur de Tello, Constantius, ainsi que les droits de la Raetia curiensis, sous réserve de fidélité. A son décès, Charlemagne nomme directement son successeur, Remedius, un homme issu de sa cour impériale.
A la mort de Remedius (apr. 805), Charlemagne institua un comte franc, Hunfrid I aux pouvoirs et aux biens distincts de ceux de l'évêque. Le comte de la Rhétie (latin : comes curiae, comes curiensis) reçoit ainsi les terres attachées à sa fonction et celles tenues en bénéfice royal par les vassaux d'Empire, afin surtout d'assurer la protection des voies de communication. La Rhétie devient ainsi un comté (de : Grafschaft Rätien). A sa mort, son fils Roderich lui succède. Les relations entre ce dernier et l'évêque de Coire, Victor III, sont tendues. Ce dernier se plaint par quatre fois auprès de Louis le Pieux du fait que Roderich s'est emparé de biens supplémentaires - des églises et des reliques essentiellement. Louis le Pieux tranche en sa faveur et lui remet quelques biens vers 831. Dans les années 830 et 840-843, la Rhétie, zone frontière, est impliquée dans les conflits de succession et d'hégémonie chez les Carolingiens.

Au traité de Verdun (843), la Rhétie. est attribuée au royaume franc de l'Est (Austrasie); le diocèse de Coire passe de l'archevêché de Milan à celui de Mayence, ce qui favorise la germanisation, commencée après 805, des dirigeants ecclésiastiques et laïques, ainsi que du droit.
Sur le plan culturel, la Rhétie connaît son apogée à l'époque carolingienne (centres: diocèse de Coire, abbayes de Disentis, Müstair et Pfäfers), l'influence de Coire comme lieu de formation s'étendant jusqu'à Saint-Gall.

De 850 env. à 950, les documents historiques deviennent plus rares; la Rhétie. voit diminuer son importance politique et celle de ses routes. Elle est incorporée au duché de Souabe en 917. La Rhétie et ses cols émergent à nouveau dans la seconde moitié du Xe s., les évêques de Coire soutenant les Ottoniens. Comme l'indiquent des sources postérieures, la Rhétie se morcelle au Xe s. en trois comtés: Basse-Rhétie jusqu'à la Landquart, Haute-Rhétie et val Venosta, morcelés à leur tour au XIIe s. Les familles Hunfrid, Guelfes, Bregenz, Udalrich, notamment, détiennent la charge de comte. Dans le val Venosta, les comtes du Tyrol s'imposent dès 1141. En Haute et Basse-Rhétie, on rencontre dès le XIIe s. une quantité de seigneuries ecclésiastiques et laïques, et, plus tard, d'institutions communales.