Royaume de Wanga
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Le royaume de Wanga est un royaume traditionnel du Kenya, composé de la tribu Wanga ou Abawanga, sous-groupe des Luyia. À son apogée, le royaume couvre une vaste zone allant de Jinja à l'ouest jusqu'à Naivasha dans le rift est-africain. Le royaume de Wanga est la structure la plus organisée du Kenya précolonial, tant sur le plan politique, économique que militaire.
En 2016, les Wanga sont au nombre d'environ 700 000, occupant pour la plupart le comté de Kakamega, province occidentale du Kenya. Le siège du pouvoir est situé à Mumias. La tribu Wanga compte 22 clans. Le titre de Nabongo (roi) est encore maintenu à ce jour et le Nabongo actuel est Peter Mumia II.
Le nom Wanga est éponyme, provenant du nom du fondateur du royaume, Nabongo Wanga (en)[1]. Le nom Wanga fait référence au peuple ainsi qu'à sa descendance et à sa situation géographique[2].
L'origine du titre Nabongo est incertaine. Cependant, l'historien kenyan Gideon Were (en) désigne Muima, le souverain pré-Wanga, sous le nom de « Nabongo Muima », indiquant que ce titre pourrait être antérieur à la formation du royaume Wanga[1].
Histoire
Formation
Le royaume est fondé au XVIe siècle par Nabongo Wanga (en), un descendant des dirigeants du royaume du Buganda. Il s'établit d'abord dans la province de Nyanza avant de déplacer la capitale à Mumias[3].
Après la mort de Wanga, un conflit de succession éclate entre ses fils. Wabala, son successeur désigné, se querelle avec son frère aîné, Murono, à propos de ses droits de succession[4]. Wabala est assassiné à Bukhayo, apparemment à l'instigation de Murono. Murono est brièvement Nabongo avant que Musui, le fils de Wabala, ne le batte au combat. Après sa défaite, Murono traverse la Nzoia et établit un centre distinct près de l'actuelle Matungu vers 1679-1706[1].
Expansion et conflits
Nabongo Netya règne sur le royaume de Wanga vers 1760-1787. À cette époque, le royaume de Wanga compte plusieurs clans. Parmi eux, le clan de Murono sur la rive droite de la rivière Nzoia, le clan d'Abamuima à Imanga (entre les villes actuelles de Mumias et Butere), un autre à Matungu et celui de Netya à Elureko (aujourd'hui Mumias). Netya tente de prendre le contrôle de tous ces centres avec plus ou moins de succès[5].
Sous le règne de Nabongo Netya, des conflits fonciers entraînent des conflits entre les Wanga et leurs voisins comme les Teso, les Bukusu et les Jougenya[6]. Nabongo Netya aurait conclu un accord avec les Uasin Gishu, échangeant du bétail et des pâturages contre une assistance militaire masaï. La mort de Netya, vers 1787, marque le début d'une période de conflits externes accrus avec les Maasaï[1].
Nabongo Osundwa fait la paix avec les Massaïs et consolide son pouvoir à Mumias, faisant de cette ville le centre administratif de Wanga, tandis que Matungu devient la résidence principale des Nabongo. Après la mort de Nabongo Osundwa, un conflit de succession éclate entre ses fils, Kweyu et Wamukoya, vers 1814[1]. Dans ce conflit, Wamukoya est intronisé par les anciens et Kweyu refuse ce choix, établissant une nouvelle confédération sécessionniste dans la partie septentrionale du royaume[7].
Nabongo Shiundu succède à son père Nabongo Wamukoya dans les années 1850, époque à laquelle les commerçants arabo-swahili arrivent en territoire Luyia[8]. Au Nord, Nabongo Sakwa succède à son père et se trouve confronté avec les tribus Abanyala et les Ababukusu pour le contrôle des pâturages[1].
Protectorat

Les deux royaume sont finalement réunifiés sous Nabongo Mumia (en) tandis que l'Empire britannique impose son administration coloniale d'Afrique de l'Est[9],[10].
Le règne de Nabongo Mumia Shiundu est fortement influencé par une alliance avec des marchands d'esclaves arabo-swahili et un conflit avec les peuples Luo voisins qui s'intensifie après l'achèvement du chemin de fer de l'Ouganda par les colonisateurs britanniques[11]. Les marchands d'esclaves répriment les tribus voisines afin d'être venduesTraite négrière occidentale, notamment les Luo et les Bukusu[10]. Un conflit constant conduit Nabongo Mumia à collaborer avec les Britanniques qui le désignent comme chef suprême d'une vaste région de l'Afrique de l'Est avec divers chefs lui rendant compte, tels que le chef Chabasinga qui gouvernait Jinja Lenan Tenai chez les Maasai et le chef Odera Akang'o de Luo Nyanza [12],[13].
En 1926, la nouvelle colonie et protectorat du Kenya redéfinit le territoire du royaume de Wanga pour en faire l'équivalent de la province occidentale moderne du Kenya actuel. Cet acte entraîne la perte de tout pouvoir politique significatif que le royaume de Wanga avait détenu, bien que Nabongo Mumia resta influent jusqu'à sa mort en 1949[14],[15],[16],[17].
Durant la période coloniale, d'autres tribus du Kenya, telles que le peuple Kikuyu, le peuple Kamba, le peuple Kalenjin sous Koitalel Arap Samoei et le peuple Giriama sous Mekatilili Wa Menza, résistent à la domination britannique[18]. En raison de leur résistance à la domination coloniale, les Britanniques ne parviennent pas à s'imposer durablement, ce qui conduit à préserver le royaume Wanga[19],[20]. En 1949, Shitawa succède à son père Mumia sous un climat hostile aux monarchies et en 1974, Peter Mumia lui succède à son tour[21].
Notes et références
- 1 2 3 4 5 6 Godwin Rapando Murunga, The evolution of Mumias settlement into an urban centre to circa 1940., France, HAL archives-ouvertes, , 50 p.
- ↑ Owuor, Wycliffe, Martin et Ndondolo, « A survey of ethnobotany of the AbaWanga people in Kakamega County, western province of Kenya », Indian Journal of Traditional Knowledge, vol. 15, , p. 93–102 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Nation, « King Mumia's plan to reclaim past glory of Wanga Kingdom », Nation Media Group, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Kenya: The Treasure Trove That Is the Wanga Kingdom », allafrica.com, (consulté le )
- ↑ J.R. Dealing, Politics in Wanga, Kenya, 1650-1914, Ph.D Thesis, North Western University., Dissertations and Thesis, 144 p.
- ↑ G. S. Were, A History of the Abaluyia of Western Kenya, c.1500-1930, Nairobi, East African Publishing House, , 120 p.
- ↑ S. S. S. Kenyanchui, Nabongo Mumia, Nairobi, Heinemann, , 12 p.
- ↑ H. Johnson, The Uganda Protectorate, London, Hutchson and Company, , 218 p.
- ↑ (en) « Nabongo Mumia: The Story of The Wanga Noble », Google Arts & Culture, Google Arts & Culture
- 1 2 Gideon Were et William Ochieng, Historical Studies and Social Change in Western Kenya, East African Educational Publishers, , 59–62 p. (ISBN 9789966251527, lire en ligne)
- ↑ Owino Meshack, Africanizing Knowledge, Routledge, (ISBN 9781351324403, DOI 10.4324/9781351324403, lire en ligne)
- ↑ (en) « King Mumia's plan to reclaim past glory of Wanga Kingdom », Daily Nation, (lire en ligne)
- ↑ Curtis Otieno, « Meet Luo chief who jailed a colonialist », hivisasa.com, (lire en ligne)
- ↑ « The Rise and Fall of Nabongo Mumia », Abeingo.com
- ↑ (en) Linda Akwabi, « African royal leaders tour Wanga kingdom », The Standard (Kenya), (lire en ligne)
- ↑ (en) « Matungu shrine that stores the history of Wanga Kingdom », Daily Nation, (lire en ligne)
- ↑ (en) William Robert Ochieng', Historical Studies and Social Change in Western Kenya: Essays in Memory of Professor Gideon S. Were, East African Publishers, (ISBN 978-9966-25-152-7, lire en ligne)
- ↑ (en) « Paramount Chiefs - Kenya National Archives », Google Arts & Culture
- ↑ Gadsden Fay, "Further Notes on the Kamba Destocking Controversy of 1938." The International Journal of African Historical Studies, Vol. 7, No. 4 (1974), Boston University African Studies Center, 681–687 p.
- ↑ « eLimu | Political developments and systems », learn.e-limu.org (consulté le )
- ↑ (en) Saheed Aderinto, African Kingdoms: An Encyclopedia of Empires and Civilizations, Bloomsbury Publishing USA, (ISBN 978-1-61069-580-0, lire en ligne)