Scopelosaurus lepidus

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Guetteur à nageoire noire

Scopelosaurus lepidus
Description de cette image, également commentée ci-après
Scopelosaurus lepidus placé sur une feuille métrique.
Classification WoRMS
Règne Animalia
Embr. Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Super-classe Osteichthyes
Classe Actinopterygii
Sous-classe Neopterygii
Infra-classe Teleostei
Super-ordre Cyclosquamata
Ordre Aulopiformes
Famille Notosudidae
Genre Scopelosaurus

Espèce

Scopelosaurus lepidus
(Krefft (en) & Maul, 1955)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC 15 août 2019 : Préoccupation mineure

Scopelosaurus lepidus, le Guetteur à nageoire noire, est une espèce de poissons osseux de la famille des Notosudidae.

Scopelosaurus lepidus est appelé en français le « Guetteur à nageoire noire », et en anglais « Blackfin waryfish ». Ces noms ont été proposés par allusion à la pupille déplacée vers l'arrière, donnant au poisson l'apparence de regarder avec circonspection par-dessus son épaule. Guetteur en français se disant watcher en anglais, et le terme anglais wary se traduisant en français par circonspect. « À nageoire noire » en français, et « blackfin » en anglais, faisant allusion à la large tache noire recouvrant les deux tiers inférieurs de la nageoire pectorale[1]. Bien que présente dans le territoire du Nunavut, l'espèce y est peu commune[2] et n'a pas de nom vernaculaire répertorié dans cette langue.

Systématique

L'espèce Scopelosaurus lepidus a été décrite pour la première fois en 1955 par les ichtyologistes allemands Günther Maul et Gerhard Krefft (en), sous le protonyme Notosudis lepida[3].

Description

Scopelosaurus lepidus possède un corps allongé qui peut atteindre 36,5 cm, mais se situe généralement plus proche des 35 cm[4].

La tête représente environ un quart de la longueur standard, avec un museau allongé et des mâchoires proéminentes, la mâchoire supérieure dépassant nettement le bord postérieur de l’orbite. Le corps de Scopelosaurus lepidus présente une morphologie typique du genre, avec une profondeur modérée et des nageoires à bases courtes.

Scopelosaurus lepidus se distingue néanmoins des autres espèces de notosudidés de l’Atlantique Nord par une combinaison de caractères morphométriques : un nombre élevé de vertèbres (59 à 61, exceptionnellement 58), de branchicténies (17 à 18 sur la branche inférieure du premier arc branchial) et de cæca pyloriques (18 à 30). Les spécimens dépassant 120 mm de longueur standard sont reconnaissables à leurs nageoires pectorales exceptionnellement longues, ornées d’une large tache noire couvrant les deux tiers basaux. Scopelosaurus lepidus diffère de son proche parent du Pacifique Nord, S. harryi, qui a des nageoires pectorales, plus courtes, sans tache noire et qui comptent généralement 10 à 12 rayons (rarement 13 ou 14), tandis que le nombre de cæca pyloriques chez S. harryi se limite à 16-19 (contre 22 pour S. lepidus). Les autres espèces partageant des nombres similaires de branchicténies s’en distinguent par des différences dans le nombre de vertèbres, comme S. hamiltoni (63-67 vertèbres) ou S. gibbsi et S. mauli (53-57 vertèbres), ou encore S. meadi (57-60 vertèbres et 17-19 branchicténies), cette dernière se différenciant aussi par un nombre réduit de cæca pyloriques (12-17) et la présence d’une tache noire distinctive près de l’anus. Les larves de S. lepidus se caractérisent par des séries médiodorsale et médioventrale de mélanophores internes, ainsi que par l’absence de pigmentation dermique sur le pédoncule caudal, à l’exception d’un ou deux petits mélanophores à la base des rayons caudaux principaux[5].

Répartition

Scopelosaurus lepidus se rencontre dans l’océan Atlantique, dans l’hémisphère nord, à des profondeurs variant de 70 à 2 500 m[6]. Il s'agit de l’espèce de notosudidé qui est présente le plus au nord dans l’Atlantique Nord. Sa répartition s’étend de 9°55’N à 67°40’N, couvrant les eaux d’Afrique de l’Ouest, de l’Europe occidentale, de l’Islande, à l’est et à l’ouest du Groenland, ainsi que dans les Grands Bancs et le long des côtes du Labrador. Les juvéniles sont présents entre 30°07’N et 51°00’N, tandis que les larves se trouvent principalement entre 20°N et 52°N, avec une concentration plus marquée dans l’Atlantique Nord-Est, à l’est de 32°W et entre 40°N et 50°N. La mer des Sargasses est considérée comme étant la principale zone de ponte, d’après la distribution des larves les plus jeunes, bien que quelques jeunes larves aient également été capturées dans l’Atlantique central entre 20°N et 20°S, probablement emportées par les courants en dehors de leur aire de répartition habituelle. À proximité de la limite nord de leur aire de répartition et dans les zones de remontées d’eaux froides liées au courant des Canaries, au large de l’Afrique du Nord-Ouest, les adultes sont capturés par chalutage de fond ou retrouvés dans l’estomac de poissons commerciaux benthiques ou benthopélagiques, comme la morue, la lingue bleue ou le sébaste, suggérant un mode de vie benthopélagique entre 500 et 800 mètres de profondeur dans ces zones. Cependant, de grands spécimens ont également été capturés par chalutage pélagique loin du fond, au moins dans l’Atlantique Nord-Est. Les stades juvéniles océaniques se rencontrent principalement entre 70 et 200 mètres de profondeur, tandis que les larves sont les plus abondantes dans des pêches effectuées entre environ 70 à 100 mètres de profondeur, sans qu'il ait été observé de différences significatives de distribution verticale selon la taille[5].

Étymologie

L'épithète spécifique lepidus, du latin lĕpĭdus, « plaisant, charmant » est une remarque concernant l'aspect allongé, particulièrement gracile de l’espèce[7].

Comportement

Proies

Scopelosaurus lepidus se nourrit en partie de zooplancton, plus particulièrement de krill[4]. Les notosudidés en général présentent une morphologie de « type barracuda » avec une grande bouche et une large ouverture buccale, suggérant un mode de vie prédateur basé sur l’affût et des attaques rapides. Leur œil, très sensible et de forme ovoïde, possède une large ouverture sans cristallin (ouverture aphakique) qui capte davantage de lumière, ainsi qu’un sillon devant l’œil (formant une rainure de visée) qui optimise leur vision binoculaire, leur permettant de repérer leurs proies dans l’obscurité des profondeurs. Leur estomac est long mais peu extensible, et leur dentition combinée à des lamelles branchiales bien développées évoquent une alimentation planctonophage. Les juvéniles consomment régulièrement des copépodes, tandis que les adultes se nourrissent de crustacés plus grands, tels que des euphausiacés et des hyperiidés. Les spécimens de grande taille incluent également des poissons dans leur régime : un individu de S. lepidus de 288 mm de longueur standard contenait un myctophidé intact (Notoscopelus resplendens de 108,5 mm), des restes de crevettes rouges des grands fonds, des écailles de poisson et des éléments non identifiables, confirmant une diversification trophique avec l’âge. Des vertèbres de poissons ont également été observées par radiographie chez plusieurs grands spécimens de Scopelosaurus[5].

Prédateurs

Scopelosaurus lepidus est la proie de certains requins comme le sagre rude[4], et ont également été retrouvés dans l’estomac de poissons commerciaux benthiques ou benthopélagiques, comme la morue, la lingue bleue ou le sébaste[5].

Vision

En plus de ses caractéristiques morphologiques externes, l’œil de Scopelosaurus lepidus possède une rétine très spécialisée qui se divise en deux zones fonctionnelles distinctes, ce qui lui a valu d'être abondamment prise comme exemple dans les ouvrages traitant de la vision chez les animaux, y compris chez les humains[8].

Dans la partie temporale, où se situe la fovéa profonde, les photorécepteurs sont presque exclusivement des cônes[9]. Ils sont organisés en paires (« double cônes ») d’environ 1,5 × 2,2 µm. Ces doubles cônes sont entourés de gaines cristallines et de granules pigmentaires qui limitent les interférences optiques entre les paires adjacentes, séparées d’environ 1 µm[10]. La densité de ces doubles cônes atteint près de 180 000 mm⁻², ce qui confère à la fovéa une résolution angulaire d’environ 0,34°. Cette concentration de cônes, inhabituelle pour un poisson des grands fonds où la lumière est rare, suggère une adaptation particulière à la détection de proies rapides ou à la perception de contrastes fins[11].

Le reste de la rétine est dominé par des bâtonnets regroupés en petites agrégations de deux à six segments externes, chaque agrégat mesurant 8 à 10 µm de diamètre. Les agrégats sont insérés dans des cellules épithéliales pigmentaires qui forment des puits contenant des couches cristallines et des granules pigmentaires aux extrémités des processus cellulaires, assurant ainsi une isolation optique supplémentaire. Les groupes de bâtonnets sont espacés d’environ 4 µm de cytoplasme et offrent une résolution angulaire d’environ 0,74°, moins fine que celle de la fovéa cônique mais adaptée à la capture de la faible luminosité ambiante[10].

En dehors de la zone fovéale, la rétine possède également un tapetum lucidum bien développé, une couche réfléchissante située derrière la rétine. Ce tapetum renvoie la lumière qui a déjà traversé le tissu rétinien, augmentant la probabilité que les photons soient absorbés par les photorécepteurs et améliorant ainsi l’efficacité globale de la vision dans les environnements peu éclairés[12]. Chez Scopelosaurus lepidus, le tapetum est présent même en présence d’une fovéa riche en cônes, ce qui constitue une particularité parmi les vertébrés, où le tapetum est généralement absent des fovéaux[8].

Publication originale

Notes et références

Voir aussi

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