Terres noires
From Wikipedia, the free encyclopedia

Ancienne abbaye de Marmoutier, Tours.
Les terres noires, terme d'archéologie usité depuis les années 1980[1], désignent d’épaisses couches sombres (généralement d'une épaisseur variant de 0,6 m à 2 m), d’apparence homogène, qui constituent l’essentiel de la documentation archéologique des villes du haut Moyen Âge. Elles s’intercalent entre les stratifications antiques (avant le IVe siècle) et médiévales (après le XIe siècle). Caractéristiques géoarchéologiques de nombreuses zones urbanisées dans l'Europe nord-occidentale de la fin de l'époque tardo-antique, les terres noires ont une origine complexe. Longtemps interprétées comme le témoignage d'une remise en culture des sols et de l'abandon des villes correspondant à l'image d'un Moyen Âge sombre toujours prépondérante dans l'imaginaire collectif, la recherche actuelle montre la grande diversité de leurs modes de formations liées à la sédimentation urbaine[2].
Les terres noires se rencontrant dans de nombreux pays d'Europe.
En Angleterre, les terres noires recouvrent les vestiges romains, surtout en zone urbaine, notamment à Londres.
Les fouilles réalisées en Belgique, dans la région de Bruxelles-Capitale[3] et dans la ville d'Anvers[4] mettent fréquemment au jour des strates de terres noires.
En Suède, une superficie de terres noires de 40 ha a été découverte à Uppåkra (en Suède méridionale, anciennement Danemark), où une implantation humaine puis une ville existent pendant tout le premier millénaire avant que la ville ne soit déplacée à Lund. Sept hectares de terres noires ont été mis au jour dans la ville viking de Björkö (aujourd'hui appelée Birka), dans le centre de la Suède, près de Stockholm. Des terres noires ont également été rencontrées à Köpingsvik, dans l'île de Öland près de la côte est de la Suède méridionale.
En France, elles ont été mises au jour à Bavay et à Corseul[5], à Noyon[6], à Tours sur plusieurs sites[7] ainsi qu'à Paris sur deux sites[8], pour ne citer que ces exemples parmi d'autres.
Une concordance historique et un faciès uniforme
La strate sous-jacente est souvent datée entre le IIe siècle et le Ve siècle, et la couche supérieure, comme dans la Cité de Londres par exemple, du IXe siècle.
Les terres noires montrent peu de signes de structuration sédimentaire, et a fortiori de sous-horizons distincts ; la prospection géophysique, appliquée à un chantier de fouilles de terres noires du boulevard Saint-Michel à Paris (1994-1997), a toutefois mis en évidence l'existence d'une stratification discrète, indiscernable à l'œil nu[8]. Sur tous les sites observés, la strate est riche en matières organiques, y compris du charbon de bois qui lui donne sa couleur foncée caractéristique ; elle contient également des fragments de briques et de tuiles. Son épaisseur varie de 0,6 m (Londres) à 2 m (Noyon). Elle peut caractériser des terrains en périphérie des centres urbains, ou ces centres urbains eux-mêmes, mais avec une surprenante homogénéité de présentation[9].