Rébellion Kamwina Nsapu
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| Date | -2019 |
|---|---|
| Lieu |
Kasaï-Central Kasaï-Occidental Kasaï-Oriental Lomami et Sankuru |
| Casus belli | Mort de Jean-Pierre Mpandi |
| Issue | Victoire gouvernementale |
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Forces de sécurité congolaises
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| Jean-Pierre Mpandi "Kamwina Nsapu" †[8] Aucun leader central depuis [8] |
Joseph Kabila (jusqu'en ) Félix Tshisekedi (depuis ) Gen. Dieudonné Banze (en) Gen. Éric Ruhorimbere[9] |
| 10 000+[10] | Des milliers[1] |
| Des milliers de personnes ont été tuées, capturées ou se sont rendues. | Des centaines de morts et de blessés |
3 300+ (estimation de l'Église catholique en )[4],[11]
Déplacés : 1,09 million à l'intérieur du pays[12], 35 000 en Angola[13]
| Coordonnées | 5° 53′ 37″ sud, 22° 24′ 35″ est | |
|---|---|---|
La rébellion Kamwina Nsapu[14], parfois également orthographiée Kamuina Nsapu, est une rébellion en République démocratique du Congo, initiée par les Kamuina Nsapu contre les forces de sécurité[15]. Le conflit oppose du à 2019 les pouvoirs de l'État (police, armée) aux partisans de Jean Prince Mpandi un chef coutumier de la « Famille royale Kamuina Nsapu », lignée de chefs coutumiers de Dibaya. Le conflit s'étend à l'ensemble du Grand Kasaï (anciennes provinces du Kasaï-Occidental et du Kasaï-Oriental) mais touche aussi les provinces du Kasaï-Central, de Lomami et de Sankuru[12],[16]. Le conflit, où sont notamment enrôlés plusieurs milliers d'enfants soldats, a causé la mort de plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes, ainsi que l'exil de plus de deux millions de congolais.
Le conflit présentait une dimension politique significative[14] : les rebelles contestaient le manque de respect du pouvoir en place envers les chefs coutumiers du Kasaï-central. Pour la majorité des Luba[15] le gouvernement avait profané les objets sacrés du chef et menacé son épouse, agissant ainsi dans l'intérêt du pouvoir exécutif. Le journaliste congolais Bruno Kasonga Ndunga Mule n'hésite pas à qualifier ce conflit de « premier génocide du XXIe siècle »[17].
La région du Grand Kasaï (Kasaï, Kasaï central, Kasaï oriental, Sankuru et Lomami), de langue luba-kasaï (ou cilubà) et peuplé majoritairement par l'ethnie Baluba, est historiquement marquée par un système tribal très fort[18],[19].
Ce système, que même Mobutu Sese Seko n'aurait jamais cherché à remettre en cause, est en revanche mis à mal dans une loi votée en 2015 — Loi N° 15/015 du 25 août 2015 fixant le statut des chefs coutumiers[20] —) sous la présidence de Joseph Kabila : elle établit le statut des chefs coutumiers, prévoit leur rémunération et la publication d’un arrêté de reconnaissance du statut de chaque chef. Le Kasaï étant historique terre d'opposition à Kabila — c'est notamment la région d'origine d'Étienne Tshisekedi —, la loi est perçue comme un moyen de contrôle des chefs, au moment où ceux-ci se trouvent paupérisés du fait de la crise économique, qui touche en particulier la Société minière de Bakwanga[21]. Même cette loi, pourtant peu favorable aux chefs coutumiers, est régulièrement contournée par des politiciens du pouvoir central, impopulaires dans leur circonscription, et qui corrompent l'administration pour peser sur la désignation des chefs coutumiers en favorisant leurs partisans[20].
Plus structurellement, le gouvernement central congolais est accusé par la population de ne pas remplir son rôle au Kasaï, obligeant celle-ci à se tourner préférentiellement vers les chefs coutumiers. Marie-Ange Mushobekwa, ministre congolaise des droits de l’homme, reconnaît elle-même une « défaillance grave » des services publics dans cette région[17]. Les évêques du Kasaï estiment que « l’État n’arrive pas à assurer aux citoyens les services de base comme la sécurité sociale, les soins de santé, l’hygiène, l’eau potable, l’électricité, l’école et l’habitat. L’impunité est généralisée. La sécurité des personnes et de leurs biens est aléatoire, avec les intimidations, les pillages, les viols, les déplacements des communautés et les massacres que nous connaissons. Les institutions républicaines ne sont pas souvent au service du Peuple »[20].
Jean-Pierre Mpandi (ou Pandi), un de ces chefs, né en 1966, se revendique depuis 2012 « sixième Kamuina Nsapu » ; il estime que son prédécesseur et lointain oncle Anaclet Kabeya Mupala, mort en 2012, a été empoisonné et n'hésite pas à en suspecter Évariste Boshab (lui aussi Kasaïen), alors président de l'Assemblée nationale. En 2014, ce dernier est nommé vice-Premier ministre de l’Intérieur, devenant ainsi l'interlocuteur gouvernemental référent des chefs coutumiers. Des soupçons et des accusations de népotisme visent presque aussitôt Évariste Boshab[22]. Très critique envers le pouvoir en place, « Kamuina Nsapu fustige la négligence de l’État congolais depuis son accession à l’indépendance, […] traite tous les détenteurs civils, militaires et policiers de mercenaires, et qualifie le gouvernement national de gouvernement d’occupation »[23].
De son côté, le pouvoir central voit Jean-Prince Mpandi d'un œil très méfiant ; son passé reste en partie inconnu, mais il a passé plusieurs années en Afrique du Sud, en Zambie, et, selon ses dires, en Chine où il aurait appris une médecine traditionnelle. Il est suspecté d'accointances avec l'UDPS ou avec Étienne Taratibu Kabila, frère potentiel (mais non reconnu comme tel) du président d'alors[23]. Les autorités politiques centrales refusent donc d'avaliser la reconnaissance de Mpandi comme Kamuina Nsapu[20].

