Tangping
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Tangping (躺平) ou « s'allonger à plat » est un terme Internet apparu en république populaire de Chine en 2021, qui selon certains chercheurs et auteurs, dénote une contre-culture chinoise. Il fait référence à l'attitude de certains jeunes de rejeter les pressions sociales liées à la culture du travail, « au lieu de suivre les attentes de la société et de persister dans la lutte », choisissent de « rester à plat, sans désir ni revendication ». Elle est considérée comme un moyen de lutter contre l'« involution » (内卷化 nèijuǎnhuà) de la société[1]. Le Tangping peut se voir comme une réaction de rejet de la pression du modèle 996 (travailler de 9 heures du matin à 9 heures du soir, 6 jours par semaine)[2].
Le débat sur sa signification a attiré des centaines de millions de visites sur Weibo, et le terme a suscité des mises en garde de la part des universitaires et des médias d'État[3].
Le mouvement a été décrit comme une culture de la résistance passive, du minimalisme et de l'anti-consumérisme. Contrairement aux hikikomori au Japon, ces jeunes Chinois ne sont pas isolés socialement, mais choisissent volontairement de revoir à la baisse leurs ambitions professionnelles et adopter un mode de vie frugal, priorisant leur santé mentale au matérialisme[4].
Le terme 躺平 provient de l'expression 躺平任嘲 (tǎngpíng rèncháo), qui signifie s'allonger et laisser les gens se moquer[5].
Histoire
En 2011, il est apparu pour la première fois sur Baidu Tieba dans un post opposé au mariage[6],[5].
Des tendances similaires ont été observées ces dernières années. En 2016, des photos d'un acteur chinois avachi dans une sitcom des années 90 sont devenues un mème populaire[7].
La popularité du Tangping a amené certains à repenser à un phénomène plus ancien, celui des Sanhe Dashen (三和大神). Il s'agit de jeunes travailleurs migrants qui se sont installés à Shenzhen et ont accepté un travail informel, travaillant une journée puis passant les trois suivantes dans des cybercafés. Les médias les ont d'abord présentés comme des accros du jeu, mais des entretiens avec eux ont révélé que leur retrait des relations de travail normales n'était pas un choix de vie. Certains d'entre eux avaient vendu leur carte d'identité pour 100 yuans et avaient peu de possibilités d'accéder à un emploi stable ou à un logement[8].
L'opposition entre le mouvement Tangping et la position officielle des autorités, selon certains auteurs, remonte, dans l'histoire de la Chine, aussi loin que l'opposition entre le mouvement Taoïste et la position légiste[9].
Sociologie
Le mouvement a été comparé à d'autres phénomènes se produisant dans les pays industrialisés. Pour Lin Zhonghong, chercheur à l'Institut des études sociales de l'Academia Sinica à Taïwan et auteur du livre The collapse generation, il reflète les tendances générales d'une jeunesse qualifée de « génération de l'effondrement » (collapse generation)[10].
Description
Aspects culturels
Le sens de cette attitude consiste à « ne pas acheter de maison, ne pas acheter de voiture, ne pas se marier, ne pas avoir d'enfants, ne pas consommer » et « maintenir un niveau de vie minimum, refuser de devenir une machine à gagner de l'argent pour les autres et un esclave à exploiter ». Il s'agit des réponses de la « jeunesse à faible désir » (低慾望青年) à la situation actuelle de faible mobilité sociale, une classe moyenne qui diminue, une augmentation des travailleurs pauvres, des relations de travail peu harmonieuses et une structure socio-économique peu engageante, etc[11].
Certains observateurs ont tracé un parallèle entre la culture 996 et le mouvement Tangping. « Le Tangping est né sous la persécution de la culture des 996 heures », a soutenu un écrivain sur la plateforme Zhihu. « Nous, les employés, sommes trop fatigués. Nous devons nous allonger et nous reposer. »
Dans une publication intitulée « Manifeste du tangping », un jeune Chinois décrit le mouvement comme une « tentative d'introduire pour la première fois un courant idéologique prônant la subjectivité humaine » en Chine[6]. Le message disait « s'allonger à plat, c'est la justice ». Il parlait également des philosophes grecs et décrivait son expérience de vie avec 200 yuans [31 dollars] par mois, deux repas par jour et sans travailler pendant deux ans, rapporte le South Morning China Post[12].
L'utilisateur a déclaré : « Je peux simplement dormir dans mon tonneau en profitant d'un bain de soleil comme Diogène, ou vivre dans une grotte comme Héraclite et penser au 'Logos' »[12].
Les netizens chinois profitent de ce moment philosophique pour promouvoir le Tangping comme stratégie de résistance pour les « ciboules »[13].
Les ciboules, dans le langage de l'internet chinois, sont constituées de personnes dont l'existence laborieuse a contribué à alimenter la révolution économique de la Chine, tandis que des prédateurs à la recherche de gains ayant des liens avec l'élite politique « récolteraient » (comme de la ciboule) les fruits de leur travail[13].
Les partisans du Tangping s'attaquent également à l'« involution » (内卷化), un terme anthropologique que les internautes chinois se sont approprié pour décrire un système politico-économique qui se pousse dans ses retranchements plutôt que de chercher à évoluer[13].
De par sa nature, le Tangping est très similaire à une autre tendance qui a émergé quelques années auparavant, la « culture sàng (丧)[14] » ou « culture apocalyptique », qui mettait en évidence un manque général de motivation personnelle chez les jeunes Chinois. Manifestation directe de ces aspects socio-économiques, la jeunesse supporte le poids d'exigences accrues et a actuellement recours à une protestation subtile qui appelle à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, simplement en s'allongeant et en ne faisant rien[15].
Aspects politiques et sociaux
Le Tangping est conçu comme l'antidote de l'« involution », mais aussi l'expression d'une résistance passive. Les individus ne peuvent pas changer les forces plus larges responsables des pressions socio-économiques, comme les monopoles des grandes entreprises et leur capacité à fixer arbitrairement les normes de travail. Au lieu de cela, ils battent en retraite et refusent de s'engager : ils se couchent[8].
Xiang Biao, professeur d'anthropologie sociale à l'Université d'Oxford qui s'intéresse à la société chinoise, a qualifié la culture tangping de tournant pour la Chine. « Les jeunes ressentent une sorte de pression qu'ils ne peuvent pas expliquer et ils ont le sentiment que les promesses n'ont pas été tenues », a-t-il déclaré. « Les gens réalisent que l'amélioration matérielle n'est plus la source la plus importante du sens de la vie[16]. »
La mort soudaine de deux employés de Pinduoduo au cours de la nouvelle année a une fois de plus mis en évidence la pression que les travailleurs doivent supporter dans les grandes entreprises technologiques chinoises, et la quasi-impossibilité d'une promotion sociale[8].
Le marché du travail est devenu encore plus compétitif depuis la pandémie de Covid-19. Le taux de chômage des travailleurs âgés de 16 à 24 ans est passé à 13,6 % en . Les salaires moyens ont augmenté mais restent faibles par rapport à la hausse du coût de la vie dans les villes chinoises. Pour se protéger de l'inflation, les investisseurs plongent dans l'immobilier. Les prix des logements neufs ont augmenté de 0,48 % entre mars et avril, laissant les travailleurs à faible revenu confinés dans des espaces de vie de plus en plus exigus[8].