Sentiment anti-kurde
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Le sentiment antikurde, également connu sous le nom d'antikurdisme ou de kurdophobie, désigne l'hostilité, la peur, l'intolérance ou le racisme envers le peuple kurde, le Kurdistan, la culture ou les langues kurdes[1]. Une personne adhérant à ces positions est parfois qualifiée de « kurdophobe ».
Turquie, Irak, Syrie, Iran
Nationalisme turc (Kémalisme)
Nationalisme arabe (Baasisme)
Nationalisme iranien
Motivations :
Racisme, Xénophobie
| Date | XXe siècle et XXIe siècle |
|---|---|
| Lieu |
Moyen-Orient : Turquie, Irak, Syrie, Iran |
| Cause |
Idéologies : Nationalisme turc (Kémalisme) Nationalisme arabe (Baasisme) Nationalisme iranien Motivations : Racisme, Xénophobie |
| Résultat |
Nettoyage ethnique Génocide (Opération Anfal) Assimilation culturelle Révoltes kurdes |
Le terme a été utilisé par le géopolitologue Gérard Chaliand pour décrire l'oppression subie par les Kurdes[1]. En Turquie, l'État a historiquement nié l'identité et la langue kurdes. En Syrie et en Irak, des politiques similaires ont causé des dommages considérables, incluant des campagnes génocidaires en Irak sous le régime de Saddam Hussein (notamment l'Opération Anfal).
Récemment, des conflits tels que la guerre contre l'État islamique (Daech) ont accru la visibilité des Kurdes sur la scène internationale, mais ont également exacerbé les actions antikurdes et la discrimination.
Origines et histoire
Le terme « anti-kurde » semble avoir été inventé par Gérard Chaliand pour décrire le sentiment antikurde en Irak et en Turquie entre le milieu et la fin du XXe siècle[1]. Une grande partie de ce sentiment résulte d'idéologies ultranationalistes promues par les États abritant une importante population kurde.
En Turquie
En Turquie, l'identité kurde a été officiellement niée par l'État[2], qui a cherché à « turquifier » les Kurdes de Turquie. La langue et l'identité kurdes ne sont pas reconnues dans la constitution. Le gouvernement turc a institutionnalisé le racisme et a, par le passé, financé des universitaires pour enseigner des théories niant l'existence des Kurdes.
Un exemple notable est la « théorie du kart-kurt », qui affirmait que les Kurdes n'étaient que des Turcs dont le nom provenait du bruit (« kart-kurt ») que faisaient leurs pas en marchant dans la neige des montagnes du sud-est de la Turquie[3]. Les diplomates turcs recevaient l'enseignement des services de renseignement (MİT) selon lequel ni les Kurdes ni la langue kurde n'existaient[4].
Divers partis politiques et groupes nationalistes turcs ont fait campagne en utilisant le sentiment antikurde général de la population turque. L'État turc utilise souvent la rhétorique de la « lutte contre le terrorisme » pour justifier les opérations militaires dans les zones kurdes[5].
Dans le monde arabe
Le sentiment antikurde s'est accru dans le monde arabe lors de la formation de la République arabe unie (RAU). À cette époque, Gamal Abdel Nasser a mis en œuvre une politique d'Arabisation de la nouvelle république en réprimant la dissidence politique parmi les Kurdes en Syrie[6]. Après l'effondrement de la RAU, la Syrie a été officiellement déclarée République arabe syrienne, se basant sur ces mêmes politiques nationalistes arabes.
Le sentiment antikurde a également été très présent en Irak, où vit une importante population kurde. Le sentiment anti-kurde s'y est manifesté sous la forme de génocides, notamment lors de la campagne al-Anfal menée par Saddam Hussein contre le Kurdistan irakien[7].
Situation contemporaine
Les Kurdes d'Irak et de Syrie ont été impliqués dans la guerre contre l'État islamique (Daech). En raison de la prise de conscience croissante de la cause kurde due à ce conflit, le sentiment anti-kurde a également augmenté en réaction. Au Royaume-Uni, un commerçant kurde a été attaqué par un homme iranien prônant le génocide contre les Kurdes[8].
En Turquie
En novembre 2014, le footballeur kurde Deniz Naki a été victime d'une agression en Turquie. Naki, qui jouait pour le club turc Gençlerbirliği SK, a été attaqué à Ankara après avoir déclaré qu'il était kurde et exprimé son soutien sur les réseaux sociaux aux groupes kurdes combattant les militants de l'EI. Les assaillants l'ont traité de « sale Kurde » avant de le frapper. Naki a par la suite quitté la Turquie pour retourner en Allemagne[9].
La ferveur nationaliste croissante, alimentée par les offensives militaires contre les milices kurdes dans le nord de la Syrie, a conduit à une discrimination accrue contre les Kurdes, dont beaucoup sont citoyens turcs[10]. Des incidents récents, comme l'attaque d'Ekrem Yasli, un homme de 74 ans, pour avoir parlé kurde dans un hôpital, soulignent ce problème. Les militants des droits de l'homme soutiennent que l'échec de l'État à traiter la violence ethnique et la prévalence des discours de haine dans la société turque contribuent à ces attaques.
Au Japon
Au Japon, à partir du printemps 2023, une augmentation significative du sentiment antikurde a été observée. Un rapport de l'Asahi Shimbun a affirmé que cela était en partie dû à des publications faites par des internautes turcs diffusant des messages antikurdes en langue japonaise sur la plateforme X[11].
De nombreux commentateurs japonais auraient exigé que les Kurdes soient expulsés du Japon ou tués. Des employés des gouvernements locaux ont signalé avoir été inondés d'appels téléphoniques demandant l'expulsion des Kurdes ou des étrangers en général. Un homme a été inculpé pour avoir envoyé des menaces de mort à une organisation kurde, jurant de « tuer tous les Kurdes et de les donner à manger aux cochons »[12].
Tarō Kōno, une figure politique majeure du Parti libéral-démocrate (droite nationaliste), a blâmé les réfugiés kurdes et pointé du doigt le problème des « réfugiés déguisés » au Japon[13].