Tentative de meurtre contre Jacques Tillier

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La tentative de meurtre contre Jacques Tillier est une affaire criminelle qui a, un moment, engagé le pronostic vital d'un jeune journaliste français en septembre 1979, Jacques Tillier, ex-commando de marine puis contractuel à la DST, enquêteur depuis 1974 à l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, d'où il partira l'année suivante.

La tentative de meurtre a lieu au fond d'une cave à champignons de Verneuil-en-Halatte[1], près de la base aérienne de Creil[1], où Tillier, Mesrine et son complice sont arrivés à bord d'une R 5 bleue, selon les déclarations de la victime lors de son sauvetage[1]. Il a été laissé nu, attaché, percé de trois balles, dans un noir complet, sans eau ni nourriture et s'en sort « par miracle »[2] mais restera paralysé d'un bras. La police dit aux médias que Mesrine n'avait pas intention de tuer[1], juste d'humilier et de torturer, afin de minimiser son mobile et le fait que le journaliste n'ait pas été protégé. Puis la presse révèle une intention de tuer, selon les médecins. La presse se demande comment la victime a pu couper ses liens, puis ramper sur six kilomètres jusqu'à la départementale 565[1].

Dès la révélation de l'affaire, le lien est fait entre le journaliste et l'ex-complice de Mesrine, Christian Kopf, que Tillier avait interviewé en décembre 1978[1]. C'est lui qui a fait l'intermédiaire. Jacques Mesrine a fait semblant d'accepter une interview, sollicitée par le journaliste, qui aurait proposé 400 000 francs. Le directeur de Minute, journal qui abhorre Mesrine, dit d'emblée qu'il n'était pas au courant[1] puis les enquêteurs confient que les articles de Tillier ne constituaient pas un mobile suffisant de vengeance. Certains laissent même entendre qu'il aurait, à plusieurs reprises, dépassé son rôle d'enquêteur[1]. Très proche du commissaire Lucien Aimé-Blanc, lui-même proche du Service d'action civique, le jeune journaliste avait bénéficié de fuites intéressées dans les affaires Jean de Broglie, Pierre Goldman et Henri Curiel, puis des coordonnées de Christian Kopf, sous filature.

Mesrine soupçonnait Tillier d'être « une balance »[3]. Le journaliste, qui dès 1979 espérait quitter Minute, ne révèlera qu'en 1984 avoir promis à Kopf de partager l'argent de l'interview, censée être vendue à un autre journal, pour lui permettre de refaire sa vie à l'étranger. Mesrine savait la police au courant du projet de rendez-vous et s'est protégé par un enchaînement de trois rendez-vous successifs dans la même heure, empêchant de déployer une nasse policière.

Le complice n'ayant pas été identifié, l'affaire est restée non élucidée. Charlie Bauer, un temps suspecté, a été acquitté par le jury populaire de la cour d'assises. Mesrine l'a rétribué pour reconnaître Tillier lors du deuxième des trois rendez-vous intermédiaires, car Bauer avait, en mars 1978, reconnu Tillier lors des intoxications du SAC, via Minute , accusant Pierre Goldman d'être responsable de l'assassinat de François Duprat.

La motivation de Jacques Tillier a prendre des risques, allant jusqu'à monter dans une voiture conduite par Mesrine, a suscité des questionnements, car son journal était fondamentalement très critique de la délinquance et de Mesrine en particulier. Le truand avait donné plusieurs interview à Libération, alors un petit quotidien gauchiste à faible tirage, symbole de tout ce que détestait Minute, qui le dénonçait pour l'apologie de la pédophilie.

Confrontée à l'anomalie de cette demande d'interview, la presse estime qu'il s'agit plutôt d'une « affaire de filature » qui a mal tourné[4],[5] et Tillier lui-même reconnaitra qu'il prévoyait de vendre l'interview à un autre journal. L'année suivante, malgré son statut de martyr, il quittera Minute, dont les dirigeants n'avaient pas été prévenus.

Jacques Tillier a ainsi manipulé Kopf, pour obtenir un rendez-vous[6] mais proposé aussi un marché à Lucien Amie-Blanc: « lorsque j'aurai vendu l'interview à « Minute », ou à un autre magazine, je reprendrai contact avec Mesrine pour lui remettre l'argent. A ce moment-là, il sera en confiance et je te le balancerai : tu auras tous les renseignements pour intervenir. »[6].

Motivation de Lucien Aimé-Blanc

Le rôle du commissaire Lucien Aimé-Blanc dans cette affaire a été d'inciter Tillier, qui était son ami et qu'il informait depuis des années, à prendre le risque d'approcher jusqu'à Mesrine en lui faisant comprendre que les policiers veilleront sur lui tout au long de l'opération, comme ils l'avaient fait lors de l'enlèvement Lelièvre.

L'analyse de ce rôle et sa conséquence sur la carrière du commissaire, brutalement stoppée en 1981, est au cœur du premier chapitre du best-seller Dossier P… comme Police, publié en 1983 par Alain Hamon, grand reporter à RTL, et Jean-Charles Marchand, reporter à VSD et RMC.

Selon leur enquête, Lucien Aimé-Blanc travaillait surtout avec l'inspecteur Pierre Langlois[7], beau-frère de Pierre Debizet[7], patron du Service d'action civique. « Ses amitiés on rarement été à gauche », souligne le livre, consacré à la guerre des polices de l'époque, et Aimé-Blanc souhaitait devenir l'homme par qui Jacques Mesrine a été arrêté.

« C'est lui qui manipulera les informateurs de l'affaire Mesrine », soulignent Hamon et Lemarchand. Au lendemain de la rencontre entre ce dernier et Tillier, « on expliquera que Lucien Aimé-Blanc n'avait pas pu aller jusqu'au bout de son plan. Il reconnaîtra par la suite avoir été mis au courant du rendez-vous mais n'avoir pas pris cette information au sérieux. Entre la collaboration totale d'un de ses contacts, l'erreur qui consiste à ne pas croire à la possibilité d'une telle rencontre et les nécessaires précautions que l'on peut attendre d'un policier de cette envergure, sans doute Lucien Aimé-Blanc a-t-il choisi un juste milieu qui pouvait être payant pour lui sans être déshonorant pour d'autres », ont conclu en 1983 Hamon et Lemarchand.

Les deux reporters estimaient ainsi en 1983, avec des précautions de langage, que le commissaire à sciemment abandonné son ami au danger, pour des raisons de carrière.

Mobile de Jacques Mesrine

Dans la culture populaire

Notes et références

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