Senhal
recours] littéraire
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Le senhal désigne en occitan ancien un nom de code utilisé pour s'adresser aux dames, aux nobles protecteurs et aux amis dans la poésie des troubadours. Seule une minorité de personnes désignées par ces senhals ont été identifiées, les autres faisant l'objet de nombreuses spéculations. Il s'agit parfois d'un nom purement symbolique, lorsque la chanson est adressée à un destinataire fictif.
Les senhals se trouvent généralement dans les envois des chansons. Il peut s'agir de surnoms ("Rassa"), de noms propres référentiels ("Tristan"), de noms communs, d'adjectifs ou de locutions. Ils expriment généralement un marque d'appréciation ou de désir envers le destinataire, comme Bel vezer ("Beau / Belle à regarder" : senhal donné par Bernard de Ventadour à une protectrice inconnue), Mon désir ou Gen conquis ("Noble conquête" : adresse d'Arnaut de Mareuil à Adélaïde de Burlatz). Ils sont parfois humoristiques ou dépréciatifs, comme Tort n'avetz ("Vous avez tort", surnom donné par Peire Rogier à Ermengarde de Narbonne). Certains senhals renforcent leur cryptage en changeant le genre apparent du destinataire, comme Bels cavaliers ("Beau chevalier"), senhal de Béatrice, sœur de Boniface de Montferrat, dans les chansons de Raimbaut de Vaqueiras[1].
Les senhals apparaissent dès le début du XIIe siècle dans les œuvres du premier troubadour, Guillaume IX d'Aquitaine. Les auteurs les plus anciens employaient des senhals différents pour chaque destinataire, mais les poètes ultérieurs se servent des mêmes senhals pour différents référents. Leur utilisation s'est poursuivie jusqu'au XIVe siècle dans les œuvres de Raimon de Cornet. À cette époque, les Leys d'amors de Guilhem Molinier posent comme règle que les troubadours doivent adopter leurs propres senhals, qui fonctionnent dès lors comme des signatures des poètes, plutôt que comme des adresses à d'autres personnes.
L'origine du senhal a été très débattue. Martín de Riquer l'a rattaché à la tradition classique des adresses fictives dans les poèmes de Catulle ou Properce. Il a également été associé à l'usage des sobriquets entre érudits de la cour de Charlemagne, ou aux kināya de la poésie andalouse contemporaine[2].