Style herméneutique

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Une charte rédigée en style herméneutique par le scribe Æthelstan A en 931.

Le style herméneutique est une forme de latin employée durant l'Antiquité tardive et le Haut Moyen Âge qui se caractérise par l'utilisation de termes rares et obscurs, d'archaïsmes et de néologismes, en grande partie issus du grec ancien. Son nom ne fait pas référence à la discipline de l'herméneutique, mais aux Hermeneumata Pseudodositheana, des glossaires latin-grec du IIIe siècle.

Il trouve ses origines dans les Métamorphoses d'Apulée et se retrouve chez certains écrivains romains tardifs. Au Moyen Âge, il est particulièrement populaire en Angleterre, d'abord dans les écrits d'Aldhelm au VIIe siècle, puis durant la période de la réforme bénédictine anglaise, à la fin du Xe siècle. Il tombe en désuétude après la conquête normande.

En 1953, l'universitaire britannique Alistair Campbell définit ce qu'il considère comme les deux grands courants du latin médiéval employé dans l'Angleterre anglo-saxonne. Le premier, qu'il décrit comme « classique », est illustré par les écrits du moine northumbrien Bède le Vénérable, alors que le second est principalement influencé par ceux de l'évêque Aldhelm de Sherborne. Ce second style se caractérise par le recours fréquent à un vocabulaire rare, dont des mots grecs piochés dans des glossaires dits « herméneutiques[1] ». Andy Orchard souligne la grande différence entre la prose « limpide et directe » de Bède, dont le vocabulaire et la syntaxe proviennent principalement de la Bible, et le style « très recherché et fleuri » d'Aldhelm, qui puise davantage dans la poésie latine de l'Antiquité[2]. Aldhelm est le plus grand érudit que connaisse l'Angleterre dans les quatre siècles qui suivent sa christianisation, avec une connaissance approfondie de la poésie latine dont ne dispose pas Bède, par exemple. Son style d'écriture reste très influent au cours des deux siècles après sa mort, en 709 ou 710, ainsi qu'à la fin de la période anglo-saxonne[3],[2].

En 1975, Michael Lapidge développe la typologie proposée par Campbell dans un article sur ce qu'il appelle le « style herméneutique ». Bien qu'il ne soit pas entièrement satisfait de ce terme, qui implique que le vocabulaire grec employé par ses utilisateurs provient essentiellement des Hermeneumata Pseudodositheana, il le reprend car il considère qu'il est entré dans l'usage académique[4]. Plusieurs universitaires expriment à leur tour leur mécontentement vis-à-vis de ce terme par la suite, comme Jane Stevenson et Rebecca Stephenson. Cette dernière souligne notamment le risque de confusion avec la discipline de l'herméneutique et que le lien avec les Hermeneumata n'est en réalité pas fondé[5],[6]. Certains chercheurs plus anciens utilisaient le terme « hispérique » pour décrire le latin herméneutique d'Aldhelm, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui pour ne pas donner à tort l'impression que ce style est d'origine irlandaise. Cet adjectif n'est plus employé que pour décrire spécifiquement le latin irlandais de textes comme les Hisperica Famina[7],[8],[9].

Dans son article de 1975, Lapidge écrit :

« Par « herméneutique », j'entends un style dont la caractéristique la plus frappante est un défilé ostentatoire de vocabulaire rare, souvent très obscur et d'apparence érudite. Dans la littérature latine médiévale, ce vocabulaire relève de trois grandes catégories : (1) des archaïsmes, des mots tombés en désuétude à l'époque du latin classique et ressortis de l'oubli par les auteurs médiévaux qui les ont trouvés chez les grammairiens, ou chez Térence et Plaute ; (2) des néologismes ou de nouvelles formations ; (3) des emprunts[4]. »

Histoire

Références

Bibliographie

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