Thalassopoétique
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La thalassopoétique (anglais : thalassopoetics) est une notion de critique et de théorie littéraires qui propose d'étudier la mer et l’océan comme présence formelle et sensible dans les textes, mais aussi comme principe d’organisation de certains imaginaires, corpus et circulations culturelles. La notion est proposée et développée par la comparatiste Isabelle de Vendeuvre (ENS-PSL) et s’inscrit dans le prolongement de l’oceanic turn[1],[2],[3] et des « blue humanities » (humanités bleues[4]), tout en revendiquant une attention spécifique aux formes (littéraires et artistiques) et aux méthodes de lecture[5],[6].
Dans les présentations institutionnelles associées au séminaire, la thalassopoétique est décrite comme une approche qui (1) s’intéresse à la présence de l’océan dans les textes, (2) considère l’océan comme un principe d’organisation de littératures « mondiales » et (3) mobilise l’océan comme source de créativité méthodologique[5],[7].
Pour Sylvie Requemora (CIELAM - Université Aix-Marseille), la thalassopoétique « revisite la place des océans dans la littérature » [8]. L’approche se veut interdisciplinaire, en dialogue avec d’autres sciences humaines et sociales (histoire, philosophie, sciences sociales, études environnementales), dans un contexte de montée en puissance des questions océaniques dans les institutions de recherche[9]. L’émergence de la thalassopoétique est liée à l'apparition des humanités environnementales dans le champ de la recherche, au même titre que les études littéraires de l’écopoétique, la zoopoétique ou la géopoétique[10],[11].
Origines et développement
Genèse de la notion
Selon un entretien publié par l’ENS-PSL, Isabelle de Vendeuvre indique que ses recherches ont pour origine un cours donné pendant près de dix ans à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) et à l’École polytechnique, puis transformé en projet de recherche, et que la notion de « thalassopoétique » a été proposée au congrès de l’AILC/ICLA en 2022, puis travaillée en atelier au congrès de la SFLGC en 2024[9].
Séminaire à l’ENS et cadre de recherche
Un séminaire intitulé « Thalassopoétique » est organisé à l’ENS-PSL dans le cadre du CRRPLM (République des savoirs) à partir de 2023[6]. Un second cycle de séminaire est annoncé pour le premier semestre 2025, porté par l’ECLA (ENS)[5]. Le séminaire est également mentionné dans le programme du « Cycle Océan » (CERES) pour l’année 2024-2025, qui recense des activités d’enseignement et de recherche consacrées à l’océan à l’ENS-PSL[12].
Diffusion (appels et événements)
La thalassopoétique apparaît dans plusieurs annonces académiques (appels à contributions, agendas). Un appel relayé par Fabula annonce un colloque «Thalassopoétique : lectures océaniques d’expression française / Thalassopoetics: Ocean readings in French » (Université de Cambridge), avec une inscription explicite dans le sillage des humanités bleues et une attention particulière aux formes et au contexte historique[13]. Une annonce de la SFLGC mentionne le même événement (Cambridge, avril 2026)[14].
L'auteur, traducteur et exégète Marc Rastoin évoque la poétique maritime du Comte de Monte-Cristo et parle de l'œuvre d'Alexandre Dumas comme d'un "roman thalassopoétique"[15].
La philosophe Corine Pelluchon consacre à la thalassopoétique l'un des chapitres de son ouvrage « L'être et la mer »[16].
Par ailleurs, un appel publié par la British Society for Literature and Science (BSLS) évoque l’écriture de l’océan via la « thalassopoetics », présentée comme un concept « coined by Isabelle de Vendeuvre »[17].
Approche et méthodes
Le séminaire (ENS) affirme notamment vouloir corriger un « biais » qui tend à marginaliser l’océan dans la lecture littéraire, en proposant des outils inspirés de manières d’être « à la mer » (liminalité, insularité, archipélagité) et d’instruments de « navigation » interprétative[6].
Dans une annonce relayée par Écopoétique (OpenEdition) et la SFPS, Isabelle de Vendeuvre résume l’approche par trois principes : « la lecture de près, la contextualisation historique et la créativité méthodologique »[18],[19].
Positionnement dans les « blue humanities »
Les annonces de colloque et de séminaire situent explicitement la thalassopoétique dans un paysage de recherche marqué par l’oceanic turn et par les « blue humanities », qui étudient notamment la représentation des masses d’eau et les circulations culturelles, en lien avec l’urgence climatique[5],[13],[14]. Un article de The Conversation (repris dans les ressources institutionnelles du Cycle Océan de l’ENS) présente ces enjeux contemporains et inscrit la thalassopoétique dans ce mouvement plus large des humanités bleues[20],[12].
Personnalité associée
Travaux et publications (sélection)
- Isabelle de Vendeuvre, Thalassopoétique (prépublication, HAL)[7].
- Bénédicte Meillon, « Thalassopoétique : lectures océaniques d’expression française / Thalassopoetics: ocean readings in French », Écopoétique[24].
- Isabelle de Vendeuvre, « Thalassopoetics and War and Culture Studies: The Case of Jules Verne », Journal of War & Culture Studies, vol. 18, no 1, 2025, p. 22–36[25].
- Isabelle de Vendeuvre, « Des abysses aux astres—Lecture du Voyage au centre de la terre: La Thalassopoétique ou le décentrement radical », Romanic Review, 115 (3), p. 533–556[26].
- Isabelle de Vendeuvre, « L’océan et la littérature au cœur des enjeux contemporains : “blue humanities” et thalassopoétique », The Conversation (2024)[20].
- Isabelle de Vendeuvre, Thalassopoétique vernienne (Université de Picardie Jules Verne, 17 décembre 2025)[27].
