La dernière maison de la rue Cordier (no 14 en 1855) était au XVIIIe siècle un modeste hôtel garni exploité sous le nom « Hôtel Saint-Quentin »[2]. Jean-Jacques Rousseau y logea en 1741, lors de son deuxième voyage à Paris, et à nouveau en 1745, après son retour de Venise, quand le départ de son ami Altuna le contraignit de quitter le logement qu'ils avaient partagé rue Saint-Honoré.
« J'arrivai à Paris dans l'automne de 1741, avec quinze louis d'argent comptant » écrira Rousseau sur son premier séjour, et relatera que « (...) sur une adresse que m'avoit donné M. Bordes, j'allais loger à l'hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, proche la Sorbonne, vilaine rue, vilain hôtel, vilaine chambre, mais où cependant avoient logé des hommes de mérite, tels que Gresset[3], Bordes, les abbés de Mably, de Condillac, et plusieurs autres dont malheureusement je n'y trouvai plus aucun (...) », ajoutant que grâce à la connaissance qu'il y fit avec un certain Bonnefond, il rencontra Daniël Roguin qui devint son ami et lui fera connaitre Diderot[4]. Il quitta l'hôtel Saint-Quentin pour emménager dans le jeu de paume de la rue Verderet (no 4), afin de se rapprocher de l'hôtel particulier des Dupin-Francueil, rue de la Plâtrière.
En 1745, Rousseau écrit à Roguin d'être décidé à « s'emprisonner » à l'Hôtel Saint-Quentin pour y finir « un ouvrage »[5] et confiera ultérieurement dans Les Confessions « Je repris le travail de mon opéra[6], que j'avais interrompu pour aller à Venise, et, pour m'y livrer plus tranquillement, après le départ d'Altuna, je retournai loger à mon ancien hôtel Saint-Quentin, qui, dans un quartier solitaire et peu loin du Luxembourg, m'était plus commode pour travailler à mon aise, que la bruyante rue St.-Honoré[7]. » C'est alors qu'il fit la connaissance de Thérèse Le Vasseur, lingère à l'hôtel Saint-Quentin, sa future maîtresse et épouse.