Temple de Kidal
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Le temple de Kidal (indonésien : Candi Kidal) est un petit sanctuaire hindou - ou candi - de l’époque singhasarienne, situé à Java oriental, dans le village de Rejokidal (kabupaten de Malang), à une vingtaine de kilomètres à l’est de la ville de Malang.
| Temple de Kidal | |
| Présentation | |
|---|---|
| Nom local | Candi Kidal |
| Culte | hindouisme |
| Géographie | |
| Pays | |
| Région | Java oriental |
| Département | kabupaten de Malang |
| Ville | Tumpang |
| Coordonnées | 8° 01′ 33″ sud, 112° 42′ 33″ est |
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Édifié en l’honneur du roi Anusapati, deuxième souverain de Singasari (règne : 1227-1248) assassiné par Tohjaya, le monument s’inscrit dans la tradition funéraire des royaumes javanais orientaux. La mémoire du roi et le lieu de son culte sont évoqués dans le Nāgarakṛtāgama (pupuh 41, v. 1), poème de cour composé en 1365 à la gloire de Hayam Wuruk, souverain de Majapahit, par le poète Prapañca[1].
Architecture
Edifié en 1248 en andésite, le Candi Kidal adopte un plan carré posé sur une haute terrasse et se distingue par une composition fortement verticale, articulée en trois registres : soubassement (kaki), corps (tubuh) et toit (atap)[2]. Le soubassement, relativement élevé, est accessible par un escalier étroit au caractère quasi symbolique ; le corps, plus réduit que la base et la toiture, confère à l’ensemble une silhouette élancée, tandis que médaillons et ceinture ornementale courent autour des parois. La toiture, aujourd’hui tronquée (hauteur conservée env. 12 m), se compose de trois niveaux décroissants ; le dernier, à large surface, est dépourvu de couronnement de type ratna (hindou) ou de stūpa (bouddhique), chaque étage réservant une bande décorative - la tradition rapportant qu’aux angles furent jadis sertis de petits « diamants ».
Le programme sculpté est dominé par la tête du kāla, aspect de Śiva et gardien apotropaïque du seuil, placée au-dessus du portail et des niches : yeux exorbités, bouche béante, crocs recourbés (traits caractéristiques du style javanais oriental), flanquée de mains figurant un mudrā menaçant. Les portes, hautes et étroites, sont surmontées de kāla à mâchoire inférieure visible ; les makara, absents de l’encadrement comme dans les temples plus anciens, apparaissent au pied des escaliers. La décoration narrative développe le cycle de Garudeya (récit hindou de la libération de l’esclavage), avec des Garuḍa en bas-relief sur les côtés et en haut-relief marquant les angles de la terrasse.
Restauration et vestiges de l’enceinte
Autour du sanctuaire, les assises d’un mur d’enceinte ont été mises au jour lors de la campagne de restauration des années 1990[2]. Un escalier placé à l’ouest semble avoir constitué l’accès principal au complexe à travers cette clôture, bien que la configuration d’origine ne puisse être établie avec certitude. Le niveau topographique actuel apparaît plus élevé d’environ un mètre que la plate-forme du temple, différence vraisemblablement liée à des apports sédimentaires d’origine naturelle (crues, dépôts volcaniques). Faute de données stratigraphiques complémentaires, cette hypothèse demeure toutefois non conclusives.
Le ruwatan royal et la fonction funéraire
À la différence des temples de Java central, principalement consacrés à l’exaltation de la religion du souverain et de son peuple, les temples de Java oriental servent prioritairement d’édifices funéraires (pendharmaan) pour les rois. Le Nagarakṛtāgama mentionne ainsi Wisnuwardhana au Candi Jago, Kertanagara aux candis Jawi et Singasari, Raden Wijaya à Simping, Hayam Wuruk à Ngetos, etc[1].
Dans la philosophie javanaise, le temple est aussi le lieu du ruwatan du roi défunt : à travers ce rituel javanais, il y est « purifié » pour renaître comme divinité, idée intimement liée au concept de dewarāja. Pour affermir ce principe, des cycles moraux et légendaires sont fréquemment sculptés au soubassement (Jago, Surowono, Tigowangi, Jawi, entre autres). Conformément à ce cadre et au Nagarakṛtāgama, le Candi Kidal apparaît comme le lieu de ruwatan d’Anusapati, honoré sous la forme de Śiva. En effet, une remarquable statue de Śiva - aujourd’hui au musée de Leiden - est très probablement issue du Candi Kidal[3].
La présence du cycle de Garudeya pourrait s’expliquer par un vœu d’Anusapati lui-même, destiné à « purifier » sa mère Kendedes, figure célèbre de beauté mais au destin tragique, afin qu’elle recouvre la dignité d’une « femme accomplie »[2].
Voir aussi
- Royaume de Singasari
- Ken Arok
- Temple de Jago
Bibliographie
- (en) Jan Fontein, R. Soekmono et Edi Sedyawati, Sculptured of Indonesia, Washington, DC/New York, National Gallery of Art, , 312 p. (ISBN 0-89468-141-9).
- (id) S. Moelyono, Negarakretagama dan Tafsir Sejarahnya, Djambatan, .
- Dinas Pariwisata Daerah Tk. I Jawa Timur, 700 Tahun Majapahit, .
- Archipelago, Monthly Tourism Magazine, First Edition, 1995
- Anusapati, Kompas, Maret 1983
