Syndrome de Kessler

réaction en chaîne multipliant la quantité de débris spatiaux From Wikipedia, the free encyclopedia

Le syndrome de Kessler est un scénario envisagé en 1978 par le consultant de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) Donald J. Kessler, dans lequel le volume des débris spatiaux en orbite basse dû à la pollution spatiale atteint un seuil au-dessus duquel les objets en orbite sont fréquemment heurtés par des débris, et se brisent en plusieurs morceaux, augmentant du même coup et de façon exponentielle le nombre des débris et la probabilité des impacts. Au-delà d'un certain seuil, un tel scénario rendrait quasi impossible l'exploration spatiale et même l'utilisation des satellites artificiels pour plusieurs générations[1].

Populations de débris spatiaux vues de l'extérieur de l'orbite géosynchrone (GSO). Il y a deux champs de débris primaires : l'anneau d'objets en GSO et le nuage d'objets en orbite terrestre basse (OTB).

Description du processus aboutissant au scénario de Kessler

Le syndrome de Kessler est un exemple de réaction en chaîne. Les vitesses relatives des objets en orbite peuvent dépasser 10 km/s. Tout impact à de telles vitesses entre deux objets de taille appréciable (quelques centimètres ou décimètres) crée un nuage de débris spatiaux aux trajectoires aléatoires, dispersant l'énergie cinétique de la collision, qui sont autant de projectiles susceptibles de provoquer d'autres collisions. Lors d'une collision majeure mettant en cause un engin spatial de taille notable comme la station spatiale internationale (ISS), la quantité de débris pourrait déclencher de nouvelles collisions en cascade rendant l'orbite basse impraticable.

Historique

Donald J. Kessler est un scientifique de la NASA qui utilise dans les années 1970 un modèle d'évolution de la ceinture d'astéroïdes pour déterminer le comportement futur des débris spatiaux, recensés dans la base tenue par le NORAD. En 1978, il démontre que ce modèle était applicable aux débris spatiaux et que des collisions en chaîne étaient susceptibles de se produire sur l'orbite terrestre basse d'ici quelques décennies[2],[3].

En 1991, Kessler publie un nouvel article qui exploite les éléments fournis par une étude effectuée par l'armée de l'air américaine sur les conséquences d'une collision entre un débris spatial et un satellite ou un autre débris spatial[4]. Il conclut qu'au-delà d'un certain seuil de densité des débris spatiaux présents sur l'orbite basse, le nettoyage de celle-ci par le freinage induit par l'atmosphère résiduelle ne serait plus suffisant, ce qui entrainerait une augmentation du nombre de débris et aboutirait à une réaction en chaîne. Les collisions successives réduiraient tous les engins spatiaux présents sur cette orbite à des débris de quelques centimètres de diamètre et rendrait toute activité spatiale future dangereuse[5]. Ce processus reçoit à cette époque le nom de « syndrome de Kessler »[3].

En 2009, Kessler indique qu'une activité spatiale sauvage, développée sans que des garde-fous soient préalablement mis en place, pourrait accélérer le déclenchement de collisions en chaîne et rendre l'espace très dangereux pour les futurs engins spatiaux. Il cite, parmi les activités spatiales les plus dangereuses, le déploiement de constellations de satellites de grande taille (envisagées au milieu des années 1980 dans le cadre du programme Initiative de défense stratégique), le déploiement de structures de grande taille comme des stations de production d'énergie solaire et les tests anti-satellites[3].

État des lieux

Sur l'orbite basse (200 à 600 km), où la densité des débris spatiaux générés est la plus élevée (occupée par nombre de satellites et des étages supérieurs de fusée), l'atmosphère résiduelle freine les débris et provoque une rentrée relativement rapide dans l'atmosphère. Aussi les orbites les plus denses en débris spatiaux sont-elles comprises entre 800 et 1 200 km[6]. Or, la probabilité de collision est directement liée au nombre de satellites circulant sur une orbite donnée et ce nombre est en très forte croissance à une altitude comprise entre 300 à 600 km, du fait du déploiement des constellations de satellites de télécommunications, qui à terme pourront compter plusieurs dizaines de milliers de satellites.

Différentes mesures sont prises pour tenter de réduire le risque de collision. L'United States Strategic Command (STRATCOM) tient à jour un catalogue répertoriant les orbites d'environ 15 000 objets[7] (de plus de 10 cm en orbite basse et de plus d'm en orbite géostationnaire). Il est mis à disposition des opérateurs de satellites pour leur permettre de modifier les orbites de leurs satellites en cas de risque de collision. Cependant, un très grand nombre de débris spatiaux, plus petits mais susceptibles de provoquer des dégâts importants, ne sont pas répertoriés car ils ne peuvent être suivis par les moyens d'observation (télescope et radar).

Des réglementations ont été progressivement mises en place au niveau national et international pour limiter la production de nouveaux débris : nécessité de conserver suffisamment d'ergols pour abaisser l'orbite des satellites en fin de vie et ainsi accélérer la rentrée atmosphérique, obligation pour les étages supérieurs de fusée de conserver suffisamment d'ergols pour effectuer une manœuvre aboutissant à leur rentrée dans l'atmosphère, limitation du nombre de pièces larguées lors des opérations de déploiement des satellites.

L'Agence spatiale européenne (ESA) propose depuis un « index de santé de l'environnement spatial orbital », construit sur la base d'une évaluation des risques de chaque mission spatiale en termes de débris générés. La consolidation en un index et la projection à travers une modélisation permettent d'envisager l'évolution de l'encombrement de l'espace et des risques de collision[8].

Dans la fiction

Film

Le syndrome de Kessler est à la base de l'intrigue du film américano-britannique Gravity d'Alfonso Cuarón, sorti en 2013.

Littérature

Le syndrome de Kessler est évoqué dans le manga Planetes de Makoto Yukimura, terminé en février 2004, ainsi que dans sa version animée sortie peu après.

La bande dessinée Frontier de Guillaume Singelin, éditée en 2023, met en scène les risques du syndrome de Kessler.

Le roman Le Ciel a disparu d'Alain Blottière, paru en , fonde également son intrigue sur l'effet Kessler. Un écrivain égyptien, conscient du risque majeur pour la survie de l'espèce humaine provoqué par l'envoi dans l'espace d'un nombre toujours croissant de satellites, décide d'assassiner Elon Musk afin d'éviter que cette catastrophe prévisible ne se produise. Blottière peint vers la fin de son roman de façon très réaliste les conséquences possibles de la réalisation des prédictions de Kessler.

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI