Statistique monumentale de Paris
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Ouvrage majeur du XIXe siècle en matière d'urbanisme et d'architecture, la Statistique monumentale de Paris est rédigé sous la direction d'Albert Lenoir (1801-1891) et en grande partie par lui. On y trouve l'une des premières tentatives scientifiques de décrire l'ensemble des grands monuments parisiens, à l'aide de plans, de dessins d'architectures, et de notices exhaustives.
Sa rédaction s'est étalée sur près de 30 ans, de 1840 à 1867, et « illustre pleinement son approche de l’histoire des styles, selon la continuité chronologique des formes architecturales. Conçu comme un inventaire scientifique, l’ouvrage est également une interprétation historique du paysage parisien, architectural et urbain, alors en chantier », selon l'historienne de l’art Annabelle Martin[1]. Toutes les périodes sont représentées, mais les édifices du Moyen Âge sont les plus nombreux[1]. L'originalité de l'ouvrage tient enfin à la méthode employée : « La méthode de Lenoir, basée sur la confrontation des documents et des vestiges, permet véritablement de restituer l’histoire des édifices parisiens disparus, d’écrire celle de ses habitants. »[1]

En 1835, Lenoir propose au Comité des arts et monuments, qui vient d'être installé par le ministre Guizot, le projet d’une publication consacrée à Paris. L'ouvrage, publié en plusieurs livraisons réunies dans un format grand in-folio, est composé de 266 planches gravées ou lithographiées. Le nombre de monuments décrits est encore supérieur au nombre de pages, et comprend des édifices et fragments de sculpture de l'époque romaine, des églises fondées à Paris pendant le Moyen Âge et la Renaissance ainsi que les monuments divers que ces dernières renferment, des monuments civils et des hôtels privés datant des époques gothique et de la Renaissance.
Albert Lenoir avait réuni autour de lui une trentaine de collaborateurs, spécialistes de la capitale ; ont notamment collaboré : Adolphe Berty, Jean-Baptiste Lassus, Théodore Vacquer, Eugène Viollet-le-Duc…
Sa rédaction s'étant étalée sur de longues années (dont l'hostilité du ministre Gustave Rouland fut en grande partie responsable[2]), elle a pu s'enrichir lentement des découvertes archéologiques provoquées par les bouleversements urbanistiques : parvis de Notre-Dame (fouillé en 1847), vestiges de l’Hôtel d’Harcourt (découverts au moment de l’élargissement de la rue Du-Sommerard et détruits en 1852), etc.
Une « rivalité entre la Préfecture (Haussmann depuis 1853) et le Ministère de l’instruction publique, concrétisée par la création, à la Préfecture, d’un “Service du plan” de la Ville de Paris »[3] fut également l'origine de l'amputation du sommaire initial : le plan ne put être donné dans la Statistique puisque, de manière cavalière, Adolphe Berty, ancien assistant de Lenoir pour le plan archéologique de la Ville, l'avait accaparé et avait commencé sa publication dès 1866 dans une Topographie du vieux Paris en 6 volumes (de 1866 à 1897) (collection “Histoire générale de Paris” publiée par la Ville de Paris). Dépité, meurtri, Lenoir ne peut que le constater dans le 3e tome de la Statistique : « La Statistique a donc été réduite, pour ce qui concerne la topographie à deux plans peu étendus. » (rapporté par Froissart, 2012, p. 134)