Synagogue de Turin
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Enrico Petiti (d) |
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La synagogue de Turin, située place Primo Levi, anciennement via Pie V, dans le quartier San Salvario, à proximité de la gare de Turin-Porta-Nuova, a été inaugurée en 1884, gravement endommagée lors des bombardements de 1942, et reconstruite en 1949. C'est le principal lieu de culte de la communauté juive de Turin.
XVe et XVIe siècles : les débuts de la communauté
En 1424, un petit groupe de Juifs s'installe à Turin, beaucoup plus tardivement que dans d'autres villes du Piémont. La présence de la population juive est attestée dans le quartier de l'Université où se trouvaient un cimetière juif et une boucherie cachère. Les Statuta Sabaudiæ de 1430 poursuivent les différentes dispositions prises à l'égard des juifs en 1403[1], voire les précises à travers seize articles[2],[3]. Par exemple, les Juifs doivent s'installer dans des quartiers spécifiques (article 5), porter un signe distinctif[3],[4], posséder des boucheries éloignées des boucheries chrétiennes[1] ou encore porter un signe distinctif jaune, mais instaurent la liberté religieuse et les Chrétiens ont l'interdiction de les frapper ou de les insulter. Bien que les Juifs soient obligés de vivre dans un quartier séparé du reste de la population chrétienne, cette disposition ne sera pas appliquée strictement pendant plus de 200 ans. Par contre, il leur est interdit de construire de nouvelles synagogues.
Venant des régions côtières du sud de la France, de la Provence, et par des itinéraires plus complexes d'Allemagne, des groupes assez denses de Juifs débarquent au Piémont, à la recherche de sécurité, de stabilité et de possibilités de développement économique.
La condition des Juifs est encore très liée à la politique de renforcement et de centralisation menée par le duché de Savoie afin de devenir un état moderne: leur situation passe par des hauts et des bas, les condotte (autorisation de séjour et de travail) sont accordés puis révoqués, les communautés passent rapidement de l'aisance économique à une pauvreté diffuse, et leurs activités varient du grand commerce à de petits trafics ambulants.
La Contre-Réforme marque également une nette détérioration de la situation des Juifs dans le Piémont.
XVIIe et XVIIIe siècles : le temps du ghetto
En 1679, en conformité avec ce qui se passe ailleurs en Italie depuis maintenant plus d'un siècle (Venise en 1516, Rome en 1555, Florence en 1571), Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie, régente pour son fils Victor-Amédée II, décrète que tous les Juifs habitant Turin doivent s'installer dans l'ancien hôpital de la Charité dans le quartier San Philippe (aujourd'hui via Maria Vittoria), derrière le Palais du Prince Carignano (maintenant via Bogino), derrière San Philippe (aujourd'hui via Principe Amedeo), et limité par la via San Francesco di Paola. Le premier ghetto piémontais est établi. D'autres ghettos seront imposés dans les petites villes du Piémont où réside une petite communauté juive à partir de 1723. Dès 1682, sur décision du nouveau duc, les Juifs turinois ont dorénavant la stricte obligation d'y résider, et chaque soir, les portes du ghetto sont fermées.. Le vecchio ghetto (Vieux ghetto) comprend cinq cours, reliées entre elles par des passages couverts. Il y a en tout 527 chambres et des magasins situés au rez-de-chaussée. La porte principale du ghetto est située 5 via Maria Vittoria. Dans le ghetto on trouve une synagogue de rite italien, une autre de rite espagnol, une école et en sous-sol un Mikvé (bain rituel). En 1723, devenu roi après la guerre de Succession d'Espagne, Victor Amédée II dans ses Regie Costituzioni (Constitutions royales) confirme et accentue les règles rigides appliquées à la communauté juive piémontaise. La situation socio-économique des Juifs baisse progressivement conduisant une grande partie de la population juive à un état de misère dans la première moitié du XVIIIe siècle. En raison de l'augmentation de la population juive, les bâtiments de San Benedetto sont ajoutés, formant le Ghetto nuovo avec une porte d'entrée au 2 via Luigi des Ambrois. Dans ce nouveau ghetto se situe une synagogue de rite allemand.
Le XIXe siècle : l'émancipation
La Révolution française en 1798-1799, puis l'occupation napoléonienne (1800-1814) apportent une égalité temporaire à la minorité juive, et les portes du ghetto sont enlevées. Mais en 1814, elles sont reposées à la Restauration, après le congrès de Vienne, avec le retour sur le trône de Victor-Emmanuel, pour n'être ôtées de façon définitive qu'en 1848.
En , le Grand-rabbin de Turin, Lelio Cantoni, remet au roi Charles-Albert de Savoie un memorandum Memoriale presentato dal Rabbino Maggiore di Torino Lelio Cantoni a S. M. il Re Carlo Alberto, demandant l'octroi d'une plus grande liberté pour la minorité juive, en plaçant tous ses espoirs dans la magnanimité du roi, et accompagnant sa lettre d'une description de la situation des Juifs, qui non seulement ont des difficultés à professer librement leur foi, mais sont aussi contraints de vivre dans le ghetto, et ont l'interdiction de s'inscrire dans les écoles, à l'université ou de s'enrôler dans l'armée. Les attentes du rabbin sont rapidement prises en compte: par décrets du 29 mars, du 15 avril et du , Charles-Albert, dans le statut albertin, accorde aux Juifs l'égalité complète des droits religieux et civils. Après 1848, avec l'émancipation, la communauté juive projette la construction d'une nouvelle synagogue: La construction de la Mole, trop onéreuse est arrêtée et le bâtiment est cédé à la ville en 1875 en échange d'un terrain pour construire une synagogue de dimension plus raisonnable.
Turin dans les années 1850 est la capitale du royaume de Sardaigne et un centre commercial et financier en forte croissance. Les Juifs vont jouer un rôle important dans la vie de la société environnante, sur le plan tant économique que politique ou culturel et s'engager dans le processus d'émergence du Risorgimento, abandonnant progressivement leurs traditions et le strict respect des préceptes religieux: le judaïsme piémontais s'émancipe et devient de plus en plus urbanisé. De nombreux intellectuels juifs, comme le médecin et criminologue Cesare Lombroso (1835-1909), fortement imbus des principes du positivisme, apportent leur contribution à la culture scientifique.
Le XXe siècle : le fascisme et la Shoah
Dans les premières années du XXe siècle, la communauté juive de Turin atteint un maximum de 4 000 membres, représentant environ un pour cent de la population totale. Même si le nombre moyen d'enfants par famille s'est réduit de manière significative depuis le début du XIXe siècle, l'immigration continue de l'extérieur, principalement des petites et moyennes communautés du Piémont, a entraîné une augmentation de la population juive tout au cours du XIXe siècle.
La très grande majorité des Juifs appartient à la classe moyenne, avec peu de pauvres et quelques grosses fortunes. Parmi les familles très riches, on trouve des banquiers, comme les Fubini ou les Falco, des commerçants, des industriels dans le domaine de la construction, de l'industrie textile, ou dans l'industrie naissante du cinéma, mais aussi des antiquaires et des collectionneurs d'art comme les Bolaffi et leurs collections de timbres.
Il y a aussi un nombre important de commerçants, de petites et moyennes entreprises et des artisans, dont beaucoup travaillent en employant d'autres Juifs, démontrant ainsi la persistance des relations de solidarité au sein de la communauté. De nombreux hommes et femmes travaillent dans l'administration, les écoles, les universités, l'armée ou dans le journalisme ou exercent des professions libérales. D'autre part le niveau scolaire plus élevé que la moyenne de la population, permet une meilleure intégration.
À l'arrivée du fascisme, la communauté juive se divise: une partie de la jeunesse va se diriger vers la lutte contre le fascisme et le progrès social, tandis que les notables affichent leur soutien au régime. En 1934, quelques jeunes Juifs turinois adhérents au mouvement Giustizia e Libertà (Justice et Liberté) sont arrêtés et non seulement accusés d'activité contraire au régime, mais présentés comme « la pointe émergente de l'hostilité irréductible au fascisme du monde juif dans son ensemble ». Immédiatement un petit groupe de notables de la communauté fait paraitre dans le nouveau périodique Nostra Bandiera (Notre Drapeau), revue de quelques Juifs fascisants et violemment antisionistes, un article confirmant « la fidélité absolue des israélites au fascisme et à son chef[5] ».
Le , le recensement fasciste donne pour Turin entre 3 600 et 3 700 Juifs, soit 0,532 pour cent de la population totale de la ville, comparé au 0,112 pour cent pour toute l'Italie. 97 pour cent des Juifs du Piémont vivent à Turin, contre un pourcentage de 55 pour cent pour les non-juifs.
Entre la fin de l'été et l'automne 1938, plusieurs décrets signés par le chef du gouvernement Benito Mussolini et promulgués par le roi Victor-Emmanuel III, légitiment une vision raciste de la « question juive ». L'ensemble de ces décrets et documents cités constituent l'ensemble des Leggi razziali (lois raciales). Les Juifs sont chassés de nombreuses professions, de l'administration, des banques, des écoles, des universités, de l'armée. À Turin, de nombreux Juifs sont licenciés des usines automobiles avec l'approbation de l'Union industrielle de Turin et des syndicats. Leurs biens sont spoliés et leurs appartements confisqués par l'Egeli (Ente gestione e liquidazione immobiliare - Organisme de gestion et de liquidation immobilières) et gérés par la banque San Paolo.
Ces lois justifient le déclenchement d'une violente campagne antisémite dans les journaux turinois, la Gazzetta del Popolo et La Stampa, du groupe Fiat.
Après l'entrée en guerre de l'Italie, pour compenser le manque de main-d'œuvre, le gouvernement impose en mai 1942 le travail obligatoire aux Juifs. On voit alors des intellectuels exercer des travaux manuels pénibles sous l'indifférence générale de la foule.
Après la capitulation de l'armée italienne le , les troupes allemandes envahissent le nord de l'Italie et y installe Mussolini le à la tête de la République sociale italienne (RSI), également appelée République de Salò. Dès leur entrée en Italie, les Allemands commencent les rafles des Juifs et leur déportation vers les camps d'extermination de l'Europe de l'Est.
Au Piémont, de nombreux Juifs tentent de fuir et essayent de rejoindre le sud de l'Italie ou de passer en Suisse, ou tâchent de se cacher dans les villages avoisinants chez des personnes de confiance. Certains n'auront pas de chance, comme ce groupe de 46 Juifs dénoncé par la milice du RSI qui seront livrés aux Allemands et fusillés sur la rive occidentale du lac Majeur ou dans la ville de Novare entre la mi-septembre et le début . Les plus jeunes rejoignent la Résistance. À Turin, la résistance au fascisme est plus forte que dans le reste de l'Italie et la participation des Juifs dans la lutte partisane beaucoup plus importante.
Le nombre de Juifs arrêtés à Turin, déportés et assassinés entre 1943 et 1945 est de 246, auxquels on doit rajouter les 140 personnes habitant à Turin avant la guerre et qui s'étaient réfugiées dans d'autres régions de l'Italie[5].
De nos jours
Actuellement, avec plus de mille membres, la communauté juive de Turin est la plus grande communauté du Piémont et la troisième d'Italie après celle de Rome et de Milan. Elle est très active et a absorbé au cours des ans les modestes communautés d'Alexandrie, d'Asti, d'Acqui, de Carmagnole, de Cherasco, de Chieri, de Coni, d'Ivrée, de Mondovi, de Saluces, de Fossano et de Savillan. Ces villes possédaient autrefois de petites communautés dynamiques, mais leur population juive, qui avait déjà fortement diminué avant la Seconde Guerre mondiale en raison d'une importante émigration interne, surtout des jeunes, vers les grandes villes, principalement de Turin et de Milan, a en grande partie été arrêtée, déportée vers les camps de la mort et massacrée par les nazis.
Dans le vieux ghetto de Turin, on trouve encore le Centre communautaire juif qui abrite deux synagogues, une bibliothèque, un centre d'action sociale, une école et une maison pour personnes âgées.



