Strophe spensérienne

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Edmund Spenser

La strophe spensérienne est une strophe inventée par Edmund Spenser pour son poème épique La Reine des fées (The Faerie Queene), écrit entre 1590 et 1596. Elle est composée de huit pentamètres iambiques et d'un alexandrin final (un hexamètre iambique) selon un schéma de rimes croisées : ABAB BCBC C.

Ce schéma dérive d'une octave aux rimes disposées en ABABBCBC, appelé ottava rima en Italie, qui comprend huit hendécasyllabes et a été surtout utilisée par Le Tasse et L'Arioste[1]. En France, Marot s'en est également servi[2], et en Angleterre, Chaucer a repris dans Le Conte du Moine et Complaint unto Pity la rime royale[3] qui lui ressemble, mais avec sept décasyllabes et une séquence de rimes en ABABBCC ; Shakespeare a lui aussi employé ce schéma dans Le Viol de Lucrèce[4], et Spenser lui-même l'a inauguré dans son églogue du Shepheardes Calender (Le Calendrier du berger), VI, June (juin), puis repris dans la strophe L'Automne de son Cortège des saisons (voir Les Saisons)[5].

Originalité

George Gascoigne, 1576.

L'innovation qui lui donne son originalité consiste dans l'adjonction d'un alexandrin final rimant avec le dernier pentamètre. Cette idée a peut-être été donnée à Spenser par George Gascoigne qui venait d'utiliser l'alexandrin final dans Plaisirs princiers de Kenilworth (The Princely Pleasures at the Courte at Kenelworth) (1576)[5].

La strophe débute par des vers à rimes alternées ; la rime plate apparaît au cinquième vers, alors qu'une pause ou un tournant de pensée se forme après le quatrième ou le cinquième vers, que cette rime plate vient souligner en marquant la fin de la première partie ou en unissant cette dernière à la seconde. Ensuite se succèdent à nouveau les rimes alternées jusqu'à la conclusion, à la fois marquée par une nouvelle rime plate et l'effet de ritardando final produit par l'alexandrin. Ce vers apparaît comme le plus saillant de la strophe : il la détache plus que ne le fait la disposition des rimes, sans cependant en faire une unité aussi distincte qu'un sonnet[5]. De plus, c'est lui qui fait sentir la succession incessante et, par son retour régulier, crée un effet de berceuse dans le monde créé par le poète[6].

Michel Poirier tire la conclusion de l'usage fait par Spenser de la strophe spensérienne[5] :

« Si un grand poète est celui qui sait créer ou choisir un moyen d'expression approprié à son thème, qui sait allier à la régularité du rythme et de la rime la véritable mélodie que peuvent produire les mots assemblés en un certain ordre, on ne saurait contester à Spenser la place qu'il occupe parmi les plus éminents. »

Jugements et usage

Notes et références

Annexes

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