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Récit à la première personne

technique littéraire dans laquelle l’histoire est narrée par un ou plusieurs personnages se référant explicitement à eux-mêmes à la première personne From Wikipedia, the free encyclopedia

Le récit à la première personne est une technique littéraire dans laquelle l’histoire est narrée par un ou plusieurs personnages se référant explicitement à eux-mêmes à la première personne, c’est-à-dire à un « je » ; un tel narrateur-personnage peut être appelé narrateur interne, ou qualifié d'homodiégétique.

Robinson Crusoé de Daniel Defoe.

Caractérisation

Le récit à la première personne se distingue de l’autobiographie, de l’autofiction et du roman autobiographique. Malgré l’usage exclusif de la première personne du singulier ou du pluriel, le récit à la première personne ne représente pas, comme dans le roman autobiographique, l’auteur dans le personnage du roman. Même lorsqu’il se présente comme une autobiographie, il en diffère dans la mesure où l’histoire ne repose pas sur le vécu de l’auteur. En d'autres mots, alors que dans l'autobiographie, l'autofiction et le roman autobiographique, le personnage principal et l’auteur/écrivain ne font qu’un, ce n'est pas le cas dans le récit à la première personne[1].

De l’Antiquité, le Satyricon de Pétrone ou l'Âne d'or d’Apulée sont narrés à la première personne, où le lecteur partage la vision du monde, souvent ironique, naïve ou critique, du héros, non sans percevoir l’ironie de l'auteur réel[2]. Au siècle d’or, le roman picaresque est véritablement fondateur du genre, avec des récits dont la structure repose sur une fausse autobiographie, comme Lazarillo de Tormes[3].

Le véritable essor de cette forme narrative englobant plusieurs genres romanesques allant du roman-mémoires et du roman épistolaire de fiction à la première personne a eu lieu principalement au XVIIIe siècle, où il a connu une grande vogue. Le récit à la première personne se présente alors le plus souvent sous la forme de mémoires (Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, la Vie de Marianne, la Religieuse, Mémoires du comte de Comminge, Robinson Crusoé, Moll Flanders, les Voyages de Gulliver, Pamela, Histoire de Tom Jones, Tristram Shandy, Lady Roxana…), d’une correspondance (Lettres persanes, les Liaisons dangereuses, Julie ou la Nouvelle Héloïse, Clarisse Harlowe…), voire de confessions ou d’un journal intime, lieu d’expression des tourments amoureux et existentiels d’un narrateur, comme je jeune Werther de Goethe, ou d’expression de l’exil, de la séparation, dans l’Émigré de Sénac de Meilhan[4].

L’intérêt du récit à la première personne est qu’il implique directement ou indirectement le narrateur dans l’histoire qu’il raconte. Un avantage de l’usage de la première personne est qu’en permettant au personnage d’exprimer ses sentiments, ses pensées et ses expériences, le lecteur est également mis à même de s’introduire dans la vie du narrateur qui se dévoile à lui. Un autre avantage du récit à la première personne est qu’il peut servir à dissimuler des informations au lecteur, en particulier celles qui sont inaccessibles au narrateur[1].

L’accomplissement du récit à la première personne crée une intimité confessionnelle d’une intensité telle qu’elle peut être frappante. Ce genre de récits peut se présenter sous plusieurs formes : le monologue intérieur, comme dans les Carnets du sous-sol de Dostoïevski[5] ; le monologue dramatique, comme dans la Chute d’Albert Camus[5], ou explicitement, comme dans les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain[6].

Les Souffrances du jeune Werther de Goethe.

La présence du narrateur dans l’histoire l’empêchant d’avoir connaissance de tous les évènements, le roman policier est souvent effectué à la première personne, ce qui permet au lecteur de découvrir la vérité en même temps que le narrateur. Edgar Allan Poe, l’inventeur du roman policier, a inauguré cette tradition narrative, en 1841, dans Double Assassinat dans la rue Morgue, où les prouesses investigatrices du détective Auguste Dupin, sont rapportées par un ami anonyme rencontré dans un cabinet de lecture parisien. Arthur Conan Doyle a ensuite repris le procédé du narrateur homodiégétique, dans Sherlock Holmes, avec le personnage du docteur Watson, faire-valoir témoin de l’enquête, qui la transmet sans en comprendre le dénouement à l’avance. Dans le roman noir américain, Philip Marlowe, de Raymond Chandler, est à la fois narrateur et héros principal de l’histoire. Le lecteur voit le monde uniquement à travers la vision nécessairement limitée de ce narrateur autodiégétique[7].

Les narrateurs à la première personne peuvent également être multiples, comme dans Rashōmon d’Akutagawa et le Bruit et la Fureur de Faulkner où chacune des sources raconte un même évènement de différentes manières. Le narrateur à la première personne peut être le personnage principal ou un personnage proche du personnage principal. Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontëou Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald emploient, par exemple, des narrateurs-personnages relativement périphériques aux passions principales[8]. Les narrateurs à la première personne du pluriel racontent leur histoire en disant « nous » c’est-à-dire en l’absence d’identification individuelle, le narrateur faisant partie d’un groupe agissant en tant qu’unité. Bien qu’elle soit rarement utilisée, la première personne du pluriel peut être employée efficacement, parfois comme moyen d’augmenter la concentration sur le ou les personnages principaux[9].

Le récit à la première personne peut tendre à un courant de conscience, comme dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Le récit tout entier peut même être présenté comme un faux document, comme un journal intime, dans lequel le narrateur fait explicitement référence au fait qu’il écrit ou raconte une histoire[10]. Le narrateur peut être plus ou moins conscient de sa condition de narrateur de même que les raisons qui gouvernent cette situation ainsi que le public auquel il croit s’adresser sont sujettes à variations. Dans des cas extrêmes, le cadre de l’histoire présente le narrateur comme un personnage extradiégétique qui commence à raconter sa propre histoire[11].

La forme narrative du récit à la première personne ne répugne pas non plus à faire usage de récits enchâssés où le narrateur raconte à la première personne son histoire dont un des personnages va raconter sa propre histoire à la première personne, comme le chevalier des Grieux avec l’Homme de qualité dans Manon Lescaut ou Tervire avec Marianne dans la Vie de Marianne[12].

Notes et références

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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