Savin du Lavedan
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Saint Savin du Lavedan est un saint ermite prétendument originaire de Barcelone (Catalogne), qui aurait quitté sa mère veuve pour rejoindre le Poitou et son monastère martinien de Ligugé avant de s'installer dans le Pays de Bigorre. Sa vie est très mal connue, on ne sait où la situer entre le Ve et le VIIe siècle. Ce saint est pourtant officiellement reconnu par les Églises catholique romaine et orthodoxe, et fêté le 9 octobre.
Hagiographie
Savin (ou Sabinus) est né à une date inconnue (selon les auteurs, entre le Ve siècle et le VIIIe siècle, ce qui montre à quel point on sait peu de choses de lui !) Joseph Abbadie, auteur d'une hagiographie de saint Savin le fait naître au VIIe siècle ou au VIIIe siècle ; d'autres auteurs plus sérieux lui attribuent le Ve ou le VIe siècle, comme un manuscrit de Moissac du XIIe siècle qui en fait un contemporain de saint Orens, ou comme plus récemment le bénédictin Dom Romary, dans la Revue des Htes-Pyrénées de 1921, p. 141) ; il aurait été apparenté à un gouverneur du nom d'Eutilius[1] ; Savin serait devenu le précepteur de son fils, qui l'aurait incité à entrer en même temps que lui au monastère de Saint-Martin de Ligugé. Ce passage de la Vita Savini est très douteux et rempli d'emprunts hagiographiques et d'anachronismes ; il est plus probable que la Vita Savini ait emprunté de nombreux détails à la Vita Aemiliani de Braulio de Saragosse, au sujet d'un monastère dirigé par un certain Frominianus, du temps du roi wisigoth espagnol Chintila (636-639); ces noms, curieusement, se retrouvent dans la Vita Savini médiévale. Selon la légende médiévale, après avoir passé trois ans au monastère de Ligugé, Savin serait ensuite parti pour les Pyrénées, rejoignant en Bigorre la vallée du Lavedan près d'un petit cénobium dirigé par un certain Fronimius et qui deviendra plus tard le monastère bénédictin de Saint-Savin (Hautes-Pyrénées), lui-même construit en lieu et place d'un prétendu castrum gallo-romain nommé tardivement (XVe siècle) Palatium Æmilianum ("Palais Émilien") ; Savin se serait ensuite éloigné de ce monastère pour mener une vie solitaire d'anachorète, au lieu-dit "Pouy-Aspé", où il aurait vécu pendant treize ans. Il aurait creusé là une sorte de tombe dans laquelle il dormait et parfois essuyait un orage diluvien. Il serait mort à cet endroit. Il aurait accompli plusieurs miracles de son vivant ainsi qu'après sa mort. L'abbatiale de Saint-Savin conserve ses reliques, mais certaines sont tardives tout comme la Vita et les tableaux historiés de l'abbatiale : tout ceci ne date que du XIVe siècle.
La Vita Savini la plus ancienne se trouve dans les Bréviaires de Huesca (pars III ; 1300-1313, sous l'évêque de Huesca Martin Lopez de Azlor), de Bagnères-de-Bigorre (t. 1 ; Mss. 31, f° 71-72 ; origine St-Savin, v. 1350) et surtout de Toulouse (B.M., mss. 73 ; origine St-Savin) ; ce dernier bréviaire contient une Vita rédigée à Caunes-Minervois (Cauna) vers 1366-1367 (l'auteur en effet fait passer Savin par des abbayes carolingiennes, en y incluant Cauna mea) ; dans ce texte apparaissent des éléments anciens, comme le nom du monastère de Ligugé, Locoteiaco. Cette Vita de 1366-67 fut probablement écrite par l'hagiographe compilateur Guillaume Hulard, chanoine de St-Paul de Narbonne et exécuteur de l'abbé Pierre-II de Caunes-Minervois. Ajoutons d'autres bréviaires mentionnant cette Vita plus tardivement (Montearagon, 1521 ; Lescar, 1541). Les Vies de Labbe (XVIIe siècle), des Bollandistes (Acta Sanctorum octobr., XVIIe – XIXe siècle) et de Bascle de Lagrèze (1850-1863) sont négligeables. À signaler également les excellentes études du bénédictin Dom Billet[2],[3].
Dès 1640 (et non avant, comme l'insinuent certains) Marca affirmait que Charlemagne avait rebâti le monastère en 778 ; puis la Vita Savini de Labbe attribuait cette reconstruction à Louis-le-Débonnaire ; en 1677, le Monasticum Benedictinum tenta de faire mourir saint Savin au moment du couronnement de Charlemagne, qui aurait ensuite construit l'abbaye, thèse reprise en 1679 dans un manuscrit mauriste exposé au musée de l'abbatiale, qui en rajoute un peu plus : Savin serait né au début du IXe siècle du comte de Barcelone (qui hélas était le wisigoth Bera), et l'abbaye aurait été restaurée par Charlemagne en 786 ; en 1701 le bénédictin mauriste Joseph Roset propagea les mêmes fables (Mss. 11 de l'Office de saint Savin ; B.M. de Bagnères-de-Bigorre). Enfin, l'historien Alphonse Meillon, de 1920 à 1935, renchérit à son tour en affirmant que Savin, venu à Poitiers en 778, arriva en Lavedan en 781 et y mourut en 794. Depuis lors, ces fables ont prévalu jusqu'à aujourd'hui. Pour les conforter, les historiens et hagiographes ont tout fait pour germaniser les noms cités dans la Vita du XIVe siècle : Fronimius est devenu Fromin, et sub arte (en instruction) est devenu Sabarte (à Sabart, abbaye carolingienne des Corbières), etc. Hélas, Théodulfe d'Orléans, missus dominicus en Lavedan en 798, ne mentionne aucune église dédiée à saint Savin.
Les traces du culte de saint Savin du Lavedan dans la France actuelle
Le tombeau de saint Savin
Un sarcophage de style roman, vénéré comme étant le tombeau de saint Savin, constitue aujourd'hui encore le maître-autel de l'église de Saint-Savin. En réalité, comme on peut le constater en regardant l'arrière du monument, qui a été muré, ce « tombeau » n'en a jamais été un ; il s'agit d'un maître-autel, dans lequel on a enfermé des reliques (de la terre et quelques menus ossements). Il est classé monument historique ; de part et d'autre de l'autel se trouvent deux grands tableaux peints sur bois du XIVe-XVe siècle qui évoquent la vie du saint, ses miracles, et la ferveur des fidèles pour celui qui est devenu le saint patron de la vallée : certains faits relatés sont cependant absents de la Vita Savini originelle, et ne sont issus que d'une tradition orale très douteuse et tardive.
La dédicace de l'abbatiale St-Savin primitive n'est pas ab antiquo. Un surplus à la Notice des monastères du synode d'Aix-la-Chapelle de 819, présidé par Benoît d'Aniane, n'ajoute Saint-Savin qu'entre le Xe et le XIIIe siècle à la liste des abbayes ne devant que des prières à l'empereur. L'allusion d'un culte lavedanais à saint Savin dans la charte de la comtesse Faquile (vers 860), est censée lui conférer une grande antiquité ; or la lecture du Livre Vert de Bénac, en 1405-1406, qui contient une copie de cette charte, mentionne 6 lieux de saints honorés en Lavedan, dont deux églises dédiées à saint Saturnin ; c'est Bourdette qui, dans ses Annales du Labedâ (1898), a falsifié la charte en introduisant ''saint Savin'' à la place d'un de ces deux Saturnins. L'archéologie permet peut-être de remonter jusqu'au VIIe siècle car les chapiteaux composites de la salle capitulaire de St-Savin sont de cette époque et de type basilical[4]. Mais ils appartiennent probablement à une ancienne villa romaine ou à un sanctuaire ayant précédé l'église saint Jean Baptiste (démolie au XIe siècle), qui elle-même précéda l'abbaye Saint-Savin, fondée vers 1080 et consacrée en 1140.
Il y aurait beaucoup à dire sur la coïncidence entre le prétendu séjour de Savin de Lavedan à Ligugé (Poitou) et le fait qu'un saint Savin, abbé et confesseur, était honoré dès 772 (Martyrologe de Wissembourg, au 11 juillet) en Poitou. Il était originaire d'Auxerre et fut disciple de saint Amator et de saint Germain, et mourut entre 413 et 433 environ. Une étude est en cours sur ce sujet[5], [6].
Toponymie
Deux paroisses ont en France porté le nom de saint Savin du Lavedan :
- Saint-Savin, commune française des Hautes-Pyrénées
- Larrivière-Saint-Savin, commune française des Landes, qui ne porte ce nom que depuis 2006, s'appelait antérieurement "Larrivière", mais la paroisse se dénommait "Saint-Savin" au Moyen Âge, développée autour d'un "oratoire de Saint-Savin" détruit en 1569. La commune possède encore une "fontaine Saint-Savin", réputée guérir les rhumatismes et les maladies de peau.
Lieux de culte
- L'église abbatiale de Saint-Savin (Hautes-Pyrénées) est devenue l'église paroissiale. De l'abbaye, ne subsiste, outre l'église abbatiale, que la salle capitulaire. Une chapelle romane, détruite puis reconstruite sur les lieux de l'ascèse du saint, au-dessus du village d'Uz, à 1000m d'altitude à flanc de montagne, existe encore de nos jours, et accueillait jadis solennellement un flot de pèlerins. Cette chapelle, comme en témoigne son chrisme (descendu à Uz), était du XIIe siècle, donc postérieure à la fondation de l'abbaye.
- L'ancien oratoire disparu et la fontaine Saint-Savin de Larrivière-Saint-Savin (Landes) et peut-être l'église de Sedzère (Béarn) honorent probablement le saint pyrénéen, compte tenu de leur localisation géographique.