The Hunted Slaves
tableau de Richard Ansdell
From Wikipedia, the free encyclopedia
The Hunted Slaves (en français : Les Esclaves pourchassés) est une peinture à l'huile sur toile réalisée en 1861 par l'artiste britannique Richard Ansdell. Elle représente deux esclaves afro-américains affrontant un groupe de chiens de chasse alors qu'ils s'enfuient. L'œuvre fait partie de la collection du Musée international de l'esclavage à Liverpool.
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1861 |
| Type | |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
184.1 × 308 cm |
| No d’inventaire |
WAG 3070 |
| Localisation |
Musée international de l'esclavage, Liverpool (Royaume-Uni) |
Description
La toile représente un couple d’esclaves en fuite[1] : « dans un champ de coton du sud des États-Unis, attaqué par une meute de chiens, sans doute envoyés par le propriétaire de la plantation. Le drame est imminent »[2].
Le tableau montre trois chiens d’attaque, vraisemblablement des dogues de Cuba[3] : l’homme se place devant la femme et lève une hache pour se défendre, tandis qu’une menotte brisée pend encore à son poignet, preuve de sa captivité récente[4]. Julien Volper décrit le tableau ainsi : l'œuvre « montre un couple d’esclaves luttant contre des chiens. L’homme, armé d’une hachette, a déjà étendu roide l’un de ses poursuivants. Il y a de l’hallali dans cette combativité, semblable à celle que l’on retrouve dans La Mort du loup d’Alfred de Vigny »[5].
Inspiration
L'historien britannique Hugh Honour identifie plusieurs sources d'inspiration pour ce tableau. La première est un poème de Thomas Moore, The Lake of the Dismal Swamp (1803-1804) ; la seconde, un autre poème d’Henry Longfellow, The Slave of the Dismal Swamp (1842). En effet, plusieurs strophes du poème de Longfellow accompagnent, en 1861, la première présentation du tableau à la Royal Academy de Londres[5] :
« In dark fens of the Dismal Swamp
The hunted Negro lay;
He saw the fire of the midnight camp,
And heard at times a horse’s tramp
And a bloodhound’s distant bay.
Where hardly a human foot could pass,
Or a human heart would dare,
On the quaking turf of the green morass
He crouched in the rank and tangled grass,
Like a wild beast in his lair. »
« Dans les marais sombres du Dismal Swamp,
Le nègre pourchassé gisait ; Il voyait le feu du campement de minuit, Et entendait parfois le bruit des sabots d'un cheval Et les aboiements lointains d'un chien de chasse. Là où aucun pied humain ne pouvait passer, Ni aucun cœur humain oser s'aventurer, Sur le sol tremblant du marécage verdoyant, Il se tapissait dans l'herbe épaisse et enchevêtrée,
Telle une bête sauvage dans son antre. »

Selon Honour, la Case de l'oncle Tom d’Harriet Beecher-Stowe compte aussi parmi les sources d'inspiration du tableau. Le roman publié en 1851 dans le National Era, puis sous forme d'ouvrage l'année suivante, a un impact remarquable en tant qu'œuvre littéraire abolitionniste. Il met notamment en scène des traques aux esclaves de la part du propriétaire de la plantation, Simon Legree, comme de chasseurs d’esclaves. Des éditions nombreuses paraissent accompagnées de gravures : l’une, publiée dans la version anglaise de 1852, montre l'esclave Scipion face aux chiens qui le traquent dans un marécage avant qu’il ne soit sauvé par le « bon maître » Saint-Clare. Le tableau de Richard Andsell reprend le thème de la vaine lutte des esclaves[5].
Interprétation
Au XIXᵉ siècle, les esclaves fugitifs dans le sud des États-Unis étaient souvent traqués comme du gibier. Les propriétaires envoyaient des chasseurs d’esclaves et des chiens spécialement dressés pour retrouver les personnes qui tentaient de s’échapper. Cette chasse humaine faisait partie intégrante du système esclavagiste, destiné à maintenir la peur et à empêcher les tentatives de fuite[4].
Contrairement à de nombreuses représentations de l’époque, dans lesquelles les esclaves apparaissaient passifs ou victimes, le tableau montre des personnes prêtes à résister et à combattre. Le tableau s’inscrit donc dans une tradition visuelle liée aux mouvements abolitionnistes. En montrant la violence de la chasse aux esclaves mais aussi la détermination des fugitifs, l’œuvre invite à réfléchir à la brutalité du système esclavagiste[4].
L'historien britannique d’origine nigériane David Olusoga consacre une longue interprétation au tableau dans son ouvrage sur l’histoire des Noirs en Grande-Bretagne (Black and British, a Forgotten History, MacMillan, 2016). Il indique que si la toile a bien été vendue lors d’une loterie, dont les fonds ont été reversés à des ouvriers du coton de la région de Liverpool, la ville et ses marchands ont également été, à cette époque, les principaux alliés européens des États confédérés d’Amérique, alors favorables à l’esclavage, pendant la guerre de Sécession. Ils leur ont fourni des armes et des navires en dépit de la position officielle de neutralité du Royaume-Uni dans ce conflit[2].
Le banquier Gilbert Winter Moss[6] (1828-1899), avait acquis le tableau de Richard Ansdell. Or, la famille de Moss était elle-même largement impliquée dans le commerce des esclaves[7].