Mercedes Inés Carazo
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Lucy |
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Escuela de Mecánica de la Armada (centro clandestino de detención) (d) (jusqu'en ) |
Mercedes Inés Carazo de Cabelos, alias « Lucy » ou Cuqui Carazo, est une physicienne et océanographe argentine, commandante montoneros enlevée par le Grupo de Tareas 3.3 (es) le et séquestrée à l'école de mécanique de la marine (ESMA) jusqu'à sa libération en 1978. Son mari est fusillé devant leur petite fille, prise en otage. Elle est torturée, avant d'être recrutée de force au « ministaff » au service de la dictature. Puis elle est envoyée au Centre pilote de Paris pour redorer l'image du régime militaire. Comme d'autres survivantes, elle est soupçonnée de traîtrise et de relations amoureuses avec ses tortionnaires. Ce qui lui aurait permis de survivre à sa captivité et d'être autorisée à se rendre en Espagne avec sa fille. Cette hypothèse est soutenue par certains auteurs et contredite par d'autres.
Dans les années 1980, elle travaille au Pérou en tant que coordinatrice nationale du réseau des centres d'innovation technologique péruviens (CITEs), dépendant du ministère de la production.
Le père de Mercedes Inés Carazo de Cabelos est José María Carazo, secrétaire historique du président Arturo Frondizi. Elle fait des études de physique et écrit une thèse sur la circulation océanique profonde[1].
Mercedes Inés Carazo de Cabelos, alias « Lucy » (de son nom de guerre), est l'une des fondatrices des Forces armées révolutionnaires (FAR) en Argentine. Elle est mariée avec Marcelo Daniel Kurlat, le chef de la colonne Nord des Montoneros, « Ramón » ou « Monra », également fondateur des FAR. Le couple a une fille, Mariana. Elle devient une dirigeante montonera importante, obtenant un grade d'officier dans l'organisation (Official Mayor).
Enlèvement et disparition

Le , après le coup d'état de la dictature militaire en Argentine (1976-1983), elle est enlevée par le Grupo de Tareas 3.3 (es) alors qu'elle se trouve seule[1]. Elle est la commandante montonera la plus haut gradée capturée par la section navale de l'armée. Son grade parmi les Montoneros est plus élevé que celui d'Esther Norma Arrostito enlevée elle aussi[2],[3]. Conduite à l'ESMA, elle est torturée par Francis William Whamond, dit « Le Duc »[Notes 1]. Elle est enfermée durant tout le mois de novembre dans une salle à côté de la salle de torture[1].
Antonio Pernías (es) est chargé d'assassiner Marcelo Daniel Kurlat et de torturer Mercedes Inés Carazo pour lui tirer le maximum d'informations. Pernías dirige l'opération durant laquelle Marcelo Kurlat est mortellement blessé par balle. Leur petite fille Mariana assiste à la fusillade de son père et est ensuite prise en otage et emmenée à l'ESMA. Après un bref séjour, elle est ensuite confiée aux parents de Carazo. Le «Tigre» Jorge Acosta annonce à Mercedes Inés Carazo que son époux est mort à l'Hôpital Naval et que son corps y a été incinéré.

Carazo porte le numéro de prisonnière 588 (les gardiens appelaient les prisonnières par un numéro). Elle est recrutée par ses tortionnaires dans le « ministaff », un groupe de prisonnières soi-disant « réhabilitables » pour collaborer à l'entreprise de répression du régime[1]. Carazo, âgée de 34 ans à l'époque, est affectée à l'écriture de l'histoire des Forces armées révolutionnaires (FAR)[1]. Les militaires de la marine qui dirigent l'ESMA veulent mieux connaître l'idéologie révolutionnaire afin de mieux les arrêter et de comprendre ce qui pousse la jeunesse argentine à rejoindre leurs rangs[1]. Carazo a appartenu aux FAR qui ont fusionné en 1973 avec les Monteneros[1].

Elle fait rentrer Silvia Labayru dans ce groupe, lui sauvant probablement la vie selon cette dernière[1]. Elle est envoyée travailler avec d'autres prisonniers en Espagne et ensuite au Centre Pilote de Paris[4] tandis que sa famille proche est surveillée de très près pour faire pression sur elle[1]. On la présente comme une sociologue. Son travail consiste à lire des périodiques et découper tout ce qui concerne les actions répressives menées par la dictature argentine, puis d'élaborer des rapports avec l'objectif de nettoyer la mauvaise image que la dictature se forge à l'extérieur du pays. Elle est ensuite renvoyée à l'ESMA, puis envoyée à Paris, avant de revenir en Argentine après le début de la démocratie. Elle s'installe au Pérou à Pueblo Nuevo, Lima dans les années 1980 où elle travaille en tant que coordinatrice nationale du réseau des centres d'innovation technologique péruviens (CITEs), dépendant du ministère de la production[5],[1].
Selon quelques écrivains, aussi bien Abel Posse, Miguel Bonasso (es) ou Liliana Hecker (es), Carazo aurait eu une relation amoureuse avec Antonio Pernías pendant sa captivité à l'ESMA. Grâce à cette relation, Carazo a pu survivre à sa captivité et été autorisée à se rendre en Espagne avec sa fille.
Mercedes Inés Carazo témoigne contre Pernías lors du procès Megacausa ESMA (es) :
« Quand j'ai été prise, ils m'ont torturée brutalement avec une source de haute tension et m'ont questionnée sur les imprimeries de l'organisation et sur mon mari. Je n'ai rien dit. C'est Jorge Acosta qui me torturait. À un moment donné, Antonio Pernías est entré et m'a dit qu'il était un militant péroniste. Je lui ai répondu que je ne le croyais pas, car ses yeux étaient très calmes. Ils m'ont déshabillée et m'ont attachée à un lit à la manière de Tupac Amaru. Je suis restée isolée dans cette pièce pendant près d'un mois. Ma plus grande torture était d'entendre les autres se faire torturer[6]. »
À propos de sa relation avec Pernias elle déclare :
« J'ai eu une relation avec Pernías, qui n'était pas imposée, mais acceptée. Si j'avais été libre, je ne serais certainement jamais sortie avec lui. Dans les années 80, quand je n'ai plus été surveillée, cette relation a pris fin. Il m'emmenait manger à la Costanera, à la Recoleta ou près de l'Obélisque. La nourriture était très bonne, mais le contraste était énorme. À l'ESMA, on ne me laissait même pas me laver les dents. Je n'ai plus une seule dent. Ils nous amenaient des dentistes qui nous arrachaient les dents pour éviter que nous tombions malades. Je n'ai jamais reçu aucun médicament[6]. »
Miriam Lewin, écrivaine et journaliste et également survivante de la dictature pense que la relation avec Pernías ne peut pas avoir été « consentie », car Carazo était prisonnière et sa vie dépendait de son tortionnaire. L'hypothèse de Lewin est que Carazo, comme d'autres détenues, était l'esclave sexuelle des militaires de l'ESMA[2]. Leila Guerriero dans son livre de 2025 retraçant la vie de Silvia Labayru, indique que Cuqui Carazo est plutôt une esclave du ministaff, un groupe de prisonniers et prisonnières recrutés pour être réhabilités et utilisés, les femmes étant également violées par les officiers exerçant au sein de l'ESMA, comme Alfredo Astiz (surnommé l'Ange), Antonio Pernías (es) ou Jorge Acosta surnommé le «Tigre»)[1].
Carazo dans la littérature
Abel Posse a écrit le livre Noche de lobos (Nuit de loups) en romançant l'histoire comme si Pernías et Carazo étaient « tombés amoureux ». Selon le livre, ils ont vécu une « histoire d'amour ».
Le livre de Miguel Bonasso (es), Recuerdo de la muerte , la décrit également comme une histoire d'amour et il suggère que Carazo se prostituait[2].
L'écrivaine Liliana Heker, amie d'Inés Carazo, a relaté son histoire dans son livre El fin de la historia (La fin de l'histoire), dans lequel elle la présente comme une traîtresse pour être tombée amoureuse de son bourreau, et avoir survécu[7],[8],.
Sylvia Labayru, dans la biographie intitulée L'Appel - Histoire d'une femme argentine de Leila Guerriero indique que les livres de Lilian Heker et Miguel Bonasso l'ont profondément choquée, et que Cuqui Carazo a été une personne ressource sur laquelle elle pouvait compter lors de sa captivité à l'ESMA[1].