Somatoparaphrénie

From Wikipedia, the free encyclopedia

La somatoparaphrénie est un trouble neuropsychologique rare qui conduit une personne héminégligente à tenir un discours producteur ou positif mais illusoire voire délirant sur l'un de ses membres, à la différence de l'anosognosie caractérisée de manière négative.

En 2004, Boisson et Luauté notent que « les descriptions spécifiques de la somatoparaphrénie ne sont pas très nombreuses »[1], elles ont souvent été mentionnées sous forme « d'anecdotes » et d'une « bizarrerie » passagère et évolutive[1].

La littérature neuropsychiatrique française du XXe siècle recèle de nombreuses descriptions et explications du mécanisme cérébral qui induit la continuité sensorielle et motrice[1], Bonnier, en 1905[2], parle déjà d'aschématie[1], et dans la neuropsychiatrie de l'enfance on pose les questions de l'image du corps et du schéma corporel en lien avec le développement psychomoteur[3].

Babinsky proposait en 1914[4] le terme d'anosognosie, « description de l'hémiplégie gauche par un patient victime d’un accident vasculaire sylvien droit »[5], les observations s'étant multipliées depuis, elles donnent naissance au syndrome d'Anton-Babinski[5].

Lhermitte en 1939[6] réserve le terme de « d’hémi-asomatognosie » aux troubles du schéma corporel lié à l'hémisphère droit[5].

C'est Gertsmann qui, en 1942[7] donne la première définition de la somatoparaphrénie comme « élaboration psychique spécifique, illusions, confabulations vis-à-vis du corps absent » dans le cadre d'une classification des troubles somatognosiques[5].

Hécaen et Ajuriaguerra, en 1952[8] fourniront une synthèse solide avec pour sous-titre « Intégration et désintégration de la somatognosie », et mentionnent la possibilité d'éléments productifs[5].

En 1972, Barbizet, Ben Hamida et Duizabo[9] plaident pour l'importance de l'hémisphère droit dans la reconnaissance de la proprioception, en suivant la même approche qu'Hécaen[5].

En parallèle, dans un cadre phénoménologique, Merleau-Ponty s'intéressait au membre fantôme qu'il définit comme « l’expérience refoulée d’un ancien présent qui ne se décide pas à devenir passé » ajoutant le temps à la neurologie[5].

De la fin du XXe siècle au début du XXIe siècle, l'essor des neurosciences comprises dans le sens d'une vaste approche pluri-disciplinaire permet des rapprochements entre la neurologie, la physiologie et la psychologie[5] et renouvelle l'approche des agnosies en proposant notamment de dépasser l'opposition entre conscience et inconscient[5].

Définitions

La première définition de la somatoparaphrénie est celle de Gertsmann, en 1942[7] : « illusions ou distorsions concernant la perception d’un hémicorps [...]. Affabulations ou délires affectant le côté ou les membres atteints [...]. Élaboration psychique spécifique, illusions, confabulations vis-à-vis du corps absent »[5],[10].

Boisson et Luauté la définissent comme « la version productive du trouble de conscience du corps, illusion plutôt qu’hallucination, et parfois véritable délire verbal sur le corps »[5].

D'après Ronchi et Vallar, elle « est considérée comme un symptôme pathologique rare, dont la manifestation principale, mais pas unique, est le sens de non-appartenance d’une partie du corps »[10].

Manifestations cliniques

Rode en 1992[11], cite une rémission transitoire d'une somatoparaphrénie dans un cadre chronique[1]. Halligan, en 1993[12], en 1995[13],[14] dans un cadre neuropsychologique, décrit sous forme de cas cliniques la dimension émotive et affective du trouble[1].

Selon Buisson et Luauté, si les descriptions cliniques peuvent être aussi diverses que les patients, la manifestation de délire la plus fréquente concerne le membre supérieur et la main[5].

Ronchi et Vallar passent en revue 56 cas publiés dans la littérature scientifique[15].

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI