Synagogue de Cassel (1839-1938)
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La synagogue de Cassel, inaugurée en 1839, a été pillée par les nazis en 1938, deux jours avant la nuit de Cristal où la plupart des lieux de culte juif d'Allemagne furent incendiés. La synagogue a été démolie dans les jours qui suivirent sur instruction de la municipalité.
Cassel est une ville allemande du Land de Hesse, sur la rivière Fulda. Elle compte actuellement un peu moins de 200 000 habitants.
Du Moyen Âge au XVIIIe siècle
Une communauté juive existe à Cassel depuis le Moyen Âge. En 1262, il y a déjà une Judengasse (ruelle aux Juifs), ce qui tend à prouver qu'il y avait des Juifs depuis au moins la première partie du XIIIe siècle. En 1293, une Juive, Rechelin (Rachel), est désignée comme propriétaire antérieure et habitante d'une maison.
Lors des massacres pendant la peste noire de 1348/1349, la communauté juive est anéantie. En 1360, on signale à Francfort un Juif, Joseph de Cassel, qui est probablement un des rares survivants des massacres. À partir de 1368, des Juifs sont de nouveau mentionnés à Cassel et en 1398, il existe une communauté juive avec une synagogue (Judenschule).
Au XVe siècle, une Judengasse est mentionnée dans des documents de 1455 et de 1486, à la périphérie de la ville, entre les berges de la Fulda et le monastère Ahnaberg. Plus tard, les Juifs ont habité dans la ruelle Hinter dem Judenbrunnen (derrière la fontaine des Juifs). En 1513, Maître Falke contribue à la construction d'un pont local et en 1520, il paie une rente pour l'entretien du cimetière, comme le fera sa veuve en 1526. Le Landgrave Philippe Ier de Hesse expulse les Juifs en 1524, mais accepte l'installation en 1530, pour une durée de dix ans, du Juif de cour Michel Jud de Derenbourg. En 1532, il édicte une loi de tolérance pour les Juifs, qui sera élargie en 1539. Seuls quelque Juifs sont autorisés à s'installer à Cassel, un docteur et plusieurs tisseurs de soie. En 1602, le Juif de cour Hayum est nommé maître-monnayeur.
En 1622, Cassel possède le premier Judenlandtag (parlement des Juifs) du landgraviat de Hesse-Cassel.
Pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648), les Juifs sont expulsés de Cassel, cependant le Juif de cour Benedikt Goldschmidt (de) reçoit une autorisation de résidence en 1635, étendue en 1647 pour y inclure ses deux fils. De 1650 à 1715, des offices privés se tiennent dans la maison des Goldschmidt, conduits par le rabbin du village voisin de Brettenhausen, actuellement partie de Cassel, où un cimetière est ouvert en 1621.
Au XVIIe siècle, on compte en ville : en 1605, deux familles juives ; en 1620, 10 ; en 1632, 12 et de 1646 aux environs de 1700, 3 familles. En raison du petit nombre de Juifs à Cassel dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le siège du rabbinat du landgraviat est transféré de 1656 à 1772 à Witzenhausen, avant de revenir à Cassel.
La situation juridique des habitants juifs de la ville s'améliore progressivement à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après 1767, les familles juives sont autorisées à s'installer sur l'ensemble du territoire de la ville. Quelques riches Juifs de cour (fournisseurs de la cour, banquiers de la cour ou joailliers de la cour) peuvent désormais acheter des maisons, mais la majorité les louent et ouvrent des boutiques pour exercer leur commerce. Le nombre de familles juives grimpe alors rapidement, passant de 12 familles en 1726 à 18 en 1744 et déjà 50 familles à la fin du XVIIIe siècle.
Du XIXe siècle à l'avènement du nazisme
En décembre 1807, Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon devient roi de Westphalie et prend Cassel comme capitale du royaume. Le statut juridique et civique des Juifs s'améliore: le décret du , donne la liberté et l'égalité aux Juifs dans tout le royaume, abolit la Schutzgeld (argent de protection). et les oblige à prendre un nom de famille:
« Décret royal no 30 du : la taxe payée par les Juifs est abolie. Nous Hieronymus Napoléon, par la grâce de Dieu et par la constitution, Roi de Westphalie, prince français, [..] avons, après examen des 10e et 15e articles de la constitution du , ordonné et ordonnons ce qui suit:
Article 1: nos sujets qui sont dévoués à la religion mosaïque, doivent, dans nos États, jouir des mêmes droits et libertés que nos autres sujets.
Article 2: Ces Juifs, qui sans être nos sujets, voyagent par notre royaume ou s'y arrêtent, doivent recevoir les mêmes droits et libertés que ceux accordés à tout autre étranger. »
De 1808 à 1813, le Consistoire juif du Royaume de Westphalie se réunit à Cassel, sous la présidence d'Israel Jacobsohn et de R. Loeb Mayer Berliner. Le consistoire modernise l'éducation religieuse, publie le premier périodique juif en allemand (Sulamit) et introduit des modifications dans les offices, anticipant celles du judaïsme réformé. Sous le règne de Jérome Bonaparte, la population juive passe de 55 familles en 1806 à 203 en 1812.
En 1813, après la défaite de Napoléon, et le retour du Landgrave Guillaume IX de Hesse (1743-1821), le futur prince-électeur Guillaume Ier, le consistoire est aboli et l'égalité civique des Juifs est révoquée, mais leurs conditions dans l'état de Hesse restent nettement plus libérales que dans les autres états: en 1816, les droits civiques sont de nouveau attribués aux Juifs et en 1833, l'émancipation pleine leur est accordée. 59 hommes juifs de la région de Cassel, dont 11 de la ville de Cassel, participent aux guerres de libération de 1813-1814. Des Juifs de Cassel prennent également part à la guerre franco-allemande de 1870.
Au XIXe siècle, le nombre de résidents juifs croit fortement avec l'arrivée en ville de familles provenant de petites communautés rurales: il y a 1 870 Juifs en 1835 et environ 3 000 en 1875. De nombreuses associations juives principalement à vocation charitable voient le jour, entre autres: la Israelitische Krankenpflegeverein (Association israélite d'aide aux malades ) fondée en 1878, la Israelitische Frauenverein (Association des femmes juives ) fondée en 1811, la Verein für Israelitische Armenpflege (Association pour l'assistance aux israélites nécessiteux ) fondée en 1878, la Ferienkolonie (Colonie de vacances) de la loge Sinai-Loge UOBB, fondée en 1888, la Israelitische Brüderschaft Chewras Gemiluth Chasodim (Fraternité israélite du dernier devoir), fondée en 1874, la Bikkur Cholim-Verein (Association de visite aux malades), fondée en 1925, la Reichsbund Jüdischer Frontsoldaten (Fédération des soldats juifs du front), la Zionistische Vereinigung (Association sioniste). L'Organisation sioniste allemande organise sa XVIIIe conférence à Cassel en 1922.
En 1905, 2 445 Juifs vivent à Cassel et 2 750 en 1925 soit 1,62 % de la population totale.
Jusqu'à les années 1930, l'Association des femmes israélites possède une maison de retraite juive, un orphelinat juif et une crèche. En plus de nombreux Juifs de Cassel sont membres d'associations municipales de la ville, comme les clubs sportifs ou les comités des fêtes.
Jusqu'au début du XIXe siècle, la grande majorité des familles juives vivent du commerce de marchandises diverses. Vers le milieu du XIXe siècle, la structure professionnelle de la communauté juive change, de nombreux jeunes Juifs apprennent l'artisanat ou s'inscrivent à l'université. En 1840, sur les 20 banquiers exerçant à Cassel, 15 sont juifs. Au milieu du XIXe siècle, on trouve à Cassel des ingénieurs, des docteurs, des avocats, des enseignants juifs, mais aussi des hôteliers et des restaurateurs juifs. De nombreuses sociétés industrielles sont créées par des entrepreneurs juifs et un grand nombre d'entreprises commerciales ou industrielles, emploient des hommes d'affaires juifs.
Pendant la Première Guerre mondiale, 62 soldats juifs de Cassel sont tués.
Après 1772, le siège du rabbinat du Land (rabbinat provincial) s'installe de nouveau à Cassel. De nombreux rabbins éminents vont occuper le poste: Philipp Roman, Lazarus Adler (de), Isaak Prager, Max Doctor, Gotthilf Walter et encore de 1936 à 1939 Robert Raphael Geis (de).
Les enfants juifs fréquentent soit l'école publique locale, soit l'école primaire juive. En 1933, cette école est fréquentée par 176 enfants.
La période nazie
En 1933, à l'arrivée au pouvoir des nazis, la population juive de Cassel se monte à 2 301 personnes représentant 1,31 pour cent de la population de la ville. Dès le début de 1933, des actions violentes sont exercées contre les Juifs. Le , l'avocat Max Plaut est brutalisé par des nazis de Cassel. Il meurt dix jours plus tard des suites de ses blessures. Le boycott des entreprises juives est réclamé dès 1930 par le journal nazi Hessische Volkswacht. Après un discours de Julius Streicher à la salle municipale de Cassel, le , de nombreux magasins appartenant à des Juifs sont saccagés. De 1936 à 1938, la majorité des entreprises juives sont obligées de fermer ou sont aryanisées.
Lors de la nuit de Cristal, du au , la synagogue est vandalisée et démolie peu après et les magasins appartenant encore à des Juifs sont pillés. Plus de 250 hommes juifs, dont le rabbin sont arrêtés et envoyés au camp de concentration de Buchenwald, où ils seront détenus pendant plusieurs semaines. Les années suivantes, les Juifs qui vivent encore à Cassel sont privés de leurs droits civiques. En 1940, environ 1 300 Juifs vivent encore à Cassel. À la suite des déportations, de fin 1941 à début 1945, Cassel est considéré Judenfrei (vide de Juifs): 460 Juifs ont été déportés à Riga en 1941, 99 à Majdanek en 1942 et 323 à Theresienstadt la même année. Le livre mémorial Namen und Schicksale der Juden Kassels 1933-1945 (Noms et destins des Juifs de Cassel – 1933-1945) énumère les noms de 1 007 habitants juifs assassinés.
Personnalités juives de Cassel
- Ludwig Mond (1839-1909), chimiste et industriel, qui s'établira en 1880 en Angleterre.
- Salomon Hermann Mosenthal (1821-1877), écrivain, dramaturge et poète, auteur de plusieurs librettos.
- Sara Nussbaum (1868-1956), internée au camp de concentration de Theresienstadt, se porte volontaire comme infirmière au pavillon des malades du typhus. Elle est la première femme citoyen d'honneur de la ville de Cassel en 1956.
- Albrecht Rosengarten (1809-1893), architecte spécialisé dans la construction de synagogues, dont celle de Cassel,
- Franz Rosenzweig (1886-1929), philosophe et théologien juif, spécialiste du messianisme.
Les rabbins de Cassel de 1779 à 1939
De 1625 jusqu'à après la guerre de trente ans (1656 à 1772), le siège du rabbinat du Land est situé à Witzenhausen. En 1772, le siège est transféré à Cassel. En 1779, le parlement juif réunit à Melsungen, nomme Josef-Moses Hess, comme premier rabbin du Land à Cassel.
- De 1779 à 1793 : rabbin Josef-Moses Hess ou Josef-Moses Kugelmann (né à Meimbressen, décédé à Cassel en 1793). Il est depuis 1762 Dayan (juge du tribunal rabbinique: Beth din) de Fürth, puis président du rabbinat de cette ville. Il est rabbin du Landgraviat de Hesse-Cassel à partir de 1779 et directeur d'une Yechiva (école talmudique).
- De 1795 à 1814 : rabbin Löb Berlin (né en 1737 à Fürth, décédé à Cassel en 1814). Après des études à Fürth et Halberstadt, il est Dayan de Fürth en 1782 et rabbin de Baiersdorf. En 1789, il est nommé rabbin de Bamberg et en 1795 rabbin du Land de Hesse-Cassel. De 1808 à 1813, il est doyen des trois grands-rabbins du consistoire de Westphalie.
- De 1814 à 1829 : rabbin Samuel Josaphat (né en 1768 à Witzenhausen, décédé à Cassel en 1829). Après des études à Metz, il est nommé rabbin de Witzenhausen. En 1814, après l'abolition du consistoire, il devient Dayan et rabbin provisoire de la ville de Cassel, puis rabbin provincial et rabbin du Land.
- De 1829 à 1830 : rabbin Gerson Josaphat (né en 1808 à Cassel, décédé en 1883 à Halberstadt) comme administrateur. Il est le fils du rabbin Samuel Josaphat. Après des études à Mannheim, il est nommé administrateur du rabbinat à Cassel, poste qu'il quitte pour étudier à Bonn puis à Marbourg. En 1836, il est rabbin de Yechiva et professeur de Talmud à Halberstadt.
- De 1836 à 1842 : rabbin Philipp Roman (né en 1810 à Heidingsfeld, décédé en 1842 à Cassel). Il étudie à Wurtzbourg et est nommé en 1836 rabbin de la communauté de Cassel, rabbin provincial pour la Basse-Hesse et rabbin du Land à titre provisoire. Il devient officiellement l'année suivante rabbin du Land.
- De 1842 à 1852, des différends entre les groupes juifs libéraux et traditionnels ne permettent pas de désigner de rabbin du Land.

- De 1852 à 1884 : Rabbin Lazarus Levi Adler (de) (né en 1810 à Unsleben, décédé en 1886 à Wiesbaden). Fils du rabbin et Dayan Naphtali-Hirsch Adler, il étudie à Gelnhausen et Wurtzbourg, puis à Munich et obtient un doctorat à Erlangen. Il devient alors assistant de son père à Unsleben, puis en 1840 rabbin de district à Bad Kissingen. Il est nommé rabbin du Land à Cassel en 1852, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1884.
- De 1885 à 1905 : rabbin Isaak Prager (né en 1847 ou 1849 à Lendzin en Haute-Silésie, décédé en 1905 à Cassel). Il étudie à Breslau et est depuis 1877 directeur de l'école religieuse de Hanovre et depuis 1880 directeur de la LBA (École de formation permanente des enseignants) de Hanovre. Il est rabbin du Land à Cassel de 1885 à 1905.
- De 1906 à 1918 : rabbin Max Doctor (né en 1870 à Zülz (Biala) en Haute-Silésie, décédé en 1918 à Cassel). Après des études à Breslau, il y enseigne à partir de 1894, avant d'être nommé en 1899 rabbin remplaçant de la synagogue à la Cigogne Blanche et professeur de religion. En 1900, il devient rabbin de district à Bruchsal, puis en , rabbin du Land à Cassel.
- De 1919 à 1936 : rabbin Gotthilf Walter (né en 1867 à Lobsenz, province de Posnanie, décédé en 1942 à Berlin). Après des études à Breslau et Berlin et un doctorat obtenu à Leipzig, il est nommé en 1890 rabbin libéral de Bromberg. Il devient rabbin du Land à Cassel en 1919 jusqu'à sa retraite en 1936 qu'il passe à Berlin.
- 1935, rabbin suppléant : Salomon Herbst (né en 1912 à Krefeld). Il étudie à Breslau, avant d'être nommé rabbin suppléant à Cassel, puis en 1936-1937, rabbin de Stolp en Poméranie. Il émigre en 1938 aux États-Unis.
- 1936, rabbin intérimaire : Heinrich Levi Bassfreund (né en 1886 à Tarnowitz et décédé à Petah Tikva en Israël). Fils du grand-rabbin de Trèves, Jakob Bassfreund, il étudie de 1904 à 1911 à Berlin. En 1911, il est rabbin de Pinne (Pniewy) en Posnanie, puis en 1917 de Pless en Haute-Silésie et en 1918 rabbin militaire. Il obtient son doctorat à Giessen en 1920 et occupe de 1923 à 1938 le poste de rabbin de district à Eschwege. En 1936, il est nommé rabbin provincial intérimaire de Cassel. En 1938, il émigre en Palestine où il est rabbin de la communauté Meqor Hyaim.
- De 1937 à 1939 : rabbin professeur Robert Raphael Geis (de) (né en 1906 à Francfort-sur-le-Main, décédé en 1972 à Baden-Baden). Après des études à Berlin, Breslau et Cologne, il est nommé en 1932, second rabbin de Munich, chargé de la jeunesse. De 1934 à 1937, il est rabbin de la ville de Mannheim et de 1937 à 1939, rabbin de la communauté de Cassel, rabbin du Land et grand-rabbin de Hesse. Lors de la nuit de Cristal en , il est arrêté et déporté au camp de concentration de Buchenwald. En 1939, il émigre en Palestine et exerce de 1939 à 1946 comme professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem. De 1946 à 1952, il est rabbin de la communauté émigrée à Amsterdam, puis de 1952 à 1956, rabbin du Land à Baden (Frankfort) et professeur à l'Université de Fribourg. Il finit sa vie en s'installant à Baden-Baden.



