Le sport en Érythrée occupe une place significative dans la vie sociale et culturelle, tout en restant marqué par le contexte politique et économique du pays. Héritage de la colonisation italienne, le cyclisme s'est imposé comme une tradition urbaine à Asmara, tandis que l'athlétisme, notamment les courses de fond et de demi-fond, a offert à l'Érythrée une reconnaissance internationale, incarnée par Zersenay Tadesse, premier médaillé olympique du pays en 2004. Plus récemment, des cyclistes comme Daniel Teklehaimanot ou Biniam Girmay ont renforcé cette notoriété. Le football, bien que sport le plus populaire, reste limité à l'échelle nationale en raison des restrictions politiques et de la crainte de défections. Présente aux Jeux olympiques depuis 2000, et symboliquement aux Jeux olympiques d'hiver en 2018, l'Érythrée continue de voir dans le sport un vecteur de fierté nationale et de visibilité internationale, malgré des conditions de développement contraignantes.
Période coloniale et influences italiennes
L'introduction du sport moderne en Érythrée remonte à la période coloniale italienne (1890-1941)[1]. Les autorités coloniales mirent en place des infrastructures sportives dans les grandes villes, en particulier à Asmara, qui devint un foyer important de pratique[2]. Le cyclisme y connut un essor particulier: les routesasphaltées construites durant cette époque[B 1] et l'influence culturelle italienne firent du vélo un symbole de modernité et de prestige. Des compétitions locales virent le jour dès les années 1930[2], avec la création du Tour d'Érythrée en 1946[3], l'une des plus anciennes courses cyclistes d'Afrique. Le football fut également introduit durant cette période[4], avec la fondation de clubs urbains à Asmara et Massaoua[5]. Le Red Sea FC, club historique, revendique des racines remontant à l'occupation italienne[4]. Toutefois, ces pratiques sportives étaient largement réservées à une élite urbaine et restaient limitées en dehors des grandes villes.
De la fédération éthiopienne à la guerre d'indépendance
Après la Seconde Guerre mondiale, l'Érythrée passa sous administration britannique (1941-1952)[6], puis fut fédérée à l'Éthiopie (1952)[7], avant d'être annexée par celle-ci en 1962[8]. Durant cette période, les structures sportives furent intégrées au système éthiopien. Les athlètes érythréens concouraient alors sous les couleurs de l'Éthiopie, ce qui limita la visibilité du sport spécifiquement érythréen[9]. Pendant la longue guerre d'indépendance (1961-1991)[10], les activités sportives furent ralenties, mais le sport conserva un rôle social et identitaire important au sein des communautés réfugiées ou dans les zones contrôlées par les mouvements indépendantistes. Le cyclisme et la course à pied restèrent pratiqués, parfois de manière informelle, comme expressions de résistance culturelle[11].
Après l'indépendance
L'indépendance, officiellement reconnue en 1993[12], marqua une étape décisive. Les nouvelles autorités cherchèrent à faire du sport un outil de cohésion nationale et de rayonnement international. Plusieurs fédérations sportives furent crées ou réorganisées:
Les années 2000 virent l'émergence d'athlètes capables de s'imposer sur la scène internationales. En 2004, Zersenay Tadesse remporta la première médaille olympique de l'histoire du pays (le bronze sur 10 000 m à Athènes). Il devient par la suite champion du monde de semi-marathon et recordman mondial, plaçant l'Érythrée parmi les nations africaines majeures du fond et du demi-fond[17]. Dans le même temps, le cyclisme connut une professionnalisation progressive, permettant à des coureurs érythréens de rejoindre des équipes internationales et de participer aux grands tours européens[18].
Au XXIe siècle, le sport en Érythrée est caractérisé par un double paradoxe: d'un côté, des performances de haut niveau dans des disciplines individuelles (athlétisme, cyclisme), qui permettent au pays d'exister sur la scène mondiale; de l'autre, une marginalisation institutionnelle dans les sports collectifs, en particulier le football, largement affaibli par les restrictions imposées par l'État et les fuites fréquentes des joueurs lors des déplacements à l'étranger[19].
Le sport demeure fortement encadré par l'État, perçu à la fois comme un instrument de diplomatie sportive et comme un moyen de canaliser la jeunesse. Malgré les difficultés structurelles, il reste un vecteur de fierté nationale et contribue à l'image internationale du pays, notamment grâce aux exploits de ses champions cyclistes et athlétiques.
Le sport en Érythrée est placé sous la tutelle du Ministère de l'Éducation et du Sport, qui exerce une influence considérable sur l'organisation et la gestion des disciplines. Le rôle du commissaire national aux sports est central: il supervise les fédérations, coordonne les compétitions nationales et valide la participation du pays aux événements internationaux[20]. Cette centralisation vise à garantir une cohérence sportive nationale mais limite l'autonomie des fédérations. Le contrôle étatique est particulièrement marqué dans les sports collectifs, comme le football, où les risques de fuite d'athlètes à l'étranger ont conduit à une politique de retrait ou de limitation des participations internationales[19].
La Fédération érythréenne de football (EFA) est l'organisme chargé de l'organisation et du développement du football dans le pays. Créée en 1993 après l'indépendance, elle est affiliée à la FIFA et à la CAF depuis 1998. Elle organise le championnat d'érythrée de football (Hagerawi League), disputé par une douzaine de clubs. Le club le plus titré est le Red Sea FC, basé à Asmara[21]. Malgré une pratique très populaire, la fédération a souffert de restrictions gouvernementales et de multiples fuites de joueurs, ce qui a conduit à une quasi-absence de l'équipe nationale sur la scène internationale depuis 2020[22].
Fédération érythréenne de cyclisme
L'équipe nationale masculine érythréenne de cyclisme.
Ces structures restent modestes et souvent limitées à une pratique amateur, mais elles témoignent d'une volonté d'élargir le champ sportif national.
Athlétisme
L'athlétisme est la discipline qui a offert à l'Érythrée sa plus grande visibilité internationale. Le pays s'est spécialisé dans les courses de fond et demi-fond, disciplines dans lesquelles il rivalise avec ses voisins éthiopiens et kényans[24]. L'Érythrée participe régulièrement aux championnats du monde d'athlétisme et aux Jeux africains, avec des délégations modestes mais compétitives. Les courses sur route (semi-marathon et marathon) constituent le principal terrain d'expression des athlètes érythréens.
La course de fond était déjà pratiquée de manière traditionnelle dans les hauts plateaux, où l'altitude et les conditions de vie favorisent une endurance naturelle[25]. Après l'indépendance (1993), la création de la Fédération d'athlétisme d'Érythrée a permis de structurer la discipline et de former des athlètes capables de s'imposer au niveau international.
Le cyclisme est considéré comme le sport national non officiel de l'Érythrée[28]. Introduit sous l'occupation italienne, il est profondément enraciné dans la culture populaire, en particulier à Asmara, où les courses cyclistes de rue attirent de nombreux spectateurs[2]. Le cyclisme est omniprésent dans la société érythréenne: de nombreux habitants d'Asmara se déplacent quotidiennement à vélo, et les compétitions locales sont suivies par un public enthousiaste[29]. Les performances des cyclistes professionnels sur la scène internationale sont une source de fierté nationale et contribuent fortement à l'image du pays à l'étranger.
Le Tour d'Érythrée (Giro dell'Eritrea) a été organisé pour la première fois en 1946, ce qui en fait l'une des plus anciennes compétitions cyclistes d'Afrique[3]. Relancé après l'indépendance en 2001, il est aujourd'hui inscrit au calendrier de l'UCI Africa Tour.
Malgré sa popularité, le football érythréen traverse une crise structurelle depuis plusieurs années. Le championnat d'Érythrée de football (Hagerawi League) est organisé depuis 1993. Il regroupe une douzaine de clubs, principalement basés à Asmara:
Red Sea FC (domine historiquement la compétition avec 14 titres),
L'équipe nationale d'Érythrée est membre de la FIFA et de la Confédération africaine de football (CAF) depuis 1998[21]. Cependant, elle participe très peu aux compétitions internationales: elle est absente aux qualifications pour la Coupe du monde de 2026[20] et la CAN 2025[33]; sa dernière apparition en compétition remonte à 2020[34]; les retraits fréquents en raison de fuites de joueurs lors des déplacements à l'étranger ont conduit le gouvernement à limiter des compétitions internationales[19].
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Mattia C. Bertazzini, The Long-Term Impact Of Italian Colonial Roads In The Horn Of Africa, 1935-2000, vol.272, Londres, Economis History Working Papers, , 55p. (lire en ligne).