Rihab Taha
biologiste irakienne
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Rihab Rashid Taha al-Azawi (en arabe : رحاب رشيد طه), née le , est une microbiologiste irakienne. Elle est connue pour son travail au sein du programme d'armes biologiques (en) de Saddam Hussein, mentionné par l'administration Bush comme un programme d'armes interdites et qui a servi de justification pour l'invasion de l'Irak. Elle est surnommée « Dr Germ » par les équipes d'inspection des Nations Unies et l'une des femmes les plus dangereuses du monde.
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Amer Mohammad Rashid (en) |
Origine et études
Rihab Taha est née en 1957 dans une famille baasiste et fait ses études à l'Université de Bagdad[1]. De 1980 à 1984, elle étudie grâce à une bourse du gouvernement irakien à l'Université d'East Anglia à Norwich, où elle soutient son doctorat de phytotoxicité sur les maladies des plantes[2]. Elle est ensuite employée en Irak dans le domaine des armes chimiques, sans que l'on sache si ce parcours était prévu dès ses études ou si ce poste lui a été proposé à son retour dans son pays[3]. Elle rencontre le général Amer Mohammad Rashid (en), docteur en ingénierie de l'université de Birmingham, lorsqu'ils sont tous deux invités en 1993 à New York pour une réunion avec la Commission spéciale des Nations Unies (UNSCOM). Il est ancien ministre irakien du Pétrole, directeur de la Corporation militaro-industrielle irakienne et responsable des programmes d'armement de pointe de Saddam Hussein[2]. Le couple se marie peu après[2].
Développement d'armes biologiques
Rihab Taha propose en 1985 à Saddam Hussein le redémarrage d'un programme d'arme bactériologique, abandonné depuis 1978, et qu'elle marque de son empreinte dans son développement[3],[4]. Selon ses dires, elle souhaitait aider son pays et le défendre dans un contexte de tension avec le Koweït et d'armement d'Israël[3].
Il est mis en place, d'après la Commission spéciale des Nations Unies (UNSCOM), après l'invasion du Koweït par l'Irak en août 1990 à Al Hakum (en)[3]. Lors de plusieurs visites en Irak, l'équipe d'inspection de l'UNSCOM, créée après l'invasion du Koweït en 1990, est informée par Taha qu'Al-Hakam est une usine d'aliments pour volailles[5]. « Cette usine de production d'aliments pour animaux présentait quelques particularités », déclare plus tard Charles Duelfer, vice-président exécutif de l'UNSCOM, aux journalistes, « à commencer par l'important dispositif de défense aérienne qui l'entourait »[6].
En janvier 1991, une équipe de 100 scientifiques et personnels de soutien avait chargé 157 bombes et 16 ogives de missiles avec de la toxine botulique, et 50 bombes et cinq ogives de missiles avec de l'anthrax. Dans une interview accordée à la BBC, Taha a nié que le gouvernement irakien ait militarisé la bactérie. « Nous n'avons jamais eu l'intention de l'utiliser. Nous n'avons jamais voulu nuire à qui que ce soit »[6]. Elle complète par le contexte : « L'Irak est menacé par différents ennemis et nous nous trouvons dans une région en proie à des conflits. Je pense que nous avons le droit de disposer de moyens de défense et d'un moyen de dissuasion. »[7]. Cependant, l'UNSCOM retrouve les munitions immergées dans une rivière près du site d'al-Hakam. L'UNSCOM a également découvert que l'équipe de Taha avait mené des expériences d'inhalation sur des ânes d'Angleterre et des beagles d'Allemagne. Les inspecteurs ont saisi des photographies montrant des beagles en proie à des convulsions dans des conteneurs scellés.

Si les États-Unis se doutent d'un programme chimique, ils en ont la confirmation lors de la défection de Kamel Hussein, gendre de Saddam Hussein qui révèle son nom comme cheffe du programme[6]. Son profil, une femme, petite, considérée comme calme et peu brillante, surprend les journalistes[8],[9]. En 1995, Rod Barton, inspecteur principal des armes de l'UNSCOM, originaire d'Australie, montre à Taha des documents obtenus par l'UNSCOM auprès du gouvernement israélien. Ces documents prouvaient que le régime irakien venait d'acheter 10 tonnes de milieu de culture auprès d'une société britannique nommée Oxoid. Cette quantité était bien supérieure à ce que le pays utilisait à titre purement médical à l’époque[3].
Confrontée à ces preuves par l'UNSCOM, Taha a admis devant les inspecteurs que son agence d'armes biologiques avait cultivé 19 000 litres de toxine botulique[6] ; 8 000 litres d'anthrax[10] ; 2 000 litres d'aflatoxines cancérigènes pour le foie ; Clostridium perfringens, bactérie responsable de la gangrène gazeuse ; et la ricine, dérivée de l'huile de ricin, létale par inhibition de la synthèse protéique[11]. Elle a également reconnu avoir mené des recherches sur le choléra, la salmonellose, la fièvre aphteuse et la variole du chameau, une maladie dont la culture utilise les mêmes techniques que celle de la variole, mais qui est plus sûre pour les chercheurs. C'est la découverte des travaux de Taha sur la variole du chameau qui fait craindre aux services de renseignement américains et britanniques que Saddam Hussein ait envisagé d'utiliser le virus de la variole comme arme biologique. En effet, l'Irak a connu une épidémie de variole dans les années 1970 et les scientifiques de l'UNSCOM pensaient que le gouvernement aurait pu conserver des matières contaminées. Des expérimentations sur les êtres humains sont également suspectés[12]. Taha a admis avoir produit des agents de guerre bactériologique, mais a affirmé qu'ils avaient été détruits[13]. Toutefois, les experts notent une différence qui fait penser à une dissimulation d'anthrax[6].
L'anthrax disparu est l'une des raisons invoquées pour justifier la guerre en Irak et avait été souligné par le secrétaire d'État américain de l'époque, Colin Powell, lors de son discours au Conseil de sécurité en février 2003. Cependant, selon un rapport de l'Iraq Survey Group (en) publié le 6 octobre 2004, Taha a déclaré aux enquêteurs américains qu'elle et ses collègues avaient déversé l'anthrax disparu près des portes d'un des palais de Saddam Hussein en avril 1991, mais qu'ils avaient eu peur de l'admettre par crainte de s'attirer les foudres du dictateur. Les biologistes irakiens ont donc affirmé aux inspecteurs des Nations Unies chargés du désarmement que l'anthrax disparu n'avait jamais existé[14]. Le 18 mars 2005, l'Associated Press rapporte que Taha avait fourni une explication concernant l'écart de 1800 gallons entre la quantité d'anthrax que l'ONU savait qu'elle avait fabriquée et celle qu'elle avait admise avoir détruite.
Taha s'est fait connaître du grand public occidental après avoir été citée dans un dossier des services de renseignement britanniques de 2003, rendu public par le Premier ministre Tony Blair, concernant les capacités biologiques, chimiques et nucléaires de l'Irak. Ce dossier affirmait que Taha avait joué un rôle de premier plan dans la fabrication de l’anthrax et d'autres agents biologiques[15]. Un rapport de 1999 commandé par l'état-major interarmées des États-Unis et la Defense Intelligence Agency (DIA) l'a désignée comme l'une des femmes les plus dangereuses au monde[16].
Arrestation puis libération

Le 10 mai 2003, le gouvernement américain annonce que Taha s'est rendue aux forces de la coalition après avoir négocié sa reddition[17],[18].
Le 18 septembre 2004, le groupe islamiste Jama'at al-Tawhid wal-Jihad enlève un couple américain ainsi que l'ingénieur britannique Kenneth Bigley, les menaçant de mort si des prisonnières irakiennes n'étaient pas libérées. Le couple est tué dans les 72 heures qui ont suivi leur captivité, mais Bigley est maintenu en vie pendant trois semaines. Les seules prisonnières irakiennes détenues à cette époque, selon le gouvernement britannique, étaient Taha et la chercheuse en biotechnologies Huda Salih Mahdi Ammash (en), qui figure sur la liste américaine des 55 personnes les plus recherchées par le régime de Saddam Hussein[19]. Il était espéré que la libération de ces femmes, qui n'étaient accusées d'aucun délit, entraînerait celle de Bigley. Mais en raison de revirement politique, l'échange n'a pas lieu et Bigley est tué le 7 octobre 2004.
Rihab Taha est libérée en décembre 2005, parmi 22 prisonniers dits « de grande valeur », sans inculpation[20]. Cette libération s'est effectuée deux jours après les élections nationales irakiennes, après plus de 30 mois de détention[21].
Distinctions
En 1997, Saddam Hussein remet à Rihab Taha une médaille pour ses réalisations scientifiques[3].
Postérité
Rihab Rashida Taha est citée comme un modèle pour les femmes irakiennes intéressées par les sciences[3].