Rouleaux des enfers

ensemble de deux emaki japonais du XIIe siècle From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Rouleaux des enfers (地獄草紙, Jigoku-zōshi?) sont deux emaki (rouleaux peints) japonais datant de la fin du XIIe siècle et décrivant les enfers de la pensée bouddhiste. Ils ont tous deux été reconnus trésor national japonais.

Détail du rouleau de Tōkyō

Présentation

De nos jours, les dates de création et les auteurs de ces emaki ne sont pas connus[1], même s’ils sont communément datés de la fin du XIIe siècle, durant l’époque Heian[2],[3]. Ils auraient à l’origine appartenu à l’empereur Go-Shirakawa et été entreposés dans le temple Sanjūsangen-dō (alors appelé Renge-ō-in)[2],[3], où seuls quelques privilégiés avaient le droit de les consulter (clergé, courtisans, etc.)[4].

Les rouleaux représentent les huit enfers brûlants et les seize enfers annexes du bouddhisme tels que décrits par le moine tendai Genshin[5],[6], et plus précisément par le sūtra intitulé Kisekyō[7] ; chaque enfer est illustré par une peinture et un texte rappelant les péchés sanctionnés. Les sept enfers représentés correspondent respectivement à l'enfer des excréments, l'enfer des mesures, l'enfer du mortier de fer, l'enfer du coq enflammé, l'enfer du nuage de sable noir, l'enfer de pus et de sang, et l'enfer des renards et des loups ; chaque section textuelle débute traditionnellement par la formule « Il existe encore un autre enfer »[8]. Le but était avant tout pédagogique, en manifestant la volonté d’effrayer le peuple par des promesses d’horreur s’il ne suivait pas les enseignements religieux[9]. De ce fait, les illustrations montrent un certain paradigme de l’enfer : tortures des pécheurs, créatures abominables, sang et flammes. Les Rouleaux des enfers font partie de l’ensemble connu sous le nom de Peintures des six voies (rokudo-e), tout comme le Rouleau des maladies ou les Rouleaux des êtres affamés[10]. Parmi les scènes marquantes figure une cuisine infernale où des moines bouddhistes ayant trahi leurs vœux sont découpés et cuisinés, avant d'être ressuscités chaque matin pour subir à nouveau le même sort ; une autre scène montre un grand oiseau battant furieusement des ailes contre les personnes ayant maltraité des animaux dans une vie antérieure — une idée jugée nouvelle tant dans la littérature que dans les arts visuels de l'époque[11].


Ces deux rouleaux ont été reconnus trésor national japonais[2],[3].

Les rouleaux

Détail du rouleau de Tōkyō

Les deux emaki sont entreposés respectivement au musée national de Tōkyō et au musée national de Nara (avec les Peintures pour chasser les démons) ; en outre, il existait auparavant un troisième emaki ayant appartenu à la famille Masuda.

Rouleau de Tōkyō

L'emaki du musée de Tōkyō mesure 26,1 cm de large pour une longueur de 240 cm[2]. De nos jours, il n’en reste plus qu’un rouleau ; une théorie laisse entendre que les calligraphies de ce rouleau et celles des Peintures pour chasser les démons seraient l’œuvre d’un même auteur[12]. Sa composition artistique repose sur l’usage presque exclusif des couleurs rouge et noire[2]. Influencé par la peinture chinoise de la dynastie Song, ce rouleau semblait avoir pour fonction de repousser les démons[13].

Rouleau de Nara

L'emaki du musée de Nara mesure 26,5 cm de large pour une longueur de 454,7 cm[3]. Après avoir appartenu à l’empereur Go-Shirakawa, il a été conservé au temple Daishō-in de Higashiōkubo, à Tōkyō, jusqu'à l'ère Meiji, avant d'entrer en possession de la famille Hara de Kanagawa, puis d'être finalement cédé au gouvernement japonais[14]. La composition est plus poussée que pour le rouleau de Tōkyō, notamment à travers le trait des dessins et le choix des couleurs[3].

Rouleau des Enfers

Ancien rouleau de la famille Masuda

On peut noter qu'un troisième emaki intitulé Rouleau des enfers de la famille Masuda (Masuda-ke-bon jigoku-zōshi) existait auparavant ; il a cependant été découpé à la fin de la Seconde Guerre mondiale en plusieurs kakemono et dispersés dans divers musées[15]. Ces principales sous-parties sont les Peintures pour chasser les démons (Hekija-e) et le Rouleau des Enfers des moines errants (Shamon jigoku-zōshi)[10].

Annexe

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