Taposiris Magna
ancienne cité d'Égypte antique
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Le nom de Taposiris Magna correspond à la ville moderne d'Abousir, implantée à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest d'Alexandrie. Il désigne une ville et un temple de l'Égypte antique, bâti par le pharaon Ptolémée II entre 280 et 270 av. J.-C. Selon Plutarque, le temple désigne la tombe d'Osiris (dont Taposiris Magna est la traduction). D'intéressantes sépultures y ont été découvertes. D'aucuns suggèrent que celles de Cléopâtre et de Marc Antoine s'y trouvent également.
| Taposiris Magna Ville d'Égypte antique | |
Temple de Taposiris Magna vu du nord. | |
| Noms | |
|---|---|
| Nom actuel | Abousir |
| Administration | |
| Pays | |
| Région | Basse-Égypte |
| Géographie | |
| Coordonnées | 30° 56′ 46″ nord, 29° 31′ 07″ est |
| Localisation | |
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Histoire
Lors de la conquête de l'Égypte en 332 av. J.-C. par Alexandre le Grand, celui-ci fonde une ville qu'il appelle Alexandro puis Alexandrie. La ville de Taposiris Magna devient un lieu de la fête religieuse du mois de Khoiak.
En 1798, après avoir investi l'Égypte, Bonaparte fait étudier l'architecture de la ville d'Alexandrie et de Taposiris Magna.
Au XXe siècle, les fouilles du site commencent sous la direction de l'archéologue italien Evaristo Breccia[1], directeur du musée gréco-romain d'Alexandrie. L'historien ancien Callisthène affirmait qu'Alexandre le Grand s'était arrêté en ce lieu en se rendant à l'oasis de Siwa. Ce qui accrédite l'existence supposée d'une ville antique à cet emplacement à l'époque hellénistique[2].
Rôle commercial
La ville se trouvait sur le bras navigable du lit maintenant asséché de l'ancien lac Mariout. La taille de ce lac laisse penser que le port a pu jouer un rôle commercial entre l'Égypte et la Libye. Les commerçants de l'ouest auraient utilisé la voie maritime jusqu'au port, puis emprunté une route terrestre caravanière. Les produits libyens ont pu voyager par bateau jusqu'à Taposiris, puis être acheminés vers les villes intérieures de l'Égypte, mais cette théorie est controversée[3]. Pendant cette période, le vin produit dans cette partie de l'Égypte était réputé[4].
Temple et phare

Au sommet de la crête de Taenia, sur un affleurement de calcaire qui sépare la mer du lac Maréotis, se dressent deux monuments qui furent partiellement restaurés dans les années 1930.
Le premier est une tour, qui a été vue comme un modèle pour le phare d'Alexandrie. Mais une étude plus aboutie a conclu que « la tour d'Abousir » n'était pas un phare, ni même une tour de guet, mais un monument funéraire. Elle avait probablement été construite sous le règne de Ptolémée, après celle de Pharos[5].
Le second est ce qui reste d'un temple d'Osiris. Il a été envisagé par l'équipe des fouilleurs comme la dernière demeure de Cléopâtre VII[6]. Cependant les interprétations émises par l'équipe de l'archéologue Kathleen Martínez (masque à l'effigie d'Antoine, buste d'albâtre attribué à la reine, etc.) ont du mal à être convaincantes[7],[8].
- Temple d'Osiris
- Vue aérienne de la cour du temple.
- Abside de l'église, à l'intérieur du temple.
- Façade nord du temple.
- Pylône (entrée est) du temple.
Autres structures
D'anciens bâtiments privés et publics ont été trouvés alentour, accompagnés de citernes et d'églises. La nécropole montre une grande variété de formes d'inhumation, tant par la qualité des sarcophages et des pyramides que par le style des colonnes et des pilastres. Cette ancienne colonie fut occupée du IIe siècle av. J.-C. au VIIe siècle[9].
Fouilles récentes
Campagne de 2002
Les premiers archéologues ont travaillé sur le site dès 1998[1],[10], mais son exploration approfondie n'a véritablement commencé qu'en 2002, avec une expédition financée et dirigée par l'avocate dominicaine Kathleen Martínez. Elle permit d'exhumer vingt-sept tombes, dont vingt sont en forme de sarcophages voûtés et partiellement souterrains. Les sept autres sont de simples chambres funéraires accessibles par des marches. À l'intérieur, l'équipe trouva un total de dix momies, dont deux étaient dorées. La découverte de ce cimetière indique qu'une personne importante, probablement de statut royal, a pu être enterrée dans le temple. Le style des tombes indique qu'elles remontent à la période gréco-romaine. Kathleen Martinez a fouillé le temple dédié à la déesse Isis et a découvert des pièces de monnaie représentant le visage d'Alexandre le Grand. De profonds puits ont été découverts dans l’enceinte du temple, dont trois semblent être des puits funéraires. Il se peut que ces puits aient été les tombes de personnes de haut rang. Les dirigeants de l'équipe ont émis l'hypothèse que Cléopâtre et Marc Antoine aient été enterrés dans des puits semblables à ceux déjà découverts à l'intérieur du temple.
Campagnes de 2009 et 2010
En 2009, une étude par radar à pénétration de sol est faite dans et autour du temple de Taposiris Magna. Son but est de retrouver le tombeau de Cléopâtre et de Marc Antoine. Le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes (Supreme Council of Antiquities, SCA) a autorisé cette technique de fouille sous la direction de Zahi Hawass, secrétaire général du SCA à l'époque, et de Kathleen Martínez. L'étude révéla la présence d'une série de tunnels et de huit chambres souterraines qui restent à explorer[11].
En 2010, l'équipe découvre une statue géante décapitée, en granit, représentant un roi ptolémaïque, ainsi que la porte d'origine d'un temple dédié au dieu Osiris. La statue est une figure traditionnelle de pharaon égyptien antique, avec son collier et son pagne. Selon Zahi Hawass, ce pourrait être Ptolémée IV, le pharaon qui a construit le temple de Taposiris Magna. L'équipe trouve également des blocs de fondation en calcaire, qui devaient être alignés à l'entrée du temple. L'un de ces monolithes porte des traces indiquant que l'entrée était bordée d'une série de statues de sphinx, similaires à celles de l'ère pharaonique.
Derrière le temple, une nécropole est découverte, contenant de nombreuses momies d'époque gréco-romaine. Ces momies étaient enterrées le visage tourné vers le temple, ce qui suggère que le temple puisse contenir la dépouille d'une personnalité royale importante, peut-être Cléopâtre VII[12].
L'équipe trouve encore une belle sculpture de la tête de Cléopâtre accompagnée de vingt-deux pièces de monnaie à son effigie. La statue et les pièces la représentent avec une grande beauté, contredisant l'idée suggérée par un conservateur de musée anglais affirmant que la reine était assez laide. Les trouvailles de Taposiris Magna reflètent de la reine un charme qui a pu capturer les cœurs de Jules César et de Marc Antoine. D'autre part, la tête sculptée ne montre aucun signe d'ascendance africaine, ce qui contredit une théorie avancée en 2009 par l'archéologue autrichien Hilke Thüre. Cette théorie attribue à Cléopâtre VII, surnommée « la Grecque », la même ascendance que sa sœur cadette Arsinoé IV qui est née d'une mère africaine. L'équipe trouve également de nombreuses amulettes, et parmi les trouvailles les plus intéressantes, un masque qui représente un homme au menton fendu. Son visage montre une certaine similitude avec les portraits connus de Marc Antoine.
Campagnes de 2012 et 2013
En 2012, on constate que les ruines avaient été détériorées lors de la seconde bataille d'El Alamein en 1942. L'équipe trouve dans les tunnels du temple plusieurs bombes qui n'avaient pas explosé, ainsi que des restes carbonisés de soldats italiens et néo-zélandais[13]. Les fouilles de 2013 sont interrompues par la crise politique égyptienne, mais Kathleen Martinez est exceptionnellement autorisée à poursuivre le travail[14].
Campagne de 2015
Dans un documentaire télévisé de 2015 intitulé Cleopatra's Lost Tomb (diffusé en octobre 2015 sur Channel 4 au Royaume-Uni), Kathleen Martinez déclare être sur le point de trouver la tombe de Cléopâtre. Celle-ci était selon elle proche de deux tombes souterraines déjà découvertes. Elle espére que l'étude de ces tombes pourrait commencer dès l'ouverture de la saison de fouilles de 2016.
Campagne de 2020
Durant l'hiver, seize tombeaux rupestres sont mis au jour, contenant plusieurs momies en mauvais état[15]. Ces dernières avaient curieusement leurs langues remplacées par des amulettes recouvertes de feuilles d’or en formes de langues[16]. Cette pratique s'était répandue aux époques grecque et romaine, pour s'assurer que le défunt puisse parler dans l'au-delà. Deux de ces momies montraient des caractéristiques particulières : la première avait conservé ses bandelettes et des parties de son cartonnage, c'est-à-dire des couches de toile de lin encollées, stuquées et peintes qui l'enveloppaient et ornées de dorures à l'effigie d'Osiris ; la seconde portait une couronne ornée de cornes et d'un cobra sur le front, ainsi qu'un collier avec un pendentif en forme de tête de faucon, l'effigie du dieu Horus. En plus des momies, cette campagne permit également de mettre au jour un masque funéraire féminin, un diadème d'or et huit masques de marbre finement sculptés[17].