Robert Lee
militaire américain, commandant de l'Armée confédérée (1807-1870)
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Robert Edward Lee, né le à la plantation de Stratford Hall et mort le à Lexington, est un militaire américain. Diplômé de l'Académie militaire de West Point, il est officier du génie pendant plus de trente ans dans l'armée des États-Unis. Quand éclate la guerre de Sécession, il s'illustre en tant que commandant de l'armée de Virginie du Nord, et obtient brièvement le commandement des armées confédérées à la fin du conflit.
- Marse Robert (« Maître Robert »)[1],[2],[3],[note 1]
- The grey fox (« Le Renard gris »)[4],[5],[note 2]
- The Marble Man (« L'homme de marbre »)[6]
- Uncle Robert (« Oncle Robert »)[3]
- Marble model (« Le modèle de marbre »)[7]
- Granny Lee (« Grand-mère Lee »)[8],[2],[note 3]
- Evacuating Lee (« Lee l'évacuateur »)[9],[note 3]
- King of Spades (« Le Roi de Pique »)[1],[10],[2],[note 4]
- Old Spade Lee (« Lee la vieille bêche »)[10],[note 4]
Stratford Hall, Virginie, États-Unis
Lexington, Virginie, États-Unis
Fils d'Henry Lee III, un officier révolutionnaire durant la guerre d'indépendance des États-Unis, Robert Lee participe à la guerre américano-mexicaine et obtient le grade de colonel. Lorsque la Virginie fait sécession de l'Union en , Lee décline l'offre d'un commandement dans l'Union par l'administration Lincoln et choisit de combattre pour son État d'origine[11],[12]. Le , il est nommé parmi les cinq généraux d'armée de la Confédération. Au cours de la première année de la guerre, il sert de conseiller militaire au président confédéré Jefferson Davis. Une fois qu'il prend en 1862 le commandement de l'armée de Virginie du Nord (grande armée confédérée opérant sur le théâtre oriental), il apparaît vite comme un tacticien habile et un excellent commandant sur le champ de bataille, remportant la plupart de ses batailles contre des armées de l'Union numériquement bien supérieures, notamment à la bataille de Chancellorsville[13],[14] (aussi surnommée Lee's perfect battle — la bataille parfaite de Lee). Il devient rapidement une « légende sudiste »[15] et certains le surnomment alors The grey Fox[4] (Le Renard gris[5]).
Les stratégies à long terme de Lee sont plus discutables, et ses deux grandes offensives dans les territoires contrôlés par l'Union finissent en défaites à la bataille d'Antietam[16] et à la bataille de Gettysburg[17]. Ses tactiques agressives, qui entraînent de lourdes pertes à un moment où la Confédération manque d'hommes, font l'objet de critiques au cours des dernières années, tandis qu'à partir de 1864, les campagnes du général de l'Union Ulysses S. Grant mettent à mal la Confédération. Le , Lee est nommé général en chef de l'armée confédérée[18]. Malgré de lourdes pertes infligées à l'ennemi, il est incapable de changer le cours de la guerre. Il se rend à Grant à Appomattox le [19],[20] affectant sérieusement le moral des sudistes. L'armée de Virginie du Nord rendue, les autres forces confédérées capitulent rapidement après sa reddition.
Au lendemain de la guerre, il devient président du Washington College à Lexington en Virginie, rebaptisé Washington and Lee University après sa mort. Il soutient le programme du président Andrew Johnson prônant la reconstruction et appelle à la réconciliation entre les unionistes et les ex-confédérés. Toutefois, il s'oppose aux propositions des Républicains radicaux qui veulent donner le droit de vote aux esclaves libérés et le retirer aux ex-confédérés.
Après sa mort en 1870, la figure de Robert Lee est érigée en mythe par les théories révisionnistes de la « Cause perdue ». De nombreux hommages lui sont rendus, à travers des monuments commémoratifs ou des noms de lieux, principalement dans le Sud, mais aussi parfois dans le Nord. Au XXIe siècle, sa légende dorée est remise en cause, parallèlement à l'essor du mouvement Black Lives Matter, entraînant une importante vague de dé-commémoration et déboulonnage de ses statues.
Biographie
Avant la guerre
Jeunesse et formation

Robert E. Lee est né le dans la plantation Stratford Hall dans le comté de Westmoreland, dans le Nord-Est de l'État de Virginie. Il est le cinquième fils du général Henry Lee III (1756-1818), qui fut gouverneur de Virginie, et de sa seconde épouse, Anne Hill Carter (en) (1773-1829)[21].
La famille Lee est issue de l'une des plus vieilles familles de Virginie. Henry Lee III est un ami et l'un des généraux de George Washington durant la guerre d'indépendance[22]. Anne Hill Carter est une descendante de Robert « King » Carter et a grandi sur le domaine de la plantation de Shirley, en Virginie. Henry Lee III a dilapidé la fortune de ses deux épouses successives[22] avant d'abandonner sa famille et de partir aux Antilles[22]. Il meurt alors que son fils Robert n'a que 11 ans, laissant la famille criblée de dettes. La famille Lee s'installe alors à Alexandria, laissant la plantation, reçue en héritage, au fils aîné de Henry Lee.
Très bon élève à l'académie d'Alexandria, Robert Lee entre en 1825 à l'Académie militaire de West Point. Sergent au bout d'une année de scolarité, il excelle en tactique militaire et en artillerie et obtient rapidement une confortable place de second dans la classe, derrière Charles Mason (en). Il est décrit par ses camarades - Joseph E. Johnston, entre autres - comme le cadet parfait[23], à la fois rigoureux, brillant, sympathique, plein d'abnégation et même séduisant. Son attitude était irréprochable, respectueuse tout comme son langage et ses manières sans pour autant le rendre strict. Enfin, il était très attaché à ses devoirs tant personnels qu'officiels.
Avec cinq autres cadets, il se distingue en ne recevant aucun avertissement ("demerite") durant ses quatre années d'instruction. En 1829, il sort deuxième de sa promotion (sur 46 officiers)[24],[note 5] avec 1966,25 points, toujours derrière Mason, 1995,5 points[25].
Carrière militaire dans l'armée des États-Unis
- Photographie de Robert Edward Lee en tenue de civil en 1851.
- Dessin de Robert Edward Lee vers 1858 en uniforme de colonel de l'Union visiblement inspiré de la photographie ci-contre.
Officier du génie (1829-1855)
Diplômé de West Point, Robert Lee entreprend une carrière d'officier du génie (U.S. Engineer Corps) avec le grade de second lieutenant. Il est d'abord affecté sept mois à Fort Pulaski en Géorgie puis est transféré à Fort Monroe, dans la péninsule de Virginie, où il participe activement à la construction de Fort Calhoun. C'est durant son affectation à Fort Monroe qu'il se marie, en 1831.
De 1834 à 1837, Lee est adjoint au sein du bureau de l'ingénieur en chef à Washington (district de Columbia). Il est promu au grade de premier lieutenant en 1836. En 1837, il supervise les travaux du Génie du port de Saint-Louis (Missouri) et des ouvrages d'art sur le Mississippi et le Missouri. En 1838, il est promu capitaine et, en 1842, est affecté comme ingénieur en chef au Fort Hamilton.
La guerre du Mexique (1846-1848)
Le capitaine Robert Lee participe à la guerre du Mexique (1846-1848) au cours de laquelle il contribue à plusieurs victoires américaines en sachant exploiter le terrain en tant qu'officier d'état-major. Aide de camp de Winfield Scott lors de la marche de Veracruz à Mexico, Lee participe aux batailles de Contreras, de Churubusco et de Chapultepec où il est d'ailleurs blessé. Il est cité trois fois pour acte de bravoure[22] Il est distingué à titre honorifique au rang de colonel. Pendant ce conflit, il croisera le capitaine Ulysses S. Grant[22], futur chef des forces nordistes.
Après la guerre du Mexique, il passe trois ans à Fort Carroll à Baltimore (Maryland). Il refuse notamment à cette époque une offre du secrétaire à la Guerre, Jefferson Davis, de commander une attaque sur l'île espagnole de Cuba.
En septembre 1852, Lee devient superintendant de l'Académie militaire de West Point. Il y passe trois ans durant alors que son fils Custis Lee y est cadet. Il sortira premier de sa promotion en 1854.
Officier de cavalerie (1855-1860)
En 1855, Lee est promu lieutenant-colonel du nouveau 2e régiment de cavalerie. Il quitte alors le corps du génie, où il avait servi durant 25 ans, et prend son commandement à Camp Cooper au Texas. Il y protège notamment les pionniers des attaques des Apaches et des Comanches. Il vit alors loin de sa famille alors que son épouse est durablement souffrante.
L'héritage de la plantation Arlington

En 1857, Robert Lee devient l'exécuteur testamentaire de son beau-père, George Washington Parke Custis (en), et l'héritier de sa plantation Arlington et de 196 esclaves, tous destinés à être émancipés dans les cinq ans suivant la mort de leur ancien propriétaire selon le testament de celui-ci[26].
Pour gérer la plantation, Lee ne souhaite pas quitter l'armée et décide d'engager un contremaître. Toutefois, n'ayant pu trouver la personne idoine, il se résout à prendre un congé de deux ans pour diriger la plantation[27].
Harpers Ferry (1859)

En octobre 1859, l'anti-esclavagiste John Brown et vingt-et-un de ses hommes tentent de prendre d'assaut l'arsenal de la ville de Harpers Ferry dans l'Ouest de la Virginie. À la tête d'une compagnie de marines et de soldats détachés de la milice du Maryland et de Virginie, Lee est chargé d'arrêter les hommes du commando de Brown, retranchés dans l'arsenal avec des otages[28]. Après le refus de Brown de déposer les armes et de se rendre, Lee ordonne l'assaut contre les insurgés. Brown et les survivants de son commando sont rapidement capturés puis pendus.
La crise des sécessions (1860-1861)
En 1860, Robert Lee, aristocrate chrétien et conservateur[29] continue de servir l'armée des États-Unis mais en février 1861, le Texas, où Lee est cantonné, fait sécession. Le général David E. Twiggs, commandant général de l'armée fédérale au Texas, se met lui-même au service des sécessionnistes et remet le commandement de l'armée fédérale (4 000 hommes dont Lee) à la souveraineté texane.
Robert Lee est politiquement hostile à la sécession qu'il considère comme une trahison des pères fondateurs. Il revient alors à Washington où, sur proposition du général Winfield Scott, commandant-général de l'armée de l'Union, le nouveau président, Abraham Lincoln, le nomme colonel du premier régiment de cavalerie le . Trois semaines après sa promotion, Lincoln lui offre un commandement avec le rang de général.
Le , le gouvernement Lincoln lui propose discrètement le commandement de l'armée devant ramener le Sud dans le droit chemin mais celui-ci, attachée à son État natal, la Virginie, répondit : « Je vois la sécession comme de l'anarchie… Mais comment puis-je me résoudre à tirer l'épée contre mon État natal, ma famille, mes amis ? »[12]
Quand celui-ci s'apprête à rejoindre les États confédérés d'Amérique après le début de la bataille de Fort Sumter le , Robert Lee refuse sa promotion dans l'armée de l'Union, donne sa démission le et retourne en Virginie où, le , il prend le commandement des forces armées de Virginie.
S Robert Lee rejoint les États confédérés d'Amérique au nom de la loyauté à son État natal[30], il considère également le projet d'abolition de l'esclavage comme une ingérence inacceptable du Nord dans les affaires intérieures du Sud, et comme un casus belli[31]. Cette institution, avec laquelle Lee a un rapport ambigu[32], est un aspect prééminent du système social de la Confédération. Aussi, conscient de l'importance de la préservation de l'esclavage, il l'adopte comme objectif de guerre confédéré[33].
Guerre de Sécession

Début de la guerre
Robert Lee est d'abord le commandant des forces armées de Virginie avant que ne se forme l'armée des États confédérés dont il devient l'un des cinq premiers généraux.
Lee prend alors le commandement de l'armée confédérée de Virginie-Occidentale et connait son baptême du feu à la bataille de Cheat Mountain, où il est battu. Cela n'est pas sans conséquence pour sa réputation[34]. Il gagna alors les surnoms de "Granny Lee"[2] ou "Evacuating Lee"[34].
Il organise ensuite les défenses de la côte orientale de Caroline et de Géorgie[34] où il constate l'inexistence de la marine confédérée.
Il devient ensuite conseiller militaire du président confédéré Jefferson Davis[35],[36] avant de prendre le commandement de l'armée de Virginie du Nord en juin 1862.
Commandant de l'armée de Virginie du Nord

Campagne de la Péninsule et des Sept Jours
Durant le printemps 1862, l'armée du Potomac, commandée par le général George McClellan, avance sur Richmond, la capitale confédérée. Le général Joseph Eggleston Johnston ayant été blessé le à la bataille de Seven Pines, Lee prend alors le commandement de l'armée de Virginie du Nord avec pour objectif de défendre la ville et de repousser l'armée unioniste. Sa nomination suscite le débat dans la presse confédérée qui le pense trop timide et pas assez agressif pour ce genre de commandement. Après avoir supervisé le renforcement des défenses de Richmond au cours des trois premières semaines de juin (gagnant les surnoms de "King of Spades" et "Old Spade Lee"), le général Lee lance une série d'attaques contre les forces armées de McClellan (bataille des Sept Jours). En dépit de lourdes pertes confédérées et d'une infériorité numérique, Lee parvient à stopper et repousser McClellan jusqu'à la James River. La défaite est lourde pour l'Union grâce à la stratégie agressive de Lee.
Second Manassas
Après la retraite de McClellan, le général Lee remporte une autre victoire sur l'armée unioniste à la seconde bataille de Bull Run, considérée par beaucoup d'historiens comme son chef-d’œuvre opératif[13].
Campagne du Maryland

Ayant la voie libre à la suite de cette victoire à Manassas Junction, "Bobby Lee"[39] décide alors pour la première fois d'envahir le Maryland, dans l'espoir notamment de reconstituer ses vivres et son équipement et, éventuellement, influencer les élections de mi-mandat dans l'Union. Il espère également rallier à la Confédération les sudistes du Maryland mais la déception est grande car très peu le rejoignent. L'armée de McClellan affronte alors de nouveau l'armée, en constante infériorité numérique, du général Lee durant la campagne du Maryland et subit alors des défaites. Mais il décide de rassembler ses troupes à Sharpsburg pour livrer une grande bataille décisive[40]. C'est ainsi que la bataille d'Antietam débute. Aidé du général Stonewall Jackson, Lee parvient à résister aux assauts de McClellan dans ce qui demeure l'une des batailles les plus sanglantes de la guerre civile, avant finalement de battre en retraite en Virginie, permettant au président Abraham Lincoln de se servir de cette victoire pour proclamer l'émancipation des esclaves portant la guerre à un objectif abolitionniste et mettre moralement et diplomatiquement la Confédération sur la défensive.
Campagne de Fredericksburg
Bien qu'ayant pu repousser Lee à Antietam, McClellan n'a pas réussi à détruire son armée et n'envisage pas de l'attaquer. Lincoln décide alors de le remplacer au commandement de l'armée du Potomac par le général Ambrose Burnside. Celui-ci attaque Fredericksburg le . Cette bataille de Fredericksburg se solde par une nouvelle victoire du général Lee et de l'armée de Virginie du Nord[note 2].
"Lee's perfect battle", le chef-d’œuvre du général Lee
Burnside est alors à son tour remplacé par le général Joseph Hooker qui, confiant, attaque Lee en au hameau de Chancellorsville. Lee tenta une tactique risquée : diviser l'armée ennemie qui est deux fois supérieures en nombre[41]. L'indécision de Hooker combinée à l'inexpérience de ses subordonnés et à la stratégie ingénieuse de Lee suffirent à faire de la bataille une nouvelle victoire de Lee. Celle-ci demeure néanmoins amère. Le général Stonewall Jackson, l'un des meilleurs et plus efficaces commandants de Lee, est en effet blessé, avant de mourir d'une pneumonie quelques jours plus tard[42]. L'armée confédérée ne se remettra jamais de cette perte.
Après une série de victoires inattendues de la Confédération grâce à Lee, il devient une véritable légende confédérée, un héros sur le champ de bataille. Le moral des nordistes s'en ressent tandis que celui des sudistes remonte.


Campagne de Gettysburg
En , le général Lee tente une seconde invasion de l'Union directement après sa victoire en Virginie mais, à la suite des importantes pertes de Chancellorsville, la plupart de ses subordonnés ont été renouvelés et sont inexpérimentés. Les 75 000 hommes de l'armée de Virginie du Nord constitués en trois corps d'armée (celui de Longstreet, de Hill et de Ewell) sont regroupés à la fin juin à Cashtown, située 10 km à l'ouest de Gettysburg en Pennsylvanie, et menacent alors Baltimore, Philadelphie et Washington. Ils se retrouvent face à l'armée du Potomac, forte de 90 000 hommes, dorénavant commandée par le général George G. Meade.
Les combats entre les deux armées commencent le à l'avantage des confédérés qui obligent les unionistes à se replier sur les collines du Sud de la ville à la suite du décès du général Reynolds, tué d'une balle dans la gorge par un tireur d'élite confédéré. Le , Lee souhaite attaquer les positions fédérales. Mais James Longstreet, un de ses généraux de corps, proposa plutôt à Lee de profiter du moment de faiblesse de l'Union pour marcher vers Washington. Mais Lee refuse, l'ennemi est là et il faut lui livrer bataille. Il faut lui infliger une défaite décisive qui obligerait Lincoln à accepter l'indépendance des États confédérés d'Amérique. En outre, les généraux confédérés spécialistes de l'offensive étaient absents : Stonewall Jackson était décédé il y a peu, Jeb Stuart devait seulement arriver dans la journée. Il ordonne alors au (ie) corps de Longstreet, officier plutôt adepte des stratégies défensives, de lancer un assaut sur le flanc gauche de l'Union notamment à Little Round Top mais l'Union résiste héroïquement. Cet assaut fut accompagné par d'autres assauts des inexpérimentés A.P. Hill et Richard Ewell sur les lignes de l'Union à Cemetery Ridge, Cemetery Hill et Culp's Hill. Mais ceux-ci furent également repoussés. Le , il décide de faire charger 13 000 fantassins (charge de Pickett), en vain[43].
Au bout de trois jours durant lesquels l'issue semble incertaine, Lee ordonne la retraite, laissant derrière lui plus de 23 000 de ses soldats, morts, blessés, capturés ou disparus (32 % de pertes). On reproche parfois à Meade de ne pas avoir assez poursuivi Lee après la bataille pour détruire l'armée de Virginie du Nord. Désappointé par la défaite, Lee vient lui-même à la rencontre de ses troupes et endosse l'entière responsabilité de la défaite, présentant alors sa démission au président Jefferson Davis qui la refuse. Lee parvient néanmoins à ramener les restes de son armée sur la rive sud du Potomac. Déjà en constante infériorité numérique face à l'armée de l'Union, et mal équipée, l'armée confédérée ne se remettra pas des pertes subies lors de la bataille de Gettysburg, la plus sanglante de toute la guerre civile.
Bristoe et Mine Run
Après Gettysburg, Meade tente de défaire l'Armée de Virginie du Nord du général Lee. Durant la campagne de Bristoe Station ( - ), l'Union prend légèrement l'avantage sans réellement atteindre ses objectifs. Puis durant la campagne de Mine Run ( - ), aucun des deux camps ne parvient à prendre clairement l'avantage sur son adversaire. La timide poursuite de Meade a échoué mais Lee et ses généraux sont également déçus. Ils ne sont pas parvenus à détruire l'armée du Potomac.
Overland Campaign

À l'arrivée du général Ulysses S. Grant comme commandant en chef unioniste, le général Lee doit mener contre lui une guerre d'usure pendant toute l'année 1864, résistant de plus en plus difficilement aux coups de boutoir de son adversaire. Le but de Grant lors de la campagne Overland est de détruire l'armée de Lee par une stratégie d'attrition[45]. Il dispose pour cela de ressources matérielles et humaines bien plus importantes que son adversaire. Ainsi, bien que Lee réussisse à chaque fois à résister et à stopper chaque assaut de l'armée de Grant, ce dernier continue néanmoins d'avancer vers la capitale. Les victoires de Lee (Wilderness, Cold Harbor), au prix de nombreuses vies humaines tant confédérées qu'unionistes, n'empêchent pas Grant de continuer à avancer vers Richmond. L'armée de Virginie du Nord est alors privée de ses meilleurs généraux : Longstreet est blessé à la Wilderness, les nerfs d'Ewell lâchent[46] à Spotsylvania, Hill tombe malade et surtout, Stuart meurt à Yellow Tavern[46].
Campagne de Richmond-Petersburg et de la Shenandoah
Après avoir traversé furtivement la James River, Grant mène ses troupes autour de Petersburg, un nœud ferroviaire vital pour Richmond et pour l'armée de Virginie du Nord de Lee, qui tente de desserrer l'étreinte sur la ville. Pour Grant, le siège de Petersburg constitue un changement de stratégie par rapport à la campagne Overland, durant laquelle la priorité était de défaire les armées de Lee directement sur le champ de bataille. Avec Petersburg, Grant choisit une cible stratégique et politique permettant d'immobiliser Lee et de l'assiéger aussi longtemps que nécessaire, ou bien de l'attirer dans un combat décisif à découvert.

Le siège de Petersburg dure de juin 1864 à mars 1865 marqué par de multiples désertions dans une armée confédérée disparate, découragée, affamée et en infériorité numérique. Durant treize mois, les forces de l'Union tentent de prendre d'assaut la ville de Petersburg dont la défense a été confiée au général P.G.T. Beauregard. Inquiet également de la progression des troupes unionistes dans la vallée de Shenandoah, qui menace les ravitaillements des troupes confédérées basées en Virginie, Lee envoie le corps d'armée du général Jubal A. Early pour repousser les forces de l'Union hors de la vallée et, si possible, menacer Washington, afin de contraindre Grant à réduire les forces armées unionistes encerclant Petersburg. Early commence ses opérations militaires avec réussite, passe Harpers Ferry, traverse le Potomac, et commence à s'avancer dans le Maryland. Pour le contrer, Grant déploie alors le Corps d'armée d'Horatio G. Wright et d'autres troupes annexes. Après quelques victoires, Early doit battre en retraite en Virginie où il est constamment sous la pression des troupes unionistes. Il réussit à mettre en déroute un corps d'armée unioniste qui cherchait à rejoindre Grant et à investir de nouveau la Pennsylvanie où il brûle la ville de Chambersburg (Pennsylvanie), en représailles des destructions commises par l'armée nordiste dans la vallée de Shenandoah.
Grant charge alors Philip Sheridan, commandant la cavalerie de l'armée du Potomac, du commandement de la totalité des forces armées de l'Union dans la région, réunies pour l'occasion sous l'appellation d'armée de la Shenandoah. De son côté, Robert Lee envoie des troupes confédérées pour renforcer l'armée d'Early mais celles-ci sont attaquées par surprise par une division de cavalerie de l'Union. Après plusieurs batailles, profitant de la dispersion des forces d'Early, Sheridan attaque près de Winchester (Virginie). Early doit de nouveau se retirer et rejoindre des positions défensives sur Fisher's Hill où il est de nouveau attaqué par Sheridan et obligé de se retirer sur Waynesboro (Virginie). L'armée d'Early étant affaiblie et contenue, la vallée de la Shenandoah s'ouvre donc aux troupes de l'Union où Sheridan mène une campagne de terre brûlée, préfigurant la marche de Sherman vers la mer en . L'objectif est d'empêcher la Confédération de ravitailler ses armées en Virginie, et l'armée de Sheridan exécute cette consigne sans pitié, brûlant récoltes, granges, moulins et usines. En octobre, à la bataille de Cedar Creek, Early met en déroute les deux tiers de l'armée de l'Union, mais ses troupes, affamées et épuisées, brisent les rangs pour aller piller le camp de l'Union. Sheridan réussit alors à rallier ses troupes et inflige à Early une défaite décisive avant de faire route pour rejoindre Grant au siège de Petersburg.
Général en chef des armées confédérées
Contexte et nomination
En 1865, la situation de la Confédération qui manque cruellement d'hommes est critique[48]. On commence même à évoquer une dictature politique et militaire à la manière de la République romaine. Le choisi pour le poste serait la légende confédérée : le général virginien Robert E. Lee. Le "Renard gris" possédait en effet une grande réputation malgré sa prise au piège à Petersburg[49]. Mais Lee avait toujours dit qu'il refuserait toute offre d'un rôle politique et n'avait pas envie d'endosser une responsabilité supplémentaire, devant déjà assurer tant bien que mal la défense de Richmond et de Petersburg. Mais reste encore la question de la centralisation du commandement militaire qui pourrait faciliter les choses. Jusqu'à présent, l'armée était dirigée par Jefferson Davis à travers ses cinq généraux d'armée[50]. Le , le Congrès des États confédérés vote la nomination du général Lee au poste de commandant en chef des armées confédérées. C'est finalement le que la nomination est promulguée, sans même avoir prévenu ou consulter l'accord du bénéficiaire[18].
À court de main-d'œuvre, la question de l'armement des esclaves est devenue une question primordiale pour les troupes confédérées. En dépit de l'hostilité des civils, Lee obtient finalement que des esclaves soient enrôlés dans l'armée confédérée. En contrepartie de ce service, les esclaves-soldats et leurs familles seraient émancipés[48].
Campagne d'Appomattox
Le reliquat de l'armée d'Early est définitivement battu lors de la bataille de Waynesboro, le . Une nouvelle défaite confédérée intervient encore lors de la bataille de Fort Stedman, le , portant un coup dévastateur pour l'armée de Lee, préfigurant la chute de Petersburg les 2 et . Les troupes unionistes lancent un assaut final sur les tranchées de la ville. En dépit d'une défense héroïque des confédérés, Lee est obligé, sous la pression de l'Union, de retirer ses forces de Petersburg puis de Richmond à cause de l'assaut unioniste à la bataille de Five Forks marquant le début de la campagne d'Appomattox. La capitale sudiste, désormais sans défense, est abandonnée et incendiée. Il prend la direction de l'ouest afin d'essayer de rejoindre les unités commandées par le général Joseph E. Johnston en Caroline du Nord. Encerclé de nouveau, conscient de l'impossibilité de renverser le cours des événements, Lee résiste à l'appel de certains de ses officiers de mener une guérilla dans les montagnes. Trois jours de combat s'ensuivirent à la bataille d'Appomattox Court House.
Reddition à Appomattox

L'Armée de Virginie du Nord est encerclée de trois côtés. Lee décide alors de capituler à Appomattox[20](Virginie) le après plusieurs propositions du général Grant les 7 et [19].
Les termes de la reddition étaient honorables[51] car les soldats confédérés étaient autorisés à rentrer chez eux sans leurs armes, mais avec leurs chevaux, à la condition qu'ils ne reprennent plus le combat contre l'Union. Les conditions de reddition de Grant conviennent à Lee, en ce qu'elles prévoient que les officiers seront libérés sur parole, avec leurs biens, et que les soldats seront aussi libérés sur parole. Lee faisant remarquer que les confédérés avaient combattu avec leurs propres chevaux, Grant refuse de modifier les termes de la capitulation mais assure que chaque soldat confédéré qui revendiquera un cheval ou une mule pourra rentrer chez lui avec l'animal, afin qu'il puisse travailler la terre pour l'année suivante. Lee reconnaît que cela jouera en faveur de la réconciliation nationale[52].
Après la guerre
Fin de vie
Après la guerre, bien que Robert Lee soit théoriquement inculpé, il n'est ni arrêté ni puni, à l'exception de la perte de son droit de vote ainsi que certains biens. Sa plantation d'Arlington, saisie par les forces de l'Union pendant la guerre, est transformée en cimetière national. Toutefois, sur décision de la cour suprême des États-Unis arguant que les anciens propriétaires avaient été expropriés illégalement, son fils Custis Lee obtiendra une grosse indemnité en 1883[53].

Afin de bénéficier de la proclamation d'amnistie d'Andrew Johnson, Robert Lee renouvele son serment d'allégeance aux États-Unis d'Amérique en 1865. Les documents attestant de la demande de renouvellement de son serment d'allégeance et de sa demande de pardon, égarés par le secrétariat de William H. Seward, ne seront retrouvés qu'en 1970[54].

Lee apporte aussi son soutien au programme de reconstruction du Sud proposé par le président Andrew Johnson, centré sur une restauration rapide des gouvernements et administrations des anciens États confédérés. Toutefois, en 1867, il s'oppose au programme des républicains radicaux qu'il estime incompatible avec toute politique de réconciliation nationale entre l'Union et l'ex-Confédération. De même, en 1870, il participe à une réunion d'anciens sudistes au cours de laquelle il exprime des regrets pour la reddition d'Appomattox en invoquant la politique de reconstruction menée dans le Sud[55].
Au sujet de l'esclavage, Robert Lee adopte après la guerre un discours laissant penser qu'il se réjouit de son abolition, dont il aurait toujours été un farouche partisan. Dans la réalité, il a montré un positionnement passé bien plus ambigu et il est anachronique de considérer Lee comme un partisan de l'émancipation[56]. Également, il participe à la propagation d'une relecture révisionniste du conflit, affirmant à tort que la maintien de l'esclavage n'était pas la raison principale de la sécession des États du Sud[56].
En 1868, Lee et 31 autres anciens confédérés signent un manifeste de soutien à Horatio Seymour, candidat démocrate à l'élection présidentielle américaine de 1868, opposé au républicain et ancien général unioniste, Ulysses S. Grant. Le manifeste exprime une approche paternaliste des relations sociales entre Blancs et Noirs dans les anciens États confédérés, niant toute hostilité de la part des premiers envers les seconds[57]. Il demande également la restauration du pouvoir de l'ancienne classe politique blanche au motif que les Noirs n'ont pas encore les qualifications nécessaires pour être dépositaires du pouvoir politique[58].
Robert Lee s'oppose également à l'octroi immédiat du droit de vote aux anciens esclaves au motif qu'ils ne sont pas capables de voter intelligemment et sont ainsi la proie des candidats démagogues[59]. Il rejette les propositions d’égalité des droits civiques pour les esclaves libérées dans la nouvelle constitution de l’État de Virginie[60].
Du et jusqu'à sa mort, Robert Lee est président du Washington College (devenu Washington and Lee University) à Lexington en Virginie, dont nombre d'élèves sont des enfants de vétérans confédérés. Sous sa présidence, la petite faculté devient une institution scolaire renommée et prestigieuse[réf. nécessaire]. Toutefois, il s'oppose à la mixité raciale, déclarant au Congrès qu’il n’a aucune envie de voir le Washington College devenir un instrument de « connaissance » libre des Noirs[60]. Malgré tout, en tant que président d'université, il fait ainsi expulser plusieurs étudiants coupables de violences envers les écoles des Noirs[61],[60].
En 1869-70, il tente sans succès de faire construire des établissements publics scolaires pour les Noirs[62], tout en déclarant ne pas croire que les Noirs soient « aussi capables d’acquérir la connaissance que l’homme blanc »[60].

Victime d'un accident vasculaire cérébral en septembre 1870, il meurt d'une pneumonie le .
Réhabilitation post mortem de Robert Lee
Ce n'est qu'en 1888 que le général Lee recouvre, à titre posthume, l'ensemble de ses droits civiques (droit de vote) qui lui avaient été retirés en tant qu'ancien soldat confédéré[réf. nécessaire].
En juin 1975, à l'initiative d'une campagne menée par le sénateur démocrate Harry F. Byrd, une résolution posthume, adoptée à l'unanimité par les sénateurs et par la quasi-unanimité des membres de la Chambre des représentants[note 6], restaure Robert Lee dans l'ensemble de ses droits, dont sa citoyenneté américaine. Le président Gerald Ford signe la résolution en au cours d'une cérémonie officielle devant le portique de la maison du général Lee à Arlington en présence d'une douzaine de ses descendants dont Robert E. Lee V, son arrière-arrière-petit-fils[63]. Une procédure similaire de réhabilitation est également ratifiée sous Jimmy Carter en faveur de Jefferson Davis, l'ancien président confédéré[réf. nécessaire].
Mariage et descendance

Le , Robert Lee épouse Mary Anna Randolph Custis (1808-1873), arrière-petite-fille de Martha Washington et de son premier mari Daniel Parke Custis, et arrière belle petite-fille de George Washington. Le mariage a lieu à Arlington, dans la plantation des parents de Martha Washington. Le couple aura sept enfants, trois garçons et quatre filles :
- George Washington Custis Lee (1832-1913), général dans l'armée confédérée et aide de camp du président Jefferson Davis. Célibataire et sans postérité officielle ;
- Mary Custis Lee (1835-1918), célibataire et sans postérité ;
- William Henry Fitzhugh Lee (1837-1891), général dans l'armée confédérée (cavalerie) ; marié deux fois, quatre enfants dont deux survivront jusqu'à l'âge adulte, et postérité ;
- Anne Carter Lee (1839-1862), célibataire et sans postérité ;
- Eleanor Agnes Lee (1841-1873), célibataire et sans postérité ;
- Robert Edward Lee Jr (1843-1914), capitaine dans l'armée confédérée (artillerie) ; marié deux fois ; deux enfants et postérité ;
- Mildred Childe Lee (1846-1905), célibataire et sans postérité.
Tous ses enfants seront enterrés avec lui dans la crypte familiale (Lee Chapel) située à Lexington à l'Université de Washington et Lee.
Fin tacticien mais mauvais stratège
Les historiens sont partagés sur les qualités de commandant de Robert Lee. Selon certains, il est avant tout considéré comme un très grand tacticien, infligeant de nombreuses défaites à des armées nordistes en supériorité numérique[réf. nécessaire]. Il remporte la bataille de Chancellorsville en séparant son armée en deux et en menant une audacieuse attaque de flanc face à une armée bien supérieure en nombre. Cependant, dans la seconde moitié de la guerre, ses stratégies agressives font défaut à une Confédération en manque d'hommes. Grant l'avait compris et c'est ainsi qu'il vient à bout de Lee par une guerre d'usure[réf. nécessaire]. L'historien militaire Vincent Bernard résume Lee ainsi : « [Lee était un] tacticien et manœuvrier hors pair, mais qui n'a jamais su ou jamais pu exposer une stratégie d'ensemble cohérente embrassant tous les théâtres et pas seulement sa propre guerre virginienne[65]. »
Les considérations laudatrices sont toutefois remises en question depuis plusieurs années par des historiens militaires qui s'interrogent sur la réalité du talent et des qualités de commandant du général Lee, afin de dissocier le mythe de la réalité. L'historien Gary W. Gallagher évoque ainsi un « homme dépassé dans une guerre moderne ». Il évoque un homme qui s'en tient aux principes de la guerre Napoléonienne du début du siècle, et qui ne tient pas compte de l'évolution du champ de bataille, notamment de l'apparition en masse des fusils et d'une guerre plus industrielle[66].
Robert Lee et l'esclavage
Le rapport à l'esclavage de Robert Lee est ambigu. Selon l'historien Glenn D. Brasher, les promoteurs de la Cause perdue ont cherché à donner une image chevaleresque de lui après la guerre, en créant le mythe d'un homme chrétien dévoué qui a abhorré l'esclavage. En réalité, il a été lui-même esclavagiste et a tenu des propos racistes à l'encontre des Afro-Américains[67],[68].
Planteur esclavagiste
À la mort de sa mère en 1829, Robert Lee hérite d'une dizaine d'esclaves venant de la Plantation Shirley (en). En tant que soldat, Lee n'a pas besoin de beaucoup d'esclaves à son service. Il les loue à d'autres esclavagistes et récolte ainsi l'argent de leur travail[68]. En 1846, alors que Lee se prépare à rejoindre la campagne militaire américaine contre le Mexique, il rédige un testament dans son testament dans lequel il demande qu'en cas de décès, quatre de ses esclaves travaillant à White House (en), une mère et ses trois enfants, soit affranchis[68].

En 1857, George Washington Parke Custis (en), le beau-père de Robert Lee, lègue trois plantations (Arlington, White House (en), Romancoke (en)) et 196 esclaves[68]. Selon le testament, ceux-ci sont tous destinés à être émancipés au plus tard dans les cinq ans[60],[26]. Les deux premières années, ne trouvant pas de contremaître pour gérer la plantation, Lee prend un congé de deux ans pour diriger la plantation. Il rencontre alors des difficultés avec une demi-douzaine d'esclaves qui pensaient devenir libres immédiatement à la mort de leur ancien maître. Trois d'entre eux s'enfuient vers le Nord en 1859 mais sont capturés et ramenés en Virginie. Lee fait alors fouetter les trois esclaves évadés, ce qui lui vaut d'être personnellement attaqué par le New York Tribune[67]. Durant l'hiver 1862-1863, après avoir vainement demandé aux tribunaux de pouvoir posséder les esclaves d'Arlington plus longtemps[32], Lee est obligé de les affranchir [69], en exécution du testament de son beau-père[26].
Une autre plantation héritée de George Custis dans le comté de New Kent, appelée White House (en), servit temporairement de quartier général pour les troupes du général George McClellan, ce qui lui permit, ainsi qu'à de nombreux journalistes, de constater l'état de dénuement dans lequel vivaient les esclaves appartenant à Lee[67].
Idéologie

Bien qu'il désapprouve l'esclavage par principe et pour des raisons religieuses, sans toutefois le déclarer publiquement,[70] Robert Lee est dans les faits un partisan de l'esclavage[71]. Il refuse toute émancipation générale et immédiate, remettant ce processus à une date future indéterminée dont seul Dieu connaît la date[72], prolongeant ainsi le statu quo[73]. De même, en ce qui concerne le projet abolitionniste du Nord, il le considère comme une marque d'intolérance envers la « liberté spirituel » des partisans de l'esclavage[74].
Pendant la guerre de Sécession, alors que l'armée de Robert Lee progresse dans la Pennsylvanie nordiste, ses troupes mènent des raids où ils capturent des Noirs – hommes, femmes et enfants, aussi bien esclaves en fuite que Noirs libres – afin de les emmener vers le Sud pour les vendre comme esclaves[75],[60].
Vers la fin du conflit, au sujet de l'enrôlement de Noirs dans l'armée confédérée, et notamment d'esclaves en échange de leur liberté, il s'y oppose dans un premier temps. Dans une lettre de 1865 à son ami Andrew Hunter, il écrit : « Considérant la relation maître-esclave, régie par des lois humaines et influencée par le christianisme et un sentiment public éclairé, comme la meilleure qui puisse exister entre les races blanche et noire, mêlées comme c'est le cas actuellement dans ce pays, je déplorerais toute perturbation soudaine de cette relation »[76]. Toutefois, devant l'avancée des troupes nordistes, Lee finit par s'y résoudre, estimant que sans l'aide des esclaves affranchis, la Confédération perdrait la guerre. Conscient de la difficulté à motiver des esclaves à combattre pour une « liberté future » que ceux-ci pourraient obtenir immédiatement « en rejoignant l'ennemi », Robert Lee propose d'accompagner l’enrôlement des Noirs d'une « émancipation progressive et générale », abolition qu'il estime de toute façon inévitable, surtout en cas de victoire de l'Union, et dont il espère ainsi tirer tous les avantages pour la cause sudiste[77].
Après la guerre, Robert Lee salue officiellement la fin de l'institution de l'esclavage, mais continue à avoir des opinions négatives sur les Afro-Américains[78]. Il déclare devant une commission du Congrès que les Noirs ne sont « pas disposés à travailler » et n'ont pas les capacités intellectuelles nécessaires pour voter et participer à la vie politique, espérant même que la Virginie puisse « s'en débarrasser »[79]. Il refuse aussi, malgré les demandes, de condamner publiquement le Ku Klux Klan[80].
Anecdotes
Les uniformes du général Lee

Robert E. Lee était général d'armée dans la Confederate States Army. Néanmoins, il portait presque systématiquement un uniforme avec des galons de colonel symbolisé par trois étoiles. C'était en effet son grade au début de la guerre de Sécession[82]. Trouvait-il l'uniforme de général trop extravagant ou trop vantard pour un gentleman ? Par son expérience du Mexique, savait-il que de tels uniformes attiraient les balles ? Ou, peut-être se trouvait-il inapte à être général ? Ou bien était-ce seulement parce qu'il s'agissait de son dernier grade officiel dans l'armée de l'Union ? Nous ne le saurons jamais. À une occasion, au moins, Lee a porté un uniforme de général conventionnel : à Appomattox lors de sa reddition. Dès lors, on peut supposer qu'il l'utilisait lors de cérémonies ou autres grandes occasions. Cette hypothèse se confirme sur la photographie prise par Mathew Brady une semaine après la reddition puisque Lee y apparaît en uniforme de colonel. En fait, Lee possédait (au moins) trois uniformes de colonel[38] :
- le Booted & Spurred Uniform[83], qu'il porte lors de la photo de Minnis et Cowell en 1863 dans leur studio à Richmond[38] ;
- le Maryland Uniform[84], présenté à Lee par des sympathisants sudistes de Baltimore (Maryland) en 1863[38] ;
- le Back Porch Uniform[85], acquis en 1864, il est porté par Lee dans la plupart des photographies où il apparait.
Il possédait également un uniforme de général[38], le Surrender Uniform[81], porté lors de sa reddition à Appomattox. Cet uniforme, dont les galons se caractérisent par trois étoiles et une couronne de lauriers, avait été acquis l'hiver précédant sa capitulation.
Le clan des Virginiens
- État-major du général Lee durant la guerre de Sécession
Lee était soupçonné de favoriser les Virginiens dans leur montée en grade. En effet, lui et la plupart de ses officiers étaient Virginiens ("le clan des Virginiens"[86]). Ainsi, outre Robert H. Chilton (en), son état-major est composé de quatre aides de camp , tous Virginiens : Walter H. Taylor, Randolph Talcott, Charles S. Venable (en)[87] et Charles Marshall[86]. De plus, après la bataille de Chancellorsville, il nommera les Virginiens Richard S. Ewell et A.P. Hill à la tête des 2e et 3e corps sans oublier que Stonewall Jackson et Jeb Stuart, deux de ses principaux lieutenants, étaient originaires de Virginie.
Les animaux du général Lee

Lee était passionné par les chevaux. Il en a eu plusieurs. La jument Miss Lucy[88] était l'une d'entre eux mais le principal cheval du "Renard gris" était Traveller, qu'il chevaucha durant une bonne partie de la guerre. Le cheval, né Greenbrier, fut acquis par le général en février 1862 et l'accompagna durant de nombreuses batailles de la guerre et jusqu'à sa mort[89]. Traveller meurt quelque temps après Lee : il est abattu après avoir développé le tétanos. Ses restes sont enterrés à la Washington & Lee University où les portes de sa dernière écurie restent encore aujourd'hui ouvertes dans le but de permettre à son esprit de vaquer en liberté[64]. Le cheval est connu dans la culture populaire et joue un rôle majeur dans un album de la bande dessinée Les Tuniques bleues : Bronco Benny. Par ailleurs, le « vieil homme »[64] lui fit une description presque amoureuse de Traveller dans ses courriers :
"Si j'étais un artiste, je te dresserai un portrait authentique de Traveller […] et un tel portrait pourrait inspirer un poète. […] Mais je ne suis pas un artiste, Markie, et peux seulement te dire qu'il est un gris confédéré[64]."
À part Traveller, Lee fut également accompagné d'une poule pendant près de deux ans. Ainsi début 1862, une poule de variété black hen s'échappa d'une cargaison et alla se réfugier dans la tente du général qui décida de l'épargner. Baptisée Nellie, elle suivit Lee dans ses bagages partout où il se rendait. En mai 1864, à cause de la famine qui s'empara des rangs confédérés, la poule a été sacrifiée par le cuisinier de Lee pour la lui servir[90],[91],[92],[93]. Lee l'apprend le lendemain s'étonnant de son absence. Il en aurait eu l'estomac tout retourné[89].
La reddition
- Durant sa reddition à Appomattox, Lee est magnifiquement vêtu de son bel uniforme gris de général et ceint de son épée de parade[94]. En revanche, le lieutenant-général Grant est mal habillé et ses bottes sont couvertes de boue[95]. Grant témoigne d'ailleurs lui-même du contraste de sa tenue avec celle de Lee dans ses mémoires[96],[94]. De même, Grant est plutôt petit alors que Lee mesurait entre 1,80 m[97] et six pieds (~1,83 m)[94].
- Après avoir discuté des conditions, les officiers se saluent. Lee dévisage le colonel Ely S. Parker, un chef indien Sénéca devenu officier[98]. Il lui aurait dit : « Je suis heureux de voir ici un véritable américain. » Parker lui répond :,« Nous sommes tous américains. »[98],[99]
- Le , le major-général George Meade rencontre Lee, son adversaire durant la bataille de Gettysburg. Meade ôte sa casquette et lui dit bonjour mais Lee ne le reconnait pas tout de suite. Lorsqu'il voit enfin de qui il s'agit, le général virginien s'exclame : « Mais que fais-tu avec tout ce gris dans ta barbe ? » Meade vient en effet de se remettre d'une semaine de maladie ce qui lui aurait donné un air « sauvage »[100],[101]. À cela, le vainqueur de Gettysburg répond : « C'est à vous que j'en dois l'essentiel[101],[102]. » D'ailleurs, Lee lui-même avait beaucoup vieilli durant la guerre de Sécession[103] puisque sa barbe était devenue uniformément blanche.
Postérité et critiques
Popularité auprès des conservateurs
La popularité de Lee dans le Sud des États-Unis ne s'est jamais démentie et n'a fait que s'accroître depuis sa mort, pour atteindre le Nord[réf. nécessaire]. Les qualités de stratège militaire de Lee ont souvent été mises en avant par certains historiens militaires mais aussi ses qualités propres comme son sens du devoir[réf. nécessaire]. Lee est notamment surnommé « l'homme de marbre » par ses plus farouches partisans[réf. nécessaire]. Il a pu bénéficier à son avantage de la comparaison avec le général Ulysses Grant, connu pour son penchant pour la bouteille et dont le mandat à la présidence des États-Unis (1869-1877) fut marqué par la corruption et une politique radicale de revanche envers les anciens États confédérés (durant la période connue sous le nom de reconstruction)[réf. nécessaire].
Plusieurs personnalités conservatrices lui ont tissé des louanges. Peu après la victoire sudiste à la campagne de la Péninsule, un journal de Virginie, le Richmond Dispatch, écrit : « L'ascension soudaine de cet officier dans la confiance du public est sans aucun précédent. […] Ses succès placent leur auteur parmi les plus grands noms militaires - sur le même pied que les Hannibal, les César, les Frédéric et les Napoléon de l'histoire. »[104] En 1874, ces propos son repris par le sudiste de Georgie Benjamin Harvey Hill (en), futur représentant et sénateur au Congrès des États-Unis, quand il prononce l'éloge de Robert Lee devant la Southern Historical Society à Atlanta en ces termes : « [Robert Lee était] un ennemi sans haine, un ami sans trahison, un soldat sans cruauté, un vainqueur sans oppression, et une victime sans murmure. Il était un officier public sans vices, un citoyen sans mal, un voisin sans reproche, un chrétien sans hypocrisie, et un homme sans ruse. Il était un César sans son ambition, un Frédéric sans sa tyrannie ; un Napoléon sans son égoïsme et un George Washington sans sa récompense. »[105],[106],[107],[108] Pour le général sudiste Thomas Jonathan Jackson, son meilleur lieutenant : « Lee est un phénomène. Il est le seul homme que je suivrais les yeux bandés. »[109] Theodore Roosevelt le considère comme « le plus grand parmi les grands capitaines issus des peuples de langue anglaise »[110]. Pour Churchill, il est « l'un des hommes les plus souverainement doués produits par notre nation », tandis qu'Eisenhower voit en lui « l'un des plus nobles Américams ayant jamais vécu »[110].
Hommages et dé-commémoration
Lieux ou objets portant son nom
Toponymes
- Plusieurs comtés ont pris le nom de Lee (Alabama, Arkansas, Floride, Kentucky, Mississippi, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Texas, Virginie) ;
- De nombreuses voies (boulevard ou avenue) portent son nom notamment à Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans (Louisiane), Manassas (Virginie). Une autoroute nationale, Lee Highway (en), relie New York à San Francisco en Californie ;
- Robert E. Lee Memorial Park (en), Baltimore, Maryland ;
- La base militaire Fort Lee.
Écoles et universités
Plusieurs écoles, collèges, universités portent le nom de Robert Lee dont :
- la Robert E. Lee Academy (en), Bishopville (Caroline du Sud) ;
- la Washington and Lee University, Lexington, Virginie ;
- le Lee College (en), Baytown, Texas ;
- le Southern Lee High School (en), Sanford, Caroline du Nord ;
- le Washington-Lee High School (en), comté d'Arlington, Virginie.
Matériel de guerre
- Le char M3 Lee, un char de combat de l'armée américaine de la Seconde Guerre mondiale ;
- Le sous-marin USS Robert E. Lee (SSBN-601) (en), construit en 1958 ;
- Le bateau à vapeur Robert E. Lee (en) sur le Mississippi.
Lieux de mémoires, monuments et statues

De nombreux monuments sont érigés à la mémoire de Robert E. Lee dans le Sud, et parfois dans le Nord. Une grande partie de ces hommages ont été retirés au début du XXIe siècle mais certains subsitent encore :
- Lee est l'une des 29 personnalités dont le nom fut sélectionné pour être inscrit sur le tout premier Hall of Fame for Great Americans, dessiné par Stanford White, pour le campus de l'université de New York[réf. nécessaire] ;
- Le mémorial dans son ancienne plantation d'Arlington ;
- Le bas-relief de Stone Mountain (Géorgie), représentant Lee, Stonewall Jackson et Jefferson Davis ;
- La statue équestre (en), champ de bataille de Gettysburg.
- Monument de Stone Mountain, Géorgie.
Déboulonnages
Au début du XXIe siècle, les monuments à sa gloire deviennent un enjeu de luttes entre défenseurs de l'égalité des droits, qui militent pour leur démantèlement, et ceux qui s'y opposent, que ce soit sur des positions suprémacistes, par nostalgie du Sud ancien ou simplement parce qu'ils sont des témoignages de l'Histoire[111].
À la suite du meurtre de George Floyd, ces débats sont relancés en 2020 dans le cadre du mouvement Black Lives Matter. Ils aboutissent à une vague de déboulonnages des principaux monuments[112] :
- La statue équestre de Lee dans le parc Robert E. Lee à Dallas, Texas (déboulonnée en 2017)[113] ;
- La statue du général Lee (en) à l'université du Texas, à Austin (déboulonnée en 2017)[114] ;
- La statue du général Lee (en) (1884) à La Nouvelle-Orléans sur Lee Circle (déboulonnée en )[115] ;
- La statue du général Lee au National Statuary Hall Collection du Capitole des États-Unis, mise par l'État de Virginie (déboulonnée en 2020)[112] ;
- La statue équestre du général Lee du sculpteur français Antonin Mercié, inaugurée en 1890 sur Monument Avenue, à Richmond en Virginie (déboulonnée et découpée à la scie le )[113] ;
- La statue du général Lee à Charlottesville, Virginie (retirée de l'espace public en 2021)[111].
- Le piédestal démonté de la statue équestre de Lee à Dallas, au Texas, après son déboulonnage en 2017.
- La statue équestre du général Lee de Richmond, en Virginie, taguée par des slogans liés au mouvement Black Lives Matter en 2020.
- : manifestation anti-raciste à Charlottesville en Virginie, devant la statue du général Lee, recouverte d'une bâche noire en signe de deuil après la mort d'une militante tué par un suprémaciste blanc.
Dans la culture populaire
Filmographie
Cinéma
- 1912 : For the Cause of the South de Bannister Merwin avec James Gordon
- 1915 : Naissance d'une nation de D. W. Griffith avec Howard Gaye
- 1922 : In the Days of Buffalo Bill de Edward Laemmle avec Lafayette McKee
- 1924 : La Vie dramatique d'Abraham Lincoln de Phil Rosen avec James Welch
- 1928 : The Heart of General Robert E. Lee de R. William Neill avec J. Barney Sherry
- 1930 : Abraham Lincoln de D. W. Griffith avec Hobart Bosworth
- 1935 : Agent no 13 de Richard Boleslawski avec John Elliott.
- 1940 :
- 1953 : Soldier of Peace d’Alfred Scott avec Stephen Courtleigh
- 1955 : Sept Hommes en colère de Charles Marquis Warren avec Robert Osterloh
- 1961 : Gentleman’s Decision de Jack Smight avec Dean Jagger
- 1982 : Les Bleus et les Gris d'Andrew V. McLaglen avec Robert Simonds
- 1990 : Valley of the Shadow of Death (1864) de Ken Burns avec George Black
- 1993 : Gettysburg de Ronald F. Maxwell avec Martin Sheen
- 2003 : Gods and Generals de Ronald F. Maxwell avec Robert Duvall
- 2007 : Sherman's March (en) de Rick King
- 2012 : Lincoln de Steven Spielberg avec Christopher Boyer
- 2020 : Grant de Malcolm Venville avec Brian Heydenrych
Télévision
Série
- 1985 : Nord et Sud de David L. Wolper avec William Schallert
Musique
Chanson
- General Lee de Johnny Cash (1981)
- The Ghost of General Lee de Waylon Jennings (1999)
- Robert Lee est mentionné dans la chanson The Night They Drove Old Dixie Down (1969) du groupe The Band, évoquant les derniers jours de la guerre de Sécession et la souffrance du Sud.
Opéra
- 2007 : Appomattox de Philip Glass (prologue, deux actes et épilogue)
Homonyme
- La voiture General Lee de la série Shérif, fais-moi peur.

