Règlement de Lamasba
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| Règlement de Lamasba | |
Plaque gravée portant le règlement d’irrigation de Lamasba | |
| Type | Épigraphie latine |
|---|---|
| Dimensions | Environ 1,20 × 0,80 m |
| Inventaire | I.S.1075 |
| Matériau | Pierre |
| Méthode de fabrication | Gravure lapidaire |
| Fonction | Règlement d’irrigation / répartition de l’eau |
| Période | Empire romain, règne d’Héliogabale (218–222) |
| Culture | romaine |
| Date de découverte | 1877 |
| Lieu de découverte | Lamasba (près de Merouana, Algérie) |
| Conservation | Musée national des antiquités et des arts islamiques, (Alger) |
| Signe particulier | Texte partiellement lacunaire par érosion |
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Le règlement de Lamasba est une inscription latine romaine découverte dans l’ancienne cité de Lamasba, en Numidie (actuelle région de Merouana, Algérie). Ce texte, établi sous le règne de l’empereur Héliogabale (218-222 apr. J.-C.), fixe les règles d’utilisation de l’eau provenant d’un aqueduc pour l’irrigation, notamment en période hivernale. Il précise les barèmes de distribution selon les superficies et les cultures, et comprend des tables de conversion permettant d’attribuer la quantité d’eau proportionnellement aux propriétés irriguées. L’inscription est aujourd’hui conservée et exposée au Musée national des antiquités et des arts islamiques à Alger.
Le règlement de Lamasba a été découvert en 1877 par Émile Masqueray lors de ses fouilles sur le site de l'ancienne cité romaine de Lamasba (près de l'actuelle Merouana). L'inscription, gravée sur une grande plaque de pierre, fut rapidement identifiée comme un règlement d'irrigation et publiée avec une notice par H. Dessau et J. Schmidt au début du XXe siècle[1],[2],[3].
Description

L'inscription se compose d'un texte en latin gravé sur pierre, datant du règne de l'empereur Héliogabale (218-222 apr. J.-C.). Elle réglemente l'usage de l'eau de l'aqueduc de Lamasba, en particulier pour l'irrigation hivernale. Le texte détaille les barèmes de distribution de l'eau en fonction de la superficie cultivée et du nombre d'arbres fruitiers et oliviers possédés par chaque propriétaire. Il comprend des tables de conversion permettant de calculer les heures d'irrigation attribuées à chaque lot de terre, illustrant une gestion rationnelle et équitable de la ressource hydrique[4],[5].
Lamasba, probablement promue au rang de municipe sous le règne de l'empereur romain Caracalla, avait accueilli des vétérans, dont trois ou quatre sont explicitement mentionnés sur la table de Lamasba. Le fragment d’inscription, réparti sur plusieurs colonnes, recense 56 noms correspondant à environ 52 personnes, dont 9 femmes[6].
La répartition des parcelles révèle des regroupements familiaux : plusieurs propriétaires portant le même gentilice (Marii, Germanii) apparaissent côte à côte, certains terrains étant transmis à des héritiers. Les superficies, exprimées en kapita, étaient probablement de taille moyenne, et la plupart des propriétaires ne cultivaient pas directement leurs terres. Selon les gromatici veteres, la taille des lots sous le Haut-Empire romain se situait généralement entre 50 et 66 jugères, soit un quart ou un tiers de centurie[6].
Le tableau ci-dessous montre que le temps d'irrigation était proportionnel à la nature de la culture et à la superficie exploitée, soulignant la précision de l'administration locale et l'importance économique des cultures pérennes (oliviers, vignes) dans la région[5].
| Type de culture / unité | Heures d'irrigation attribuées |
|---|---|
| 1 olivier | 1 heure |
| 1 arbre fruitier | 0,5 heure |
| 1 jugerum (environ 0,25 ha) de culture céréalière | 4 heures |
| 1 jugerum de vigne | 6 heures |
Importance historique
Ce règlement constitue un témoignage unique sur l'organisation de l'hydraulique romaine en Afrique du Nord. Il montre que les autorités municipales disposaient d'instruments normatifs sophistiqués pour répartir l'eau d'irrigation, conciliant propriété privée et intérêt collectif. Il éclaire également l'organisation agricole de la Numidie au début du IIIe siècle, où l'irrigation favorisait les cultures arborescentes et l'élevage. Le document offre un parallèle précieux avec d'autres règlements hydrauliques de l'Empire romain, notamment en Hispanie et en Rome antique[7],[5].
Marguerite Ronin montre que, dans l’Occident romain, des communautés rurales organisaient collectivement l’irrigation, attestées notamment par le règlement de Lamasba et la lex rivi Hiberiensis (bronze d’Agón (es)). Le règlement de Lamasba formalise une liste d’irrigateurs et des tours d’irrigation, tandis qu’Agón fixe des règles de fonctionnement, d’entretien et de procédure pour le fleuve de l’Ebre. Deux grands systèmes de partage coexistent — répartition en volume (partiteurs, canaux, « séguias ») et répartition en temps (tours d’eau) — et peuvent se combiner dans un même réseau. Les digues (moles), canaux secondaires et partiteurs servaient à répartir l’eau ; l’entretien incombait aux usagers proportionnellement à leur part et était sanctionné en cas de manquement. Agón atteste un lien original entre ius aquae (droit à l'eau) et pouvoir de décision : le concilium tranche « à proportion » du droit à l’eau de chacun[8].
Le statut des « pagani » (résidents ou propriétaires) reste débattu, mais il semble que propriétaires et exploitants agricoles aient tous voix au chapitre, la superficie et la nature des cultures influençant la répartition. Malgré des inégalités entre grands et petits propriétaires, les règles tentaient d’équilibrer droits et charges selon l’usage réel et les besoins agricoles. Ronin conclut que, plus qu’un simple souci technique, la gestion de l’eau s’organisait autour d’un lien structurant entre accès à la ressource, obligations collectives et pouvoir décisionnel local[8].