Siège de Mequinenza
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| Date | 15 mai au 8 juin 1810 |
|---|---|
| Lieu | Mequinenza, Espagne |
| Issue | Victoire française |
| Louis-Gabriel Suchet | Manuel Carbón |
| 16 000 hommes 24 canons |
1 000 hommes |
| légères | 1 000 prisonniers |
Guerre d'indépendance espagnole
Batailles
| Coordonnées | 41° 22′ nord, 0° 18′ est | |
|---|---|---|
Le siège de Mequinenza eut lieu durant la guerre d'indépendance espagnole, du au 1810, dans le cadre plus général des guerres napoléoniennes. Il vit l'encerclement de la ville de Mequinenza, située à la confluence des rivières Èbre, Segre et Cinca — à quelque 211 kilomètres à l'Ouest de Barcelone — par une armée française de 16 000 hommes commandée par le général Louis-Gabriel Suchet. Les défenseurs étaient au nombre de 1 000, sous les ordres du colonel Manuel Carbón. Mequinenza et son château furent capturés par les Français après un siège de trois semaines.
Malgré la faiblesse et l'ancienneté des murailles de Mequinenza, son château, bâti sur un éperon rocheux en surplomb de la ville, était particulièrement adapté à la défense. Les ingénieurs militaires de Suchet supervisèrent durant deux semaines le creusement d'un chemin en forme de zigzag afin d'escalader la montagne. Une fois ce travail achevé, les assiégeants hissèrent leurs canons au sommet et ouvrirent le feu contre le château. La ville tomba aux mains des Français le ; quant au château, huit jours de bombardement intense l'avaient pratiquement réduit en ruines et le colonel Carbón capitula peu après. Du fait de l'importance stratégique de Mequinenza, qui constituait un point de passage obligé pour la navigation sur l'Èbre, Suchet utilisa la ville comme base d'approvisionnement lors du siège de Tortose au cours de l'hiver 1810-1811.
Alors que les autorités politiques de l'Aragon tâchait d'organiser la défense de cette province contre les Français, les troupes espagnoles du général Palafox subirent leurs premiers revers. Entre le 8 et le , les milices de Tolède, de Mallén et d'Alagón essuyèrent de lourdes pertes. Devant l'impossibilité de contrer l'avance française, Palafox se retira à Belchite, ne laissant à Saragosse qu'une poignée de troupes régulières et d'unités de milice composées de volontaires sans expérience, parmi lesquelles plusieurs compagnies en provenance de Mequinenza[1]. Alors que les Français escomptaient s'emparer facilement de Saragosse, leurs attaques échouèrent face à une défense aragonaise très déterminée.
Le , le maire de Mequinenza écrivit au gouverneur de l'Aragon au sujet des modalités de l'enrôlement des miliciens. Deux semaines plus tard, Pedro Navarro, gouverneur du château et de la ville de Mequinenza, adressa à Palafox un rapport sur l'état de la forteresse et lui indiqua que, compte tenu des nombreux stocks d'armes et de munitions qui venaient d'être dirigés sur Tortose, ses hommes étaient dépourvus de canons, de fusils et de poudre. Navarro précisait en outre que huit soldats, faisant probablement partie d'une des compagnies formées à Mequinenza pour la défense de Saragosse et qui s'étaient perdus après les premiers combats aux abords de cette ville, avaient regagné leur cité d'origine. À la fin du mois de , Francisco Palafox, frère du capitaine général d'Aragon, arriva à Mequinenza afin d'étoffer les effectifs de divers corps de troupes.
Nonobstant les avis de plusieurs de ses officiers qui qualifiaient la place d'« inexpugnable », le général Louis-Gabriel Suchet, commandant l'armée française d'Aragon, était convaincu de pouvoir surmonter tous les obstacles. Il ordonna au colonel Haxo d'aménager un chemin pour l'artillerie à travers les rochers. Les officiers français édifièrent ensuite deux emplacements, l'un au pied de la zone de Monegre, juste au-dessus de l'Èbre, sur un espace de « deux mille quatre cents pieds », et l'autre sur une petite colline proche du château[2]. De là, les travaux se poursuivirent pour permettre le passage de l'artillerie destinée à bombarder le château de Mequinenza.
La chute de Saragosse, en , facilita la progression des Français en Aragon. L'un des principaux objectifs des Impériaux était Mequinenza qui constituait une importante voie d'accès à la Catalogne, la Méditerranée et les Pyrénées. Un des meneurs espagnols, Lorenzo Calvo de Rozas, proposa de renforcer la place avec des canons et des obusiers de campagne afin de barrer la route de la Catalogne aux Français.
Premier siège de Mequinenza

La première attaque française sur Mequinenza eut lieu en mars, après la prise de Fraga. Les défenseurs civils, sous les ordres du colonel Manuel Carbón, repoussèrent les assaillants. Après cette tentative ratée, le haut commandement français changea de stratégie et adressa un courrier à Luis Veyan, gouverneur de la place, afin d'obtenir la reddition pacifique du château et de la ville. La missive fut rédigée par un maire rallié aux Français, Mariano Domínguez, qui écrivit à Veyan :
« Les peuples fatigués de la guerre veulent se reposer, et si l'un d'eux s'obstine à différer un seul instant les justes désirs de la paix, seul le pire adviendra. Mon zèle, la conviction du caractère de votre Excellence et votre amour de l'humanité, me persuadent que vous saurez décider ce Peuple à rejeter toute opposition aux armes françaises, en tâchant de lui procurer le plus tôt possible par la paix et l'amitié les fruits et les avantages que ces armes procurent à ceux qui savent se prêter à leurs intéressantes intentions. »
À cette époque, Veyan avait été remplacé par le général Joaquín Blake y Joyes pour pallier le manque d'officiers du génie et la lettre fut remise à Juan Antonio Angulo, qui s'empressa de la communiquer à ses supérieurs pour dénoncer la trahison de Domínguez et s'assurer la fidélité de la garnison et de la population de Mequinenza.
Deuxième siège de Mequinenza

N'ayant pu s'emparer de la place pacifiquement, les Français optèrent de nouveau pour la solution militaire. En , peu après la chute de Lérida, le général Louis-Gabriel Suchet, commandant en chef de l'armée d'Aragon, ordonna au général Musnier de prendre Mequinenza avec sa division. Le siège commença le . Quelques jours plus tard, la brigade du général Montmarie rejoignit les troupes de Musnier, ce dernier étant par ailleurs soutenu sur la rive droite de l'Èbre par les sapeurs, mineurs et officiers du génie du général Rogniat.
Les assiégeants étaient au nombre de 5 000, non comptées quatre compagnies de sapeurs et 14 bouches à feu servies par deux compagnies d'artilleurs. L'artillerie fut transportée sur un chemin conçu par le colonel du génie Haxo et construit par près de 2 000 civils et militaires. La garnison espagnole de Mequinenza, sous les ordres du colonel Cárbon, était forte de 1 200 hommes.
Le , les sapeurs français commencèrent à creuser des tranchées et à disposer les canons en vue d'attaquer le château, cependant que l'infanterie devait simultanément prendre la ville d'assaut. La garnison espagnole abandonna toutefois la cité durant la nuit du pour se réfugier dans le château. Dans la nuit du 4 au , le 2e bataillon du 1er régiment polonais de la Vistule, en dépit des énormes blocs de pierre jetés depuis la forteresse, édifia une tour carrée pourvue de deux canons de 12 livres. Cette même nuit, la ville de Mequinenza tomba aux mains des Français, en même temps que huit pièces d'artillerie, 400 fusils, quinze tonneaux de poudre et quatre barges. L'attaque fut conduite par le chef de bataillon polonais Chlusowitz et le capitaine des sapeurs Foucaud.
Le , Suchet se rendit lui-même sur place afin de s'aviser du déroulement des opérations[3]. Désormais en possession de Mequinenza, les Français concentrèrent toute leur attention sur le fort. À l'aube du , seize pièces d'artillerie supplémentaires réparties en trois batteries, installées pendant la nuit par le chef de bataillon Raffron, ouvrirent le feu sur le château. Les assiégés, sous la férule du colonel Cárbon, ripostèrent avec vigueur et trois canons français furent démontés, ce qui n'empêcha pas les Impériaux d'endommager progressivement les défenses par leur feu. Un pan de mur finit par s'écrouler et des projectiles atteignaient à présent le centre du fort. Les tirailleurs français, protégés par des sacs de terre, se joignirent à l'attaque.
Le , à 10 h du matin, la garnison espagnole mit fin à sa résistance et hissa le drapeau blanc. Elle obtint l'honneur de défiler devant la division du général Musnier avant de déposer ses armes face au glacis du château de Mequinenza. À l'intérieur de la forteresse, les Français trouvèrent cinq mortiers, 400 000 cartouches de fabrication anglaise, 30 000 kilos de poudre et des vivres pour trois mois.