Roberto Alcázar y Pedrín
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| Roberto Alcázar y Pedrín | |
| Série | |
|---|---|
| Auteur | Juan Bautista Puerto, Eduardo Vañó Pastor |
| Scénario | Juan Bautista Puerto, José Jordán Jover, Federico Amorós, Pedro Quesada, Vicente Tortajada |
| Dessin | Eduardo Vañó Pastor, Alberto Marcet, Vicente Vañó |
| Couleurs | noir et blanc |
| Genre(s) | aventure, fantastique, policier, et dans une moindre mesure, science-fiction, horreur |
| Personnages principaux | Roberto Alcázar, Pedrín |
| Pays | |
| Langue originale | Espagnol |
| Titre original | Roberto Alcázar, el intrépido aventurero español |
| Éditeur | Editorial Valenciana (es) |
| Première publication | 1940-1976 |
| Périodicité | bimensuel (1941-1961), hebdomadaire (1961-1976) |
| Format | fascicules à l'italienne |
| Nombre de pages | 16 pages puis 10 pages |
| Nombre d’albums | 1 219 |
| modifier |
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Roberto Alcázar y Pedrín (à l'origine, Roberto Alcázar, el intrépido aventurero español que l'on peut traduire par Roberto Alcázar, l'intrépide aventurier espagnol) est une série espagnole de bande dessinée créée en 1940 par le scénariste et éditeur Juan Bautista Puerto, propriétaire de maison d'Édition Editorial Valenciana (es), et le dessinateur Eduardo Vañó Pastor (es).
C'est la plus longue série de bande dessinée espagnole, avec un total de 1 219 fascicules publiés durant 35 ans, jusqu'en 1976. Elle partage avec El Guerrero del Antifaz (es), le statut de série la plus populaire et la plus influente des années 1940 en Espagne, parmi les séries au graphisme réaliste. Le succès dont la série a bénéficié depuis ses origines a permis à son éditeur d'éditer d'autres œuvres, jusqu'à constituer l'une des deux plus importantes maisons d'édition de bande dessinée de l'après guerre civile espagnole, aux côtés d'Editorial Bruguera.
A l'origine, la série est publiée par Editorial Valenciana sous forme de petits fascicules au format à l'italienne (17 × 24 cm), avec couverture en couleur, au départ 16 pages intérieures en noir et blanc (plus tard, la pagination est réduite à 10 pages, avec des dessins plus petits), et une périodicité hebdomadaire[1].
La date de publication du premier fascicule de la série fait débat : généralement datée de 1940, il pourrait en réalité avoir été publié fin janvier 1941, parce ce que son éditeur, Juan Puerto, aurait tardé à obtenir de la censure l'autorisation de publication[2],[3].
Au total 1 219 numéros sont publiés jusqu'à la fin de la série, en 1976[4]. À cela s'ajoutent les almanachs annuels contenant des récits additionnels, 88 numéros de la revue Roberto Alcázar Extra (1965-71), au format vertical, et diverses aventures publiées dans la revue Jaimito (es) et dans des suppléments de presse[1],[5].
En 1958, son tirage dépasse les 100 000 exemplaires hebdomadaires[6].
La plupart des scénarios sont écrits par José Jordán Jover, ancien commandant de l'Armée populaire de la République espagnole qui a souffert de la répression du régime franquiste. Mais la série compte d'autres scénaristes comme Federico Amorós (es), Pedro Quesada (es) et Vicente Tortajada (es)[1].
La série a fait l'objet de diverses rééditions, en commençant par celle de 1976, généralement considérée comme peu respectueuse de l'édition originale[7].
Description
Personnages
Roberto Alcázar, toujours vêtu d'un complet, et à la coiffure impeccable, est le héros de la série. Selon certains auteurs, le nom Alcázar ferait référence à l'épisode de l'Alcázar de Tolède durant la guerre civile espagnole, l'un des hauts lieux de la propagande franquiste, tandis que sa physionomie serait inspirée des traits de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la phalange espagnole, organisation d'obédience fasciste[1],[8]. Le dessinateur de la série nie ces inspirations, en expliquant que le nom du personnage devait être au départ Alcaraz[9]. Le critique Pedro Porcel (es) soutient que le physique de Roberto Alcázar correspond simplement à l'esthétique typique de l'homme de son époque[10].
La profession de Roberto Alcázar n'est pas très claire. Au départ, il est vaguement décrit comme journaliste. Plus tard, il devient agent d'Interpol et se consacre à la chasse aux criminels partout dans le monde, avec un air toujours sérieux et impassible. Selon Antonio Lara García (es), « logiquement, [la série] surfe sur le succès de Dick Fulmine de Cossío » et plus généralement sur le succès de l'archétype du détective anglo-saxon[7].
Dans le premier épisode de la série, Roberto Alcázar découvre Pedro Fernández, alias Pedrín, passager clandestin sur un paquebot transatlantique à destination de l'Argentine[1]. Il le prend sous son aile et en fait son assistant[1]. Pedrín a le profil d'un gamin des rues à qui Roberto doit enseigner les bonnes manières. Ce personnage apporte une touche d'humour à la série, notamment par l'emploi d'expressions argotiques pour accompagner les violentes corrections qu'il inflige aux voyous (¡Aprende, tío feo! ¡Arrea, constipao!; ¡Carape!; ¡Carraspeta!; ¡Recastaña!; ¡Sopla!; ¡Toma, tío pelao!)[11]. Il fait parfois preuve d'un certain sadisme avec les méchants[11]. D'un caractère plus mondain qu'Alcázar, il sait complimenter les femmes[11]. Il n'est, par ailleurs, pas insensible à l'appât du gain[11].
Parmi tous les méchants auxquels se confronte le duo, on compte nombre de bandes de gangsters et de scientifiques fous, et le bestiaire monstrueux classique durant la période de la Universal[12]. Les méchants les plus importants apparaissent au cours de la seconde période de la série : L'hypnotiseur Svimtus, el hombre diabólico (l'homme diabolique), le scientifique Graham et le prince oriental Sher-Sing, ces trois derniers formant ensemble El Trío Maldito (Le Trio Maudit)[13].
Contexte
Les aventures se déroulent le plus souvent dans des pays exotiques, dont la représentation s'inspire de la littérature ou du cinéma[14].
Motifs récurrents
Certains motifs sont des éléments récurrents de la série, comme le statues parlantes, l'hypnose mortelle, les personnages encapuchonnés et les gorilles[15].
Analyse
Les quatre grandes périodes de la série
Le critique Pedro Porcel Torrens (es), spécialiste du Tebeo valenciano (ou école Valenciana), distingue quatre périodes dans l'histoire de la série.
Durant la première période, de 1940 à 1945, soit les nos 1 à 93, les intrigues se résolvent toujours par la violence, ce qui rapproche la série des feuilletons et romans d'Emilio Carrere (es), Anthony Hope ou Edgar Wallace. Face au caractère brut des pages intérieures, les couvertures se distinguent par leur grande force expressive.
Durant la seconde période, qui démarre en 1946, Pedro Quesada écrit de longs scénarios qui s'étalent sur plusieurs numéros du périodique et mettent en scène des archétypes de méchants et une violence extrême.
Durant la troisième période qui s'achève en 1965, la série revient aux récits courts, chaque numéro du périodique introduisant une nouvelle intrigue et conduisant à sa conclusion. Les scènes et les lieux de l'action se multiplient traduisant une influence croissante du cinéma, au détriment de l'influence traditionnelle du roman-feuilleton.
Enfin, durant la quatrième période, de 1965 à 1975, de nouveaux dessinateurs interviennent sur la série, comme Alberto Marcet et Vicente Vañó, et la composante fantastique des intrigues diminue[16],[17].
Un style naïf
La série se caractérise par un style naïf, caractérisé par la pauvreté des fonds et des changements de plan, et la simplification de chacun des genres, ce que Pedro Porcel Torrens décrit ainsi[18] :
« l'absence de traits de personnalité, qui concerne aussi bien les héros que les méchants, et les changements constants de décor créent un fort sentiment d'intemporalité. »
De virulentes critiques post dictature
Durant la transition démocratique espagnole, la série, identifiée au régime franquiste, fait l'objet de féroces critiques[19].
Les critiques de l'époque, comme Antonio Lara García, remettent en cause la qualité de la série, en affirmant que ses scénarios valorisent « une existence conçue comme une lutte perpétuelle, vécue dangereusement pour elle-même, sans clarté idéologique »[7]. Ils affirment que, plus qu'une idéologie particulière, la série exalte les valeurs traditionnelles de l'Espagne de l'époque, du catholicisme (les héros assistent ponctuellement à la messe du dimanche) au nationalisme.
Dans les scénarios, les conflits se règlent tous par la force (le fameux « jarabe de palo » que l'on peut traduire par « correction »), si bien que la réflexion apparaît toujours comme une pratique de méchants[7]. Torturer les prisonniers n'est pas non plus un problème pour Roberto Alcázar et Pedrín, qui utilisent les méthodes les plus expéditives pour éliminer les criminels[8].
Le manichéisme est exacerbé dans la série.
« L'asexualité est imposée par la force »[7].
Selon les critiques, « la figure paternelle omnipotente du héros [se conjugue avec celle d']adolescents immobilisés et asexués qui, hors champ, accomplissent des servitudes complaisantes... »[7]. L'ambiguïté des relations entre Roberto Alcázar et Pedrín, et l'absence quasi totale de femmes dans la série, ont conduit certains à interpréter les personnages comme homosexuels, ce qui a toujours été nié par leurs auteurs. Ainsi, selon Eduardo Vañó[20] :
« Ils ont aussi prétendu que Roberto Alcázar était homosexuel car il y avait très peu de femmes dans la série, et celles qui apparaissaient étaient des méchantes. Mais non, ce n'était absolument pas notre intention avec ces aventures. »
Un critique plus moderne comme Pedro Porcel Torrens rejette catégoriquement l'identification de cette série au fascisme, arguant que[19] :
« Dans les 1 219 épisodes, aucune phrase ne démontre clairement l’adhésion des héros à cette idéologie politique : point d’ultranationalisme, point de zèle totalitaire, point de culte des hiérarchies, point de soumission de l’individu aux structures de l’État. Si l’accusation porte sur le recours systématique à la violence pour régler les problèmes, il faut rappeler qu’une telle attitude n’a jamais été spécifiquement fasciste et que, même si on la considérait comme telle, elle était partagée par tous les héros de fiction de l’époque, espagnols comme étrangers [...]. »
Les deux groupes de critiques se rejoignent néanmoins sur le fait que la série a un énorme intérêt sociologique, en permettant d'« analyser quelques-uns de nos traumas collectifs, de ceux qui constituent un précieux indice, beaucoup plus significatif que d'autres productions de l'époque, beaucoup plus prétentieuses »[7]. Pedro Porcel considère enfin que le caractère politiquement incorrect et le côté pop rendent la lecture de la série très agréable[21].
D'autres critiques portent sur la représentation assez caricaturale des pays exotiques, qui fait preuve d'un ethnocentrisme assez peu respectueux des civilisations non européennes[14].
La science en général est perçue avec méfiance dans la série, quand elle n'est pas ridiculisée, avec la notable exception de l'astronautique[22]. Il en est de même du regard porté sur les hippies[23].
Postérité
En 1968, Luciano Valverde réalise un court-métrage intitulé La última aventura de Roberto Alcázar y Pedrín (que l'on peut traduire par La dernière aventure de Roberto Alcázar et Pedrín)[24].
Dans les années 1980, le dessinateur de bande dessinée Pàmies publie dans la revue El Víbora une série intitulée Roberto el Carca, avec comme personnages Roberto el Carca et Zotín[25].
La série est parodiée dans les années 1990 par Miguel Ángel Gallardo et Ignacio Vidal-Folch (es) dans Roberto España y Manolín[26].