Shingon-shū Chizan-ha
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Le Chisan-ha (智山派) ou Chizan est une branche japonaise du Bouddhisme Shingon. Son nom signifie : "école de la montagne de sagesse".
Inspirateur du Chisan-ha
Par une tournure rétrospective, le principal fondateur du Chisan-ha est le moine Kakuban (覚鑁/覺鑁; 1095–1143), dont le nom posthume honorifique est Kōgyō-Daishi (興教大師). En réalité, il ne fut le fondateur d'aucune école au sens strict, mais un instructeur et un inspirateur, auteur de nombreux textes qui lui attirèrent de nombreux disciples.
Après avoir exercé les plus hautes responsabilités au mont Kōya, il s'efforça de restaurer les enseignements de Kūkai (空海) et de lutter contre le déclin du Shingon. Il rencontra alors l’opposition d’une partie des moines. Exclu par ces derniers, Kakuban quitta le mont Kōya et s'installa avec ses disciples au Mont Negoro, à l'Est de Kyōto. Le temple Chishaku-in y fut construit. En quelques années, le courant représenté par Kakuban se développa considérablement. On parle davantage de lignées de moines que d'école : l'opposition entre « Kogi » (école ancienne) et « Shingi » (école réformée) n'est alors pas encore établie.
Du Chishaku-in d'origine au Chisan-ha.
Au XIIIᵉ siècle, Raiyū (1226-1304), moine formé à Negoro et Kōya, fut le fondateur de la lignée Chūshōin. Après avoir reçu les transmissions de plusieurs courants (Kōzaha, Anshō-ji, Hōon-in, etc.), il installa son activité à Kōya, puis à Negoro, où il structura l’enseignement et posa les bases du Shingi Shingon[1]. Sa théologie se concentra sur la doctrine du Kaji-shin (le « corps de grâce » de Mahāvairocana qui, à la place du Dharma-kāya silencieux, devient maître de l’enseignement du Mahāvairocana-sūtra). Après les conflits entre Daitō-in et Kongōbu-ji, Raiyū transféra son centre à Negoro, faisant du Negoro-ji un haut lieu du Shingon nouveau.
En 1585, Toyotomi Hideyoshi attaqua et incendia Negoro, détruisant la quasi-totalité des bâtiments. Les deux grands maîtres d’alors, Sen’e et Gen’yū, menèrent les survivants : Sen’e se réfugia à Hase-dera, Gen’yū à Kyōto où, 1601, grâce à Tokugawa Ieyasu, il rétablit le Chishaku-in, héritier direct de Negoro. Tokugawa Ieyasu appréciait hautement les enseignements de ce courant.
Durant l’époque d’Edo, Chishaku-in s’imposa comme centre du Shingi Shingon, rivalisant avec Daigo-ji, et connut un grand essor grâce à des érudits comme Unshō ou Dōchō, qui restaurèrent le système des débats (rongi) et réorganisèrent les transmissions rituelles.
À l’époque Meiji, les persécutions anti-bouddhistes et les réformes religieuses imposèrent une centralisation : d’abord soumis au Tō-ji, Chishaku-in mena à partir de 1885 un mouvement d’indépendance. S’il ne put obtenir un détachement complet, il obtint néanmoins la reconnaissance officielle du terme Shingi et l’érection en 1888 du Grand Denbō-in de Negoro comme temple de rang spécial. C’est alors que se structura la branche distincte dite Shingi Shingon Chisan-ha, aux côtés du Buzan-ha, marquant l’aboutissement institutionnel d’une histoire commencée avec Raiyū.
Temples principaux aujourd'hui
Le temple principal de ce courant est le Chishaku-in de Kyōto[2]. D’abord conçu comme le prolongement du temple de Negoro où Kakuban rassembla ses disciples et diffusa ses idées, il fut reconstruit au début de l’ère Edo, en mémoire de Gen’yū (玄宥, 1548‑1621), figure majeure de la renaissance Shingon. C’est ce temple que l’on peut voir aujourd’hui à Higashiyama, à Kyoto. Il est devenu le centre principal de formation des moines du Chisan-ha. Le Narita-san à Narita est également un important temple, fondé en 940. Le troisième temple principal est le Takao Yakuoin, dont la construction d’origine remonte à 744, sur la décision de Shomu Tenno. Parmi les temples importants du Chisan-ha se trouve l’immense temple de Kawasaki, le Kawasaki Daishi Heiken-ji ( 川崎大師 平間寺).
Le site Internet du Chisan-ha dénombre 3000 temples affiliés. Le Chisan-ha serait placé au 9e rang parmi les courants bouddhiques japonais, alors que le Shingon en général se trouverait au 2e rang ou au 3e. Cependant, le nombre des pratiquants est difficile à établir, malgré l'existence de données officielles. Le Chisan-ha travaille souvent avec les autres courants Shingon, comme celui du Kōyasan. Les écoles Shingon ne sont pas fermées les unes aux autres, malgré leurs différences.
Quelques spécificités au sein du Shingon
Le Chisan-ha, comme le Shingon en général, appartient au Bouddhisme vajrayāna[3]. Les Japonais parlent plutôt du Mikkyō ( 密教) : enseignement ésotérique. Il met l’accent aujourd’hui sur une ouverture aux soucis du monde présent, et constitue le courant le plus engagé dans des activités caritatives et sociales. Il est intervenu lors de catastrophes naturelles et humanitaires, soutient des programmes éducatifs, notamment au Cambodge, au Sri Lanka, au Népal. Il participe à des prières interreligieuses avec des chrétiens et d’autres religions. Son action est importante au sein du « World fellowship of buddhists ».
Le courant le plus étendu du Shingon est celui du Kōyasan. Parmi les écoles réformées (durant l’ère Heian) existe aussi le Buzan-ha. Le Shingon compte jusqu’à dix-huit écoles, voire davantage. Un certain nombre ne sont représentées que par un seul temple.
Articles connexes
- Shingon
- Shingon-shu Buzan-ha
- Mikkyō
- Kyōto
