Romeo Soldi
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Romeo Soldi, né en 1870 à Crémone et mort en avril 1959 dans la même ville, est un économiste, journaliste et homme politique socialiste italien.
Formation et adhésion au socialisme (1892-1900)
Né en 1870 à Crémone, fils d'Alessandro, riche marchand et d'Albina Martini, il étudia le droit à l'Université de Rome, où il obtint son diplôme en 1894 après avoir fréquenté l'Université de Berlin de novembre 1892 à août 1893. Il s'engagea dans les milieux socialistes à Rome et à Berlin[1]. Dans la capitale allemande, où il collabora également au journal La Riforma, il rejoignit un club ouvrier composé de socialistes italiens[1]. En 1893, il devint délégué pour les représenter au IIIe Congrès de l'Internationale socialiste et, le mois suivant, au IIe Congrès du Parti socialiste italien (PSI). Au congrès de Zurich, où il rencontra Friedrich Engels et Antonio Labriola, il aborda la question paysanne, exprimant son opposition aux petits propriétaires[1]. Au congrès de Reggio Emilia, en revanche, il plaida pour une rupture avec les partis dits alliés et s'opposa à l'autonomie du groupe parlementaire socialiste vis-à-vis du parti[1].
En 1894, il commença à collaborer à la Critica sociale, revue dans laquelle il débattu avec Achille Loria. De 1895 à 1896, il séjourna de nouveau à l'étranger, cette fois à Londres, où il eut également l'occasion de participer au IVe Congrès de l'Internationale[1]. De retour en Italie, il s'établit à Rome, ville qu'il représenta au Ve congrès national de 1897, adhérant aux positions intransigeantes d'Enrico Ferri. Début 1898, il retourna en Allemagne puis s'installa à Vienne, où il devint correspondant pour Avanti ![1].
En 1899, il retourna temporairement à Crémone, participa à la campagne des élections locales et se présenta pour la première fois à une élection partielle dans la circonscription de Lodi[1]. Il ne fut cependant pas élu, tout comme lors des élections suivantes de 1900, 1903 et 1904, toujours à Lodi et dans d'autres circonscriptions[1].
Socialiste antiréformiste et antiétatiste (1900-1905)
Présent en 1900 au sixième congrès national du PSI, il intégra la direction du parti et commença à collaborer avec Torrazzo de Crémone où il s'opposa aux partisans du gouvernement. Il rompis sa collaboration avec Critica sociale pour devenir le principal opposant local au courant réformiste de Leonida Bissolati[1]. Proche d'Enrico Ferri, il fut parmi les fondateurs du journal Avanguardia socialista à Rome en 1902 avec Arturo Labriola. Au septième congrès du PSI, tenu la même année à Imola, il prit position contre les réformistes le conduisant à se rallier aux théories syndicalistes et antiétatistes défendues par Arturo Labriola[1]:
« Parmi nos camarades, deux tendances différentes, voire diamétralement opposées, se dessinent à cet égard, et il est bon de les confronter… D'une part, certains socialistes se réjouissent de pouvoir confier une nouvelle tâche à l'État, et ils croient ainsi parvenir presque imperceptiblement au socialisme… D'autre part, de nombreux penseurs se méfient de toute ingérence économique de l'État, du moins dans sa forme actuelle. Ils rappellent que l'État est l'instrument de la domination de certaines classes sur d'autres, et qu'accroître son pouvoir revient à donner à la classe dominante des armes d'oppression plus puissantes. En ce sens, Engels, Deville et la quasi-totalité des auteurs socialistes soutenaient que le socialisme devait aboutir à l'abolition de l'État précisément parce qu'il devait abolir toute domination d'une classe sur une autre. Ils estiment donc que la politique du parti socialiste doit viser principalement à réduire la force de l'État, en décentralisant ses pouvoirs, en retirant toutes les fonctions politiques des griffes des politiciens professionnels et en les confiant de préférence à des organismes intéressés. »[2]
Il écrivait également à la même époque :
« Comment pouvons-nous – non sans raison – aspirer à étendre les fonctions de l’État, qui demain risque de tomber entièrement entre les mains d’une petite clique parasite ?… Est-ce précisément lorsque nous constatons son incapacité à financer économiquement ses services actuels que nous voulons les augmenter ? Est-ce précisément au moment où nous voyons les clientélismes politiques s’étendre par le biais de postes à distribuer, de faveurs à accorder, que nous devons proposer une mesure qui entraînera un accroissement de la bureaucratie ?… Mais au-delà de cela, les classes qui, après les cliques parasites, exercent la plus grande influence dans notre État sont celles des propriétaires fonciers et des industriels… C’est là que se révèle le caractère réactionnaire du socialisme d’État. Il aboutit au capitalisme d’État, malgré les meilleures intentions de nos camarades. »[2]
L’important était en effet selon lui que « l’initiative et l’énergie individuelles puissent engendrer le progrès par la concurrence, et que les monopoles ne soient pas établis par un organisme public au profit d’une classe ouvrière au détriment des autres »[2]. Il écrivait cependant que « la législation sociale peut avoir une efficacité économique très limitée, alors qu’elle ne peut servir qu’à donner des formes juridiques à l’action des travailleurs, à sanctionner les coutumes établies ou à compléter, dans une mesure très limitée, l’initiative des masses laborieuses »[2].
Il réaffirma ces position deux ans plus tard, lors du congrès régional lombard de Brescia. Toujours en 1904, il participa au 7e congrès du PSI, qui le réélut à sa direction, et fit partie de la délégation italienne au 6e congrès de l'IS à Amsterdam. Il commença également à soutenir la Ligue anti-protectionniste (Lega antiprotezionista), fondée par Antonio De Viti De Marco[1].
Carrière universitaire sous le fascisme (1929-1943)
L'année suivante, cependant, à la mort de son père, il démissionna de toutes ses fonctions au sein du parti et se retira de la vie publique. Dès lors, il se consacra principalement à la gestion de son domaine et à son poste de professeur d'université, et fut radié du registre des subversifs en 1929[1]. Président de la banque Monte di Pietà de Crémone de 1915 à 1922, il finit par soutenir le fascisme en enseignant l'économie politique corporative à l'Université de Macerata (1936-1943)[1]. Il publia notamment des études sur l'autarcie économique, instrument considéré, dans son étude L'autarchia prebellica e l'autarchia plurinazionale postbellica, comme le plus adéquat pour organiser l’ensemble de la production nationale et internationale, sous la direction de l'« État conducteur »[3].
Fin de vie (1945-1959)
À partir de 1945, il fut membre du Comité d'assistance et de charité de la province de Crémone, dont il avait déjà fait partie de 1910 à 1922, et collabora également au journal socialiste génois Il Lavoro Nuovo[1]. Il mourut à Crémone en avril 1959.