Photographie parue en première page de Paris-Soir du , pour annoncer le roman-feuilleton de Roger Vailland.Photographies de Tania Visirova dans le numéro 370 de la revue Paris Music-Hall du .
Tania Visirova est issue d’une famille cosmopolite. Son père Andreï est russo-polonais, sa grand-mère paternelle chinoise et sa mère Helena roumaine. Les familles de son père et de sa mère cousinent un grand nombre d’aristocrates de divers pays, comme avec le ministre russe Alexandre Gortchakov ou la reine Natalie de Serbie[2]. Elle vit son enfance entre la Russie et la Roumanie.
Au moment de la révolution d'Octobre, sa famille doit fuir Balta en Podolie, où son père est en poste, avant d'y revenir. En 1921, ils partent pour Kichinev où Tania travaille comme dactylo dans une banque. L’année suivante, son père est déporté dans l’Oural. Il meurt, en Crimée. Tania et sa mère s'enfuient pour la France, avec un passeport Nansen, traversant la Roumanie, la Grèce, l'Italie avant d'arriver à Marseille, puis Paris en 1926[2]. Elle s’inscrit à la Sorbonne pour terminer ses études[5].
Vite surnommée «le plus joli corps de Paris», elle fait un court séjour à Rome, en 1929, et signe un contrat pour danser à Tirana dans un théâtre qui n'existe pas. Elle danse pour le roi Zog et reçoit une importante somme d'argent. Elle reste trois ans en Albanie, prisonnière de Zog, à Durrës et devient sa maîtresse[7]. Pour son 21e anniversaire, elle reçoit en cadeau de Zog une bague avec un diamant de sept carats et demi, similaire à une bague de fiançailles. En plus des bijoux et de l'argent, elle reçoit en cadeau du roi 10 000 m2 de terrain à Xhafzotaj(en)[8]. La vie dans l'ombre de la cour royale commence à devenir difficile pour Tania et sa mère qui l'a suivie. Pour échapper à l'attention et à la persécution des personnes qui ne veulent pas voir la favorite du roi, elle est forcée de s'isoler. Une dernière crise de jalousie sert à Tania pour se séparer de Zog. En 1932, épuisée et sans aucune motivation supplémentaire pour continuer, Tania et sa mère décident de mettre fin, non sans peine, à la cohabitation avec le roi Zog[9].
Revenue à Paris, elle travaille dans un cabaret de la place Blanche[10]. De nouveau sous contrat avec les Folies-Bergère, pour la revueFemmes en Folie, en 1934[11],[12]; elle devient une célébrité. Roger Vailland en fait l’héroïne de son roman-feuilleton publié dans Paris-Soir. Mistinguett devient son amie. Elle se produit aussi à La Villa, 27 rue Bréa[13]. Puis Tania vieillit, on l’oublie, elle vend son dernier bijou en recomposant chez elle, en trompe-l’œil, les décors du Prince Igor.
Elle se retire sur la Côte d’ Azur, donne des cours de danse à Antibes, à Nice, à Vence. Elle a notamment pour élève Olympia Alberti[14], et organise quelques spectacles locaux[15]. La villa, achetée grâce aux largesses de Zog, est vendue. À partir de 1958, Tania et sa mère résident à Roquestéron et à Nice, puis l'appartement de Nice est vendu. Elles se retirent à Roquestéron, vivant très modestement. Le journal Paris-presse, L'Intransigeant annonce même qu'elle entre au couvent[16]. En 1980, Tania vit dans une chambre d’hôtel à Vence avec une pension de 1 200 francs mensuels[1].
Tania et sa mère dépressive et possessive ne se sont jamais quittées[6].
Tania est inhumée auprès de sa mère dans le caveau du cimetière de Roquestéron depuis le , sous le nom de Tania Fomova-Stronovskaya[1].
Franziska Sick, «Roger Vailland: La Visirova, ou le roman rose critique du surréalisme», Le Roman sentimental, t.II, , p.57-73 (lire en ligne, consulté le ).