Site archéologique de La Couronne

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Site archéologique de La Couronne
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région française Auvergne (Auvergne-Rhône-Alpes)
Région antique Gaule aquitaine
département Allier
Commune Molles
Coordonnées 46° 07′ 46″ nord, 3° 29′ 59″ est
Altitude 395 m
Superficie 0,4 ha
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Site archéologique de La Couronne
Site archéologique de La Couronne

Situé à Molles dans le département de l’Allier en région Auvergne-Rhône-Alpes, le site archéologique de la Couronne abrite les ruines d’un établissement fortifié de hauteur construit à la fin de l’Antiquité et exploité jusqu’au XIe siècle. Repéré et fouillé dans le courant du XIXe siècle, le site a été repris dans le cadre de recherches universitaires dès 2010 notamment par la mise en place d’un programme de fouilles pluriannuelles toujours en cours.

Le plateau de La Couronne est situé sur la commune de Molles, à environ trois kilomètres à l’est de Cusset. Il est positionné sur une hauteur dominant deux vallées très encaissées correspondant à la « combe des Malavaux ». Le site se positionne sur les contreforts du massif schisto-granitique de la montagne bourbonnaise, lui-même bordé à l’ouest par la plaine alluviale de l’Allier et le bassin de Vichy. Le site archéologique occupe l’extrémité d’un éperon étroit culminant à 395 mètres d’altitude et dominant la rivière Jolan au nord et le ruisseau Bulhion au sud.

Toponymie

Carte postale ancienne
Musée de la Couronne (début XXe siècle).

Le toponyme « La Couronne » a disparu au profit de celui de « carrière des Malavaux ». Les « Malavaux », issus du latin mala vallis, autrement dit la « vallée mauvaise » ou « vallée maudite », désigne spécifiquement cette partie de la vallée du Jolan où se raccorde le Bulhion. Ce secteur est dominé par la montagne dite « du Belvédère », aujourd’hui totalement engloutie par la carrière, et le plateau de « La Couronne ». Au XIXe siècle, « La Couronne » est connue par la tradition orale mais cette dénomination n’existe pas sur le cadastre napoléonien. Dans la littérature, le site est évoqué le plus souvent par le toponyme « Les Malavaux », auquel est souvent associé le « Puits du Diable ». Pourtant, c’est sous le toponyme de « La Couronne » qu’est désigné l’éperon dans le compte rendu des fouilles effectuées entre 1877 et 1882. Ensuite, on le retrouve en légende d’une carte postale datant du début du XXe siècle, sur laquelle on aperçoit une ancienne maison se tenant sur le point haut du « Plateau de La Couronne », alors associé au lieu-dit « Les Malavaux ».

L’origine exacte du toponyme « La Couronne » demeure inconnue et bien difficile à définir. L’hypothèse la plus probable est que celui-ci soit dû à l’enceinte « couronnant » l’éminence rocheuse. Ce mur, figurant encore aujourd’hui dans un bon état de conservation, était probablement visible depuis la combe des Malavaux, et ce jusqu’à ce que le site ne soit définitivement abandonné et que la forêt ait envahi l’éperon dès le milieu du XXe siècle.

Légendes et mémoire

Monument Jean Zay
Monument Jean Zay au pied de La Couronne.
Carte postale ancienne
Le site des Malavaux au début du XXe siècle.

Le site de La Couronne, au-delà de son contenu archéologique, a alimenté de nombreuses légendes et ouï-dire depuis des siècles et vraisemblablement dès son abandon[1]. Dès le début du XIXe siècle, le site est décrit tour à tour comme un château templier, un temple romain, une villa gallo-romaine, un ancien monastère détruit par les Sarrasins voire le repère de Mandrin lors de sa campagne en Auvergne en 1754. Au-delà de ces légendes, le sommet de l’éperon de la Couronne a été le théâtre d’un épisode sinistre, le , au cours duquel fut assassiné Jean Zay ainsi que deux autres résistants. En effet, ce jour-là, des miliciens viennent le récupérer à la prison de Cusset, l’emmènent aux Malavaux et l’exécutent avant de jeter son corps dans le « puits du Diable », cavité présente sur le flan de l’éperon. Il n’est retrouvé que deux ans plus tard, le 22 septembre 1946, sous un tas de pierre. Ses restes ne sont identifiés que l’année suivante, puis sont transférés à Orléans en 1948, et en 2015 au Panthéon, à l’initiative de François Hollande alors président de la République. Un monument placé au pied de l’éperon de la Couronne, ainsi qu’un sentier à thème en l’honneur de Jean Zay, rappellent ce tragique évènement.

Historique de recherche depuis le XIXe siècle

Carte postale ancienne
Le site des Malavaux (début XXe siècle).

Les plus anciennes fouilles du site de La Couronne, dont on a retrouvé des traces écrites, se situeraient aux alentours de 1800. Ces informations sont tirées d’un guide touristique de 1864[2] qui présente le site comme une ruine abritant le « château de Montclar » ou un ancien château des Templiers. La Couronne est néanmoins décrite comme potentiellement d’origine antique notamment par la découverte de nombreuses monnaies romaines et autres objets anciens. Ce même guide indique également la présence d’un mystérieux puits, le « puits du Diable », sur le flan de l’éperon et également une source d’eau abondante sur le sommet surnommée la « fontaine des Sarrasins ». Le « puits du Diable », décrit comme un gouffre profond ou une large excavation béante, semble avoir été détruit par les travaux d’excavation des carrières voisines exploitées avant les années 1960. De 1877 à 1882, le site est fouillé par Eugène Bouchard et Alfred Bertrand qui publient les résultats de leurs découvertes en 1882 dans le Bulletin de la Société d’émulation de l’Allier[3]. À cette époque, le propriétaire de l’éperon y a construit une maison qui sert également de restaurant et de musée exposant les objets découverts lors du creusement des fondations. Durant ces fouilles, l’église paléochrétienne est identifiée ainsi que des sarcophages trapézoïdaux et plusieurs squelettes. Les deux chercheurs concluent que le site abrite une villa gallo-romaine dont une partie aurait été transformée en église à l’époque mérovingienne.

En 1959, l’historien, chercheur et archéologue Gabriel Fournier[4], visite le site et observe la présence de murs en grands appareils d’origine gallo-romaine. Il identifie le mur encerclant tout le sommet de l’éperon comme une fortification possiblement médiévale. Le chercheur retrouve également les structures décrites par Bouchard et Bertrand en 1882 et met en évidence la présence d’une motte castrale à l’est. Il note également que l’activité intense de la carrière avoisinante menace fortement l’intégrité du site archéologique.

Par la suite et plus récemment, quelques rares études et travaux universitaires font référence au site sans approfondir. Ce n’est qu’à partir de 2010 que La Couronne fait véritablement l’objet d’une étude conséquente notamment à travers l’élaboration d’une thèse de doctorat en parallèle de travaux de recherches et de fouilles archéologiques dès cette même année[5].

Les fouilles archéologiques de la forteresse

Plusieurs campagnes de fouilles pluriannuelles ont été réalisées sur le site de La Couronne sous la supervision du responsable d’opération Damien Martinez, enseignant-chercheur et archéologue[1]. Le programme de fouille, toujours en cours, a commencé dès 2010, en se concentrant au départ sur l’église paléochrétienne et les structures l’entourant[6]. A partir de 2015, les opérations archéologiques ont permis d’appréhender l’organisation de l’extrémité orientale de l’établissement fortifié et d’enrichir les données collectées précédemment. Un vaste édifice carolingien (IXe siècle) a été mis en évidence et a permis de repenser l’occupation du site à l’issue de la période mérovingienne. En 2020, les recherches se sont localisées sur la partie située à la racine de l’éperon où se situe les bâtiments résidentiels de l’établissement tardo-antique. Ultérieurement, un imposant bâtiment carolingien a été découvert auquel succéda une motte castrale. Puis en partie centrale du site, des trous de poteaux retrouvés, appartenant à un grand bâtiment en bois, relèvent des phases carolingienne et postcarolingienne, avec des vestiges tardo-antiques découverts en parallèle. Le programme en cours, prévu jusqu’en 2026 permet de poursuivre les fouilles dans les secteurs oriental et central, proche de la motte féodale et de son fossé.

Les caractéristiques de la forteresse

La forteresse de La Couronne occupe une superficie intra-muros d’environ 4 000 m2 entièrement encerclée par une courtine maçonnée. Le tracé de la fortification suit la découpe du plateau et forme un rectangle courbé d’environ 110 x 35 mètres de dimension. Intra-muros, plusieurs bâtiments ont été identifiés notamment une église paléochrétienne de grande taille avec un baptistère, un bâtiment résidentiel avec cuisine et cave, des bâtiments utilitaires (granges, écuries, ateliers d’artisanat…), des caissons-citernes pour le stockage de l’eau et un bâtiment doté d’un système de chauffage par hypocauste. La porte cochère de la forteresse est localisée sur le côté ouest, le chemin initial d’accès extra-muros ayant disparu en contrebas suite aux excavations des carrières voisines. Une possible tour carrée existait à l’angle sud-ouest de la forteresse pour défendre le secteur de la porte d’entrée. La partie sud-est de la fortification présente un puissant mur bouclier d’environ 25 mètres de long pour une épaisseur de 3 mètres. La forteresse de La Couronne est un site anonyme, c’est-à-dire qu’aucun texte ancien ne la mentionne. Il en est de même pour l’église paléochrétienne dont on ne connaît pas la dédicace alors que sa taille imposante (emprise au sol de 24x10 mètres) et la présence d’un baptistère indique un lieu de culte chrétien important lors de sa fondation. L’établissement fortifié de hauteur de la Couronne surplombe une ancienne route romaine qui reliait Vichy (Aquae Calidae) à Roanne (Rodumna) dès le Haut-Empire. L’occupation longue du site sur 5 à 6 siècles ne permet pas de résumer la fonction de l’établissement fortifié à un seul, mais à plusieurs rôles qui ont évolué dans le temps. Une certitude demeure, celle que cet habitat fortifié aristocratique était un point central élitaire du pouvoir dans les réseaux et systèmes de peuplement régionaux notamment du Ve au VIIe siècle. Le VIIIe siècle est marqué par un renouveau de la forteresse notamment dans le changement de fonction du lieu tout en conservant l’ancienne enceinte tardo-antique. Enfin, un petit seigneur féodal vient s’installer sur l’éperon au cours du XIe siècle, période durant laquelle l’abside de l’église est conservée et transformée en chapelle. Cette phase constitue aujourd’hui la dernière période d’occupation avérée de La Couronne.

Chronologie générale d’occupation

Les diverses campagnes de fouilles ont permis de proposer une chronologie générale de l’occupation du site du Ve au XIe siècles[1].

La fréquentation du site est mise en évidence avant le Ve siècle mais de façon ponctuelle et sporadique. Celle-ci témoigne certainement de plusieurs chronologies relevant de la Protohistoire récente (époque gauloise) et du Haut-Empire. Aucune occupation structurée n’a pour l’instant été mise en évidence pour ces périodes qui ne sont représentées que par quelques structures en creux ainsi que par de rares éléments de mobilier (céramiques et monnaies essentiellement). Le début du Ve siècle (avant 420) marque la construction du mur d’enceinte sur environ 4 000 m2. De statut probablement public, la construction initiale de la forteresse était guidée par un besoin militaire pour défendre un secteur stratégique et peut-être pour y installer des hauts dignitaires de l’état romain. Le deuxième quart du Ve siècle (avant 440) se caractérise par la construction de l’ensemble des bâtiments (résidentiels, utilitaires et militaires) qui seront utilisés jusqu’à la deuxième moitié du VIe siècle voire au début du VIIe siècle. Ces constructions sont en majorité en murs maçonnés (mortier de chaux) mais certaines sont en charpente bois sur poteaux. A la fin du Ve siècle ou au début du VIe siècle, 8 inhumations sont pratiquées dans la partie ouest du grand bâtiment résidentiel qui sera transformé en église paléochrétienne quelques années plus tard. La construction d’une abside semi-circulaire confirme la transformation du bâtiment en église. Dans la deuxième moitié du VIe siècle, voire au début du VIIe siècle, l’église est agrandie : le chevet se voit augmenté de deux annexes latérales et une cuve baptismale est aménagée dans une pièce au sud. Des inhumations sont pratiquées au sein et autour de l’église. Du IXe au Xe siècle, l’établissement fortifié subit une refonte de l’organisation. Longtemps considéré comme abandonné durant cette période, les dernières campagnes de fouilles ont mis en évidence que le site est toujours habité et qu’un bâtiment est construit dans le dernier tiers du VIIIe voire au IXe siècle. L’aire funéraire semble également encore ponctuellement utilisée pour les inhumations.

A la fin du Xe voire au début du XIe siècle, une motte castrale est édifiée par un seigneur local. L’exploitation et l’occupation de ce château à motte ne semble pas s’étendre sur plus d’un siècle.

Carte postale ancienne
Musée de La Couronne (début XXe siècle).

Les témoins matériels d’une occupation de la seconde partie du Moyen-Âge et de l’époque moderne sont inexistants et les seules traces réellement tangibles, postérieures au XIe siècle, sont finalement assez récentes. Elles sont liées à la maison/restaurant/musée construite à l’est de l’église, mais plus encore aux diverses fouilles qui se sont succédé depuis au moins le début du XIXe siècle.

Mobilier archéologique

Une grande quantité de mobilier archéologique a été prélevée lors des diverses campagnes de fouilles réalisées par les archéologues universitaires[1].

Les céramiques caractéristiques des périodes tardo-antiques et mérovingiennes constituent les objets les plus nombreux. Ces tessons concernent la vaisselle de table et de cuisine et ils indiquent, de par leur qualité, le haut statut de l’établissement fortifié, habité par une aristocratie aisée et puissante[7].

Des nombreux ossements ont également été retrouvés suite aux campagnes régulières de fouilles. Ces derniers présentent les restes carnés correspondant aux déchets de cuisine de la forteresse. La présence d’animaux domestiques (bœufs, porcs, caprinés, poules…) ainsi que de ceux de la faune sauvage (cervidés, sangliers…) met en évidence la consommation de masse et de qualité (auberge) de l’établissement.

Enfin les fouilles ont mis au jour de nombreux restes d’objets du quotidien comme les outils, armes, peignes, pièces de métier à tisser… tous à mettre en rapport avec l’activité quotidienne du complexe et les ateliers d’artisanat (forge, tabletterie, tissage…).

La Couronne dans la ligne de fortification orientale de la cité Arverne

Les recherches en cours mettent en évidence que le castrum ou castellum de La Couronne apparaît comme un des éléments forts d’un ligne de défense des marges ou frontières de la cité Arverne dès la fin de l’Antiquité[5]. En effet, plusieurs castra ont été identifiés, entre Vichy et Vollore, sur cette ligne orientale de la Limagne, positionnés sur les premiers contreforts de la montagne bourbonnaise et du Forez, dominant des vallées avec des cours d’eau importants (affluents de la Dore et de l’Allier). Deux de ces forteresses sont d’ailleurs citées par Grégoire de Tours dans les textes anciens : Thigernum castrum (Thiers – site des Millières) et Lovalautrum castrum (Vollore). Ces constatations mettent en évidence la volonté de la cité Arverne (actuelle ville de Clermont-Ferrand) de fortifier et protéger ses frontières géographiques et administratives notamment celle de l’est dès la fin de l’Antiquité et le tout début du Moyen-Âge. Ces castra perchés se positionnent sur des points topographiquement stratégiques (méandre, vallée, point de vue…) mais également sur des zones de passage et de flux importants (fluvial et terrestre) voire sur des secteurs riches en minerais (fer, plomb, argent…) ou ressources (bois, récoltes, denrées…). Ces établissements fortifiés de hauteur sont donc à considérer comme des forteresses polyvalentes endossant une pluralité de rôles : militaire, ostentatoire, point d’observation de la plaine, haut-lieu de culte chrétien, contrôles commerciaux des voies terrestres et des cours d’eau importants, relais routier (hostellerie, restauration…), protection et stockage des matières premières et des denrées agricoles…

Accès et visite du site

Références

Annexes

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