Solomon Marcus est le fils de Halter et Sima Marcus, un couple de modestes tailleurs ashkénazes[2] de Bacău en Moldavie; il est le frère de l'historien Marius Mircu (Israël Marcus)[3] et de l'écrivain Marcel Marcian (Morits Marcus)[4]. Dès 16 ans, en pleine guerre, Solomon Marcus, génie des nombres et des chiffres, doit aider sa famille à survivre en donnant des cours particuliers de mathématiques. N'étant ni pratiquants, ni communistes, et grâce à la bienveillance de voisins et de ses professeurs, ses parents échappent aux persécutions mais perdent la plus grande partie de leur clientèle et la famille vit dans une grande pauvreté[5].
L'effondrement de la dictature fasciste et l'entrée de la Roumanie dans le camp des Alliés permettent à la famille Marcus de revivre normalement et à Solomon de poursuivre ses études. Grâce à une bourse obtenue en 1945, il peut venir à Bucarest et s'inscrire à la faculté de mathématiques de l'université. La modicité de la bourse l'oblige cependant à continuer ses cours particuliers. En 1949, alors que la dictature stalinienne est désormais bien installée (pour 40 ans), Marcus Salomon échappe aux persécutions sociales de ce régime du fait que ses parents n'avaient pas eu d'employés et ne pouvaient donc pas être accusés d'avoir été des „exploiteurs de la classe ouvrière“, et grâce à cela (et à la „neutralité politique“ de sa discipline), il obtient son doctorat en mathématiques et un poste d'enseignant dans ce domaine à l'université de Bucarest.
↑ Marius Mircu est l'auteur d'une monumentale relation de la Shoah en Roumanie: Ce qui est arrivé aux juifs de Roumanie, éd. Glob, Bat Yam et Papyrus, Holon, Israël, 1996, qui a la particularité de ne pas partager le point de vue très répandu dans l'historiographie occidentale, imputant cette tragédie à l'identité roumaine elle-même laquelle, selon d'autres auteurs, serait foncièrement pétrie d'antisémitisme; selon Mircu, elle est d'abord due, comme ailleurs en Europe, au contexte politique et à l'effondrement des états de droit et des démocraties parlementaires, qui ont permis aux courants antisémites de se concrétiser politiquement, en Roumanie comme dans toute l'Europe sous domination nazie.