Silvia Labayrú
survivante de la dictature argentine
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Silvia Labayrú, née dans les années 1950, est une survivante de la dictature militaire en Argentine. Membre des Montoneros, elle est kidnappée, enceinte, le par les militaires au pouvoir depuis le coup d'État de 1976 en Argentine et détenue à l'école de mécanique de la marine (ESMA). En , elle est l'une des trois femmes à intenter un procès pour les crimes de violence sexuelle commis dans ce centre de détention clandestin entre 1976 et 1983 — procès qu'elles remportent en . En , son histoire paraît dans un livre écrit par la journaliste Leila Guerriero, lequel devient rapidement un best-seller en Espagne.
| Naissance | |
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| Disparition |
- |
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| Lieu de détention |
Escuela de Mecánica de la Armada (centro clandestino de detención) (d) (- |
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Biographie
Jeunesse
Silvia Labayrú nait dans les années 1950 dans une famille de militaires. Elle étudie au Colegio Nacional de Buenos Aires[1].
Détention et torture sous la dictature militaire

Membre des Montoneros, ainsi que son compagnon d'alors[1], Silvia Labayrú est kidnappée en [2] par les militaires de la junte au pouvoir depuis le coup d'État du . Alors enceinte de cinq mois, elle est enfermée à l'école de mécanique de la marine (ESMA) où elle donne naissance à sa fille Vera. Si son enfant lui est retirée à ce moment-là, elle lui est cependant rendue plus tard et confiée à ses grands-parents. Durant sa détention, Silvia Labayrú subit de nombreuses tortures, parmi lesquelles des viols[3].
Intégration dans le « ministaff »
Elle est intégrée au « ministaff » grâce à l'aide de Mercedes Inés Carazo, qui la prend en affection. Le ministaff regroupe des prisonniers et prisonnières forcés de collaborer avec leurs tortionnaires. Dans le cas de Labayrú, la sécurité de sa fille a constitué une monnaie d'échange redoutable[4],[5]. Les pratiques de torture à l'ESMA visaient également à « aspirer » (terme utilisé dans le jargon des tortionnaires) stratégiquement le maximum d'informations pouvant mener à l'arrestation des « subversifs », et la constitution du ministaff répondait à cet objectif[6]. Les personnes du ministaff elles-mêmes ne savaient parfois pas qu'elles en faisaient partie, et ses membres étaient utilisés pour faire pression sur les autres détenus, en leur faisant croire qu'en livrant des renseignements ils ne seraient pas « transférés »[6]. Les transferts avaient lieu tous les mercredis. On faisait croire aux personnes transférées qu'on les emmenaient ailleurs et on leur injectait un vaccin, qui était en fait une dose de penthotal (que les tortionnaires appelaient « pentonaval »[7]. Une fois abruties, les victimes étaient chargées dans des camions puis dans des avions et larguées vivantes dans la mer au cours des vols de la mort[6].
Pilar Calveiro décrit le processus de collaboration pervers qui s'est mis en place à l'ESMA, dans son livre de 1998 sur les camps de concentration en Argentine, insinuant même que des formes d'attachements et des relations amoureuses ont pu avoir lieu dans ce contexte[6]. Dans le cas de Labayrú, deux de ses tortionnaires, Alfredo Astiz et Alberto Gonzalès la trouvent séduisante. Alfredo Astiz en tombe même amoureux, et Labayrú est violée à plusieurs reprises par Alberto Gonzalès, parfois même en incluant sa propre femme dans les ébats sexuels[4].
Dans ce contexte, en , Silvia Labayrú et d'autres prisonniers de l'ESMA sont contraints de s'infiltrer aux côtés d'Alfredo Astiz, un militaire, dans les réunions qui ont lieu dans l'église Santa Cruz et qui rassemblent des familles de victimes de la dictature militaire. À l'issue de cette opération, entre le 8 et le , des soldats de la marine argentine arrêtent et enlèvent ou tuent plusieurs participants à ces réunions, dont la religieuse française Léonie Duquet[3].
Exil en Espagne
En , Silvia Labayrú est libérée et exilée à Madrid, en Espagne[1],[8]. Là, elle renoue avec certains de ses anciens camarades de lutte, dont plusieurs qui la soupçonnent de les avoir trahis[3],[9],[10].
Dès , Silvia Labayrú témoigne des violations des droits humains perpétrées au sein de l'ESMA, auprès notamment du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés[1].
Procès pour crimes de violence sexuelle à l'ESMA
Avec deux autres survivantes[1], Silvia Labayrú intente en le premier procès pour crimes de violence sexuelle subis par des détenues de l'ESMA[3]. En 2021, Alberto González est condamné à 20 ans de prison (sa femme n'a pas été condamnée) et Jorge Acosta à 24 ans d'emprisonnement[8].
La llamada : un retrato

En , parait en Espagne La llamada : un retrato, un livre de la journaliste Leila Guerriero qui connait un succès immédiat, au point d'être rapidement en rupture de stock et réédité à plusieurs reprises. Le livre sort en français, dans une traduction de Maïra Muchnik, à la rentrée littéraire 2025[3],[11].