Sidi-Fredj (Alger)
presqu'île et station touristique de la wilaya d'Alger, Algérie
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Sidi-Fredj[1], (en arabe : سيدي فرج), et aussi Sidi-Ferrudj, Sidi-Ferruch, est une presqu'île située à 30 kilomètres à l'ouest de la capitale algérienne, Alger. Elle fait partie de la commune de Staoueli.
| Sidi-Fredj | ||||
Port de plaisance de Sidi-Fredj en 2008. | ||||
| Noms | ||||
|---|---|---|---|---|
| Nom arabe algérien | سيدي فرج | |||
| Administration | ||||
| Pays | ||||
| Wilaya | Alger | |||
| Commune | Staoueli | |||
| Statut | Ville / presqu'île | |||
| Géographie | ||||
| Coordonnées | 36° 45′ 40″ nord, 2° 50′ 43″ est | |||
| Localisation | ||||
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
Géolocalisation sur la carte : Algérie
Géolocalisation sur la carte : Algérie (nord)
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C'est le lieu historique du débarquement des Français commencé le 14 juin 1830 qui a permis à l'armée française la prise d'Alger survenue le 5 juillet. Première opération qui a conduit à la destruction du pouvoir des Deys et de la régence d'Alger, ce débarquement est aussi considéré comme le premier acte de la conquête de l'Algérie par la France.
Dans les années 1970, la baie à l'est de la presqu'île a connu le développement d'un centre touristique attractif, dont plusieurs bâtiments ont été dessinés par l'architecte français Fernand Pouillon.
Histoire
Antiquité
Le site d’Sidi Fredj, identifié par certains chercheurs avec l’antique Obori, présente une occupation humaine continue depuis l’Antiquité. Les données archéologiques montrent que la presqu’île contrôlait un point stratégique du littoral situé entre Alger et la plaine de la Mitidja[2]
Les vestiges suggèrent une présence dès la période phénicienne et punique, liée au réseau d’escales maritimes du littoral nord-africain. Ces installations auraient servi de relais commercial et de point d’abri pour la navigation côtière. Sous la domination romaine, le site semble avoir conservé un rôle maritime secondaire, probablement comme station littorale dépendant des centres urbains voisins. Des indices matériels (fragments de céramique, structures portuaires légères et traces d’occupation) témoignent d’une activité durant l’époque romaine, puis vandale et byzantine, montrant une continuité d’occupation plutôt qu’une fondation tardive[2].
La presqu’île, formée par un tombolo reliant un ancien îlot au continent, offrait un mouillage naturel et une position défensive favorable, ce qui explique son utilisation répétée durant toute l’Antiquité[2].
Moyen Âge
Après la conquête musulmane du VIIᵉ siècle, le site demeure intégré aux réseaux côtiers de la région d’Alger. Les sources médiévales restent rares, mais les indices archéologiques indiquent la poursuite d’une occupation liée aux activités maritimes et à la surveillance du littoral[2].
Durant la période islamique médiévale, la zone dépend probablement des centres urbains voisins et des autorités régionales successives (dynasties berbères puis pouvoirs maghrébins). Le site aurait servi de point de mouillage, d’espace de pêche et éventuellement de poste d’observation maritime[2].
La continuité d’utilisation du territoire s’explique par la proximité de la fertile plaine de la Mitidja et par sa situation stratégique sur la route maritime reliant les ports du Maghreb central[2].
Temps modernes
À l’époque moderne, sous la Régence d’Alger, la presqu’île garde une fonction maritime et stratégique. Elle constitue un point avancé de surveillance du littoral occidental d’Alger et un abri pour la navigation côtière[2].
Le site devient particulièrement connu en 1830, lorsqu’il sert de lieu de débarquement aux troupes françaises lors de l’expédition contre Alger. Cet événement marque l’entrée du site dans l’historiographie moderne et explique pourquoi il est longtemps resté associé uniquement à cet épisode, alors que l’archéologie révèle une occupation bien plus ancienne[2].
Après la conquête coloniale, le lieu est nommé Sidi Ferruch et aménagé progressivement comme station balnéaire et zone touristique, tout en conservant les traces archéologiques de ses occupations successives[2].

Époque contemporaine
Débarquement des Français en 1830
Préparatifs
Les divers corps constituant l'armée d'invasion se réunissent dans le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et le Var dans le courant d'avril 1830, et s'exercent aux grandes manœuvres en attendant leur embarquement[3].
L'armée, sous le commandement du comte de Bourmont, est composée de trois divisions, commandées par les lieutenants-généraux Pierre Berthezène, Nicolas de Loverdo, et Amédée de Pérusse des Cars (duc des Cars)[4]. Le génie est commandé par le général Valazé, et l'artillerie par le général Jean Ernest Ducos de La Hitte. Au total, 34 184 combattants (et seulement 500 chevaux de cavalerie), et 3 389 non combattants (40 guides et interprètes, personnel médical, intendance, train, gendarmerie, etc.)[5].
La flotte, commandée par le vice-amiral Guy-Victor Duperré, est composée de 100 bâtiments de guerre, dont 7 bateaux à vapeur, de 357 navires de transport nolisés, dont 119 français et 238 étrangers, et de 53 chalands de débarquement transportés sur une flottille de navires de transbordement[6].
Le matériel à transporter est considérable, avec en particulier 82 bouches à feu pour l'artillerie de siège et 30 bouches à feu pour l'artillerie de campagne[7]. L'embarquement du matériel s'opère fin avril et début mai, et les troupes embarquent du 11 au 18 mai. Après quelques jours de mauvais temps, la flotte quitte enfin Toulon le 25 mai 1830, devant une foule de curieux accourus de la France entière[8]. La traversée connaît quelques péripéties. À 15 miles des côtes africaines, le 30 mai au soir, et alors que le débarquement se prépare, le temps fraîchit, et l'amiral Duperré vire de bord et de rester au large, puis, devant une mer assez grosse, met le cap le 1er juin vers Palma à Majorque, d'où la flotte repart le 10 au matin, et arrive en vue des côtes le 12 juin à 4 h. De nouveau, le vent se renforçant, l'amiral met cap au nord, puis remet enfin le cap sur Alger le 12 à 21 h. Les côtes sont en vue le 13 juin à 4 h, le vent est violent, il faiblit. La ville apparaît et la flotte se dirige droit dessus, puis brusquement vire à tribord, double le cap Caxine, et se dirige vers Sidi-Fredj[9].



Le débarquement du 14 juin 1830
L'armée navale, qui parvient au mouillage dans la petite baie à l'ouest de Sidi-Fredj vers la mi-journée[10], est composée en trois escadres : une escadre de combat destinée à l'attaque des forts et des batteries pendant que la seconde escadre de débarquement doit mettre les troupes à terre, et une escadre de réserve[6]. Elle s'attend à une résistance sévère, mais la batterie proche de Torre Chica et de la Zaouïa du marabout de Sidi-Fredj [11] a été totalement désarmée, et une autre batterie à peu de distance se signale par quatre bombes dont une blesse un matelot du Breslaw en éclatant. La fin de la journée approchant et la défense ottomane paraissant devoir être sans consistance, le débarquement est repoussé au lendemain[12].
Alger est informé depuis deux mois par les journaux français que le débarquement s'effectuera à Sidi-Fredj, mais pensant qu'il s'agit d'une ruse, Ibrahim Agha et gendre du dey Hussein, a établi son quartier général à l'est d'Alger, à Bordj-el-Arrach (Maison-Carrée). Edmond Pellissier de Reynaud avance que le dey lui-même a décidé de ne pas s'opposer au débarquement, redoutant le feu de la marine contre ses troupes, et pensant que son armée fera mieux contre les Français dans l'intérieur des terres[13].
La première division débarque le 14 juin au point du jour, forme ses colonnes, et marche sur son adversaire, retiré à quelque distance sur le sommet d'une ondulation de terrain au sud de Torre Chica, et couvert par trois batteries qui ouvrent le feu dès que les Français avancent, mais leur marche ne faiblissant pas, les Ottomans doivent abandonner leurs batteries et faire retraite à quelque distance, ils tiraillent toute la journée contre la première division qui couvre le débarquement de la seconde, et ces deux divisions établissent leurs bivouacs sur deux lignes.
Durant ce temps, la troisième division débarque, établit ses bivouacs sur le promontoire même de Sidi-Fredj, et y commence les travaux d'un camp retranché en établissant une coupure séparant le promontoire du continent. Ces travaux dureront huit jours. Les troupes débarquées commencent le débarquement des ravitaillements et du matériel, où manque cependant l'artillerie de siège, dont les navires de transport ne sont pas encore rendus à bon port et se feront attendre plusieurs jours, motivant chez le comte de Bourmont un attentisme qui aura quelques suites fâcheuses pour ses troupes[14].
Suite des opérations
Du 14 au 19 juin, les troupes françaises conservent leurs positions, sous le feu de tirailleurs dont les armes avaient plus de portée que les leurs. Cependant, les « fusils de rempart » (150 ont été embarqués à Toulon) et l'artillerie française permettent de maintenir la position, pendant que le débarquement du matériel se poursuit, seulement interrompu le 16 par une tempête qui fait craindre un instant aux Français que l'expédition soit compromise. Le camp retranché continue de s'établir sur la presqu'île de Sidi-Fredj, en faisant presque une ville[15].
Dans le même temps, une partie de la milice ottomane est arrivée d'Alger sous les ordres de Ibrahim Agha, et se renforce en établissant quelques batteries au centre de ses positions. Pellissier de Reynaud estime les forces adverses à 20 000 hommes tout au plus[16]. Le soir du 18 juin, le général Berthezène est averti[17] qu'il sera attaqué le lendemain. En effet, le 19 au matin, toute la ligne française est attaquée par un feu de tirailleurs et d'artillerie de campagne. Ce feu dure plusieurs heures, et les généraux, qui n'ont point d'ordre de passer à l'offensive, sollicitent Bourmont de venir sur le champ de bataille pour juger de la menace[18]. Il ordonne l'assaut, et les colonnes françaises enfoncent les forces de la Régence, qui se débandent en abandonnant leur artillerie, et sont poursuivies jusqu'à leur camp établi à Staoueli, qui est pris. Le bilan de cette « bataille de Staoueli » serait de 3 000 à 4 000 Ottomans de la Régence tués, et de 600 Français tués ou blessés[19].
La suite des opérations qui conduiront à la prise d'Alger sort dorénavant de l'espace de Sidi-Fredj.
Dès le 7 juillet, ordre est donné pour que le camp retranché de Sidi-Fredj, devenu sans utilité, soit désarmé, et ses redoutes abandonnées : ce qui est achevé le 29 juillet[20].
La trappe de Staoueli
Les Moines Trappistes de Staoueli, avec l'aide du gouvernement français et en particulier du général Thomas Robert Bugeaud, fondent sur un lit de boulets de canons de la bataille de Staoueli, à Sidi-Fredj, une trappe (1843-1904) ayant pour devise, d'inspiration coloniale : Par l'épée, la croix et la charrue (« ense, cruce et aratro »).
Débarquement anglo-américain de novembre 1942
Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, des unités américaines et britanniques approchent de la côte occidentale d’Alger. La presqu’île de Sidi Fredj, située à environ 25 km à l’ouest de la capitale, est utilisée comme point d’appui pour certaines opérations maritimes et logistiques en raison de sa position stratégique et de ses plages propices au débarquement[21],[22].
Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’Operation Torch, vaste offensive alliée destinée à prendre le contrôle de l’Afrique du Nord alors administrée par le Régime de Vichy. Le choix de la côte algéroise répond à plusieurs considérations stratégiques : la proximité d’Alger, l’existence d’axes routiers menant rapidement vers la capitale et la possibilité d’établir des têtes de pont sur un littoral relativement favorable aux opérations amphibies[21],[22].
Après l’approche des forces navales alliées et les premiers débarquements, les troupes progressent rapidement vers Alger. Dans la ville même, un groupe de résistants favorables aux Alliés, composé notamment d’officiers et de civils hostiles au régime de Vichy, déclenche dans la nuit du 7 au 8 novembre une série d’actions visant à neutraliser les principaux centres de commandement et à empêcher une résistance organisée[21],[22].
Face à la progression alliée et à la situation confuse dans la capitale, les forces locales du régime de Vichy offrent une résistance limitée. Les combats restent relativement brefs autour d’Alger, et un cessez-le-feu est rapidement conclu après l’arrivée des forces alliées dans la ville[21],[22].
L'indépendance de l'Algérie
Le 5 mai 1930, une stèle de quinze mètres (15 m) de haut avec un bas-relief symbolisant sous les traits de deux femmes, l'union de la France et de l'Algérie commémorant le centenaire de la présence française réalisé par Émile Gaudissant est inauguré par le président Gaston Doumergue. Au jour de l'indépendance de l'Algérie, ayant appris que le Front de libération nationale voulait détruire celui-ci, un groupe de sous-officiers et d'officiers du 3e régiment de parachutistes d'infanterie de marine récupère les fresques dans la nuit du 5 au 6 juillet 1962 et jette les gravats à la mer. Celles-ci sont désormais installées à Port-Vendres[23].
Tourisme
Sidi-Fredj possède de nombreuses plages de sable, qui en font un site touristique et balnéaire réputé à l’ouest d’Alger.
- Le port de plaisance.
- Le port de plaisance.
- Pont de l'hôtel El Marsa.
- L'hôtel El Marsa, par Fernand Pouillon.
Elle possède également des sites de camping, des résidences-villas et des plages privées équipées de yachts, jet-skis, et pédalos. Les endroits fréquentés par les personnes aisées sont la plage de l'hôtel El Riadh, les thalasso-hammams et les spas.
Biodiversité
Cette presqu'île côtière possède une riche faune et flore. Elle englobe une partie de la forêt de Zéralda partagée avec des communes limitrophes. Elle abrite aussi la forêt de Sidi Fredj sur une superficie de 44 hectares. Cette biodiversité est gérée par la Conservation des forêts d'Alger (CFA) sous la tutelle de la Direction générale des forêts (DGF).
