Ruhraak
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Un Ruhraak (pluriel : Ruhraaken) était un type de bateau fluvial à fond plat, qui transportait autrefois le charbon[1],[2] sur la rivière Ruhr, un affluent du Rhin, jusqu’au port de Duisbourg Ruhrort[1]. Il existait des variantes similaires de aak sur d’autres cours d’eau, nommées Kölner Aak sur le Rhin et Dorstener Aak sur la Lippe. Ils étaient utilisés dans tout le bassin du Rhin. Il existait aussi un type de bateau nommé Ruhrnache[3], qui ne naviguait que sur la Ruhr[4].
Ce type de navire à fond plat sans quille[3] disposait d’un gouvernail énorme et de deux dérives latérales (des planches aux bords arrondis) pour mieux manœuvrer dans l’eau peu profonde[1]. Il était adapté à la faible profondeur de la rivière en été et à la taille des écluses de l’époque[5]. Les navires mesuraient entre 34 et 38 mètres de long et près de 5 mètres de large[3]. Les flancs des navires mesuraient 1 mètre de haut. Comme la cargaison était principalement composée de charbon, résistant aux intempéries, la cale n’avaient pas besoin d’être couverte. En raison de la conception et des économies de poids, le tirant d'eau allait de 0,80 mètre[6] à seulement 0,23 mètre[7] selon les sources (il n’est pas clair dans les sources si c’était à vide ou à pleine charge). Entre 90 et 165 tonnes de charbon pouvaient être chargées à bord[7]. Grâce à leur faible tirant d’eau et à leur capacité de chargement maximale, les Ruhraaken étaient parfaitement adaptés aux conditions difficiles de navigation sur la Ruhr[5].
En remontant la Ruhr, les Ruhraaken étaient propulsés par leurs voiles et remorqués par des attelages tirés par des chevaux[8] marchant le long des berges sur un chemin de halage. Les cordages utilisés pour ce remorquage, qui allaient jusqu’à 400 mètres de long, étaient attachés au mât. En cas d’erreur de conduite ou de courant fort, il pouvait arriver que les chevaux soient tirés vers l’arrière et risquent de tomber dans l’eau. Le conducteur avait donc toujours un couteau avec lui pour couper le cordage et libérer les chevaux en cas de danger. Si le chemin de halage changeait de côté de la berge, les chevaux devaient aussi changer de côté. Cette action s’appelait le retournement[3].
En descendant la Ruhr, les Ruhraaken étaient poussés par le courant. Parfois, lors du voyage de retour depuis la Hollande et le cours supérieur du Rhin, les marchands de Mülheim transportaient aussi sur leurs Ruhraaken des marchandises, par exemple provenant des colonies[8].
Les capitaines des navires étaient assistés par des pilotes locaux. L’équipage était composé de l’Aakesbaas (capitaine), de l’homme de tête, de deux rameurs et du pilote comme timonier. Chaque Aak disposait d’une cabine servant d’espace de vie pour les Aakesbaas[7]. Les Aakesbaas (bateliers de la Ruhr) avaient une vie rude, et c’étaient des hommes rudes[3]. Les équipages des nombreux navires transporteurs de charbon étaient vus avec méfiance par les autorités, car jugés belliqueux, au point qu’on parlait même de la « tristement célèbre racaille de Mülheim »[8].
Vers 1840, 377 Ruhraaken naviguaient sur la rivière, selon Ludwig Henz, de Hattingen[5], qui était maître ingénieur en hydraulique[5],[9] sur la Ruhr au milieu du XIXe siècle[9]. Dans son livre Der Ruhrstrom und seine Schifffahrtsverhältnisse (en français : Le cours de la Ruhr et ses conditions de navigation), il décrit en détail les Ruhraaken [5]. Par son intermédiaire, de nombreux détails, tels que les statistiques, les descriptions des itinéraires et les protocoles de navigation de cette époque nous ont été transmis[9]. 1 508 capitaines, 500 chevaux et 250 conducteurs, 300 marins et 6 pilotes étaient alors en activité. En moyenne, 45 nouveaux navires étaient construits par an[3]. Le transport du charbon sur la Ruhr atteignit son apogée dans les années 1840 et 1850. Lors de ces années, 7 000 navires charbonniers naviguaient depuis la Haute Ruhr, plus 1 000 à 2 000 navires qui étaient chargés à Mülheim et descendaient la Ruhr. C’est en 1860 que la plus grande quantité de charbon jamais expédiée fut atteinte avec 17,5 millions de quintaux[8].
Le transport du charbon sur la Ruhr fut confronté à la concurrence du chemin de fer[3], qui pouvait transporter le charbon à des coûts bien inférieurs. La première ligne de chemin de fer dans la région de Mülheim passait par Oberhausen et fut ouverte en 1847. Le déclin du transport fluvial ne fut pas immédiat. Les effets de la concurrence du chemin de fer ne devinrent visible que lorsque des lignes furent ouvertes via Mülheim : en 1862 de Duisbourg jusqu’à Mülheim via Styrum, puis jusqu’à Essen ; en 1866 via Speldorf, en 1876 via la vallée de la Ruhr. Le transport du charbon sur la Ruhr diminua de plus en plus dans les années suivantes[8], il s’effondra avec la mise en service du chemin de fer de la vallée de la Ruhr[5] et finit par s’arrêter complètement en 1890[3]. Les armateurs de Mülheim trouvèrent une activité de remplacement dans la navigation sur le Rhin, où ils jouèrent un rôle majeur[8]. Le dernier Ruhraak fut démoli en 1912[5].