Sa'doddîn Hamûyeh
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Sa'd al-Dîn Muhammad ibn al-Mu'ayyad ibn abû Bakr al-Hamûya[1] connu sous le nom de Sa'doddîn Hamûyeh, surnommé le « shaykh al-shuyûkh » (le maître des maîtres)[2], est un soufi persan mort en 1252-53 (650 de l'Hégire). Il appartient à la confrérie Kubrâwiyya[3],[4].
Il est issu d'une famille chi'ite affiliée au soufisme. Un de ses ancêtres, Muhammad b. Hamûya, mort en 1136, était un disciple de Fârmadî et aurait également été initié par al-Khidr[5]. Sa'doddîn Hamûyeh entre à son tour au service d'un maître, Najm al-Dîn Kubrâ, qui reconnaît en lui des qualités spirituelles exceptionnelles et lui porte une grande estime. Dans la lettre d'autorisation qu'il lui délivre, le maître s'exprime ainsi à son sujet :
« Le très cher enfant, d'un rang supérieur, doué de piété vigilante et de piété scrupuleuse S'ad al-Dîn, beauté de l'Islam et de la voie[1] »
Sa'doodîn Hamûyeh devient l'un des douze disciples kubrâwî nommément autorisé à enseigner la voie spirituelle. En 1220, face l'invasion mongole de l'Asie Centrale, Najm al-Dîn Kubrâ encourage ses disciples à s'enfuir. Tout comme Najm al-Dîn Râzî ou Radîuddîn 'Alî Lâlâ, suivant les conseils du maître, Sa'doddîn Hamûyeh quitte Khârazm[6]. Il se rend à Damas où il passe plusieurs années. Il y fréquente le cercle de Sadr al-Dîn Qonyawî, disciple et gendre d'Ibn 'Arabî, ce qui aura une influence majeure sur sa pensée. A Baghdâd, il fréquente le maître Shihâb al-Dîn 'Omar Sohawardî[7]. Il finit par retourner dans le Khorassan, où il fonde un couvent (khanqah) dans la ville de Bahrâbâd[8]. C'est là qu'il dirige à son tour des disciples dont le plus célèbre est 'Azîzoddîn Nasafî[7],[9].
Son fils Sadr al-Dîn Ibrâhîm, qui lui succède à la tête du couvent, participera en 1295 à la conversion à l'islam de Ghazan Khan de la dynastie des Ilkhanides, une des branches de l'Empire mongol.
Œuvre
Il a rédigé une œuvre abondante, encore inédite, d'une lecture aussi attachante que difficile, selon les mots de l'orientaliste Henry Corbin. Parmi ses ouvrages, on peut citer le traité intitulé Misbâh fi' t-tasawwuf.
Doctrine
Sa'doddîn Hamûyeh pratiquait la science de l'alphabet mystique ('ilm al-hurûf) ainsi que l'art des diagrammes symboliques[4]. Par ailleurs, son origine chi'ite se retrouve dans sa doctrine, en particulier au sujet du douzième Imâm, dont il attendait la venue et sur lequel il s'est longuement épanché[4], comme en témoigne son disciple 'Azîzoddîn Nasafî :
« Selon notre shaykh, il n'y a que douze Amis (walî) dans la communauté de Mohammad. Le dernier d'entre eux, le douzième, est le Sceau des Amis ; le Mahdî, le Guide ; le Sâhb al-Zamân, le Maître du Temps (…) O Derviche ! J'ai beau louer la grandeur du Maître du Temps, je n'en dirai pas un millième. Comme je me trouvais au Khorassan au service du shaykh Sa'doddîn, celui-ci parlait avec tant d'emphase de la puissance et de la perfection du Maître du Temps que mon entendement s'égarait, que mon intellectuel ne pouvait le suivre. Un jour je dis : "Maître ! De celui qui n'est pas encore venu - parler de la sorte est exagéré. Il se peut qu'il ne soit pas ainsi." Le Shaykh s'offusqua. Je me tus et désormais ne parlai plus de la sorte.[10] »
Malgré l'estime de Najm al-Dîn Kubrâ à son égard, cette ferveur chi'ite doublée de cette tendance spéculative eut du mal à s'accorder avec la branche plus « orthodoxe » de le l'ordre kubrâwî. On peut lire de la part de son co-disciple Majd al-Dîn Baghdâdî ou des successeurs tels que 'Alâoddawleh Semnanî, des critiques acerbes à son encontre, notamment en ce qui concerne sa spéculation sur la venue du Mahdî[11]. On voit même Ahmad Jûrpânî refuser de l'accueillir lors de sa visite dans le village de Jûrgân[12]. Un des piliers de sa pensée concerne les rapports entretenus entre la prophétie (nubuwwat) et la sainteté (walâyat). En effet, il inverse le rapport traditionnellement admis, en déclarant que « le terme initial des saints (awliya') est le terme final des prophètes ». Pour bien comprendre cette approche, dans son ouvrage Misbâh fi' t-tasawwuf, il écrit dans le chapitre final :
« Sache que le terme initial est du côté de la prophétie, le terme final est du côté de la walâyat, parce que le prophète vient de Dieu (haqq) pour parvenir à la créature (khalq), tandis que le walî est en marche à partir de la créature pour parvenir à Dieu. (…) Ainsi le début de celui-là est la fin de celui-ci, et la fin de celui-ci est le début de celui-là. Ce sont deux fleuves coulant à partir d'une même source, la mer qui est l'existence de l'essence du Point absolu.[13] »
Aux yeux de Hermann Landolt, cette idée sera reprise par Nûrruddîn Isfarâyinî, mais de façon plus prudente, de manière à épouser l'interprétation la plus communément admise. Ce rapport entre prophétie et sainteté montre l'influence majeure d'Ibn 'Arabî sur Sa'd al-Dîn Hamûyeh. À la suite de Hâkim al-Tirmidhî, le maître andalou a en effet longuement développé la fonction de sainteté du point de vue ésotérique et semble avoir nourri celui qui fréquenta son gendre et disciple à Damas[14]. Ibn 'Arabî fut lui aussi vivement critiqué sur cette position, comme le rappelle Claude Addas :
« Ces idées seront vivement attaquées par bien des fuqahâ' (docteur de la loi). Mais ce n'est pas tout. La walâya, explique Ibn 'Arabî, englobe la risâla et la nubuwwa ; tout nabî est donc aussi walî, et en la personne de chaque prophète, le walî est supérieur au nabî. En effet, dit-il, risâla et nubuwwa ont un terme, que marque la mort du prophète Muhammad ; la walâya, au contraire, n'a de fin ni en ce monde ni dans la vie future - comme l'atteste la désignation de Dieu dans le Coran par le nom al-walî (Cor. 2 : 157)[15] »
La pensée de Sa'doddîn Hamûyeh témoigne de la première réception des idées d'Ibn 'Arabî dans le soufisme iranien, imprégnation que l'on retrouvera à sa suite chez son disciple 'Azîzoddîn Nasafî[16].