The Uncensored Library
projet prenant la forme d'un monde et un serveur du jeu vidéo Minecraft
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The Uncensored Library ou Bibliothèque libre est un projet prenant la forme d'un monde et un serveur du jeu vidéo Minecraft créé par l'ONG de journalistes Reporters sans frontières, et réalisé par BlockWorks, DDB Berlin[1] et MediaMonks[2]. Ce projet a pour but de contourner la censure de pays n'ayant pas la liberté de la presse. Cette bibliothèque contient un bon nombre d'articles de presse qui ont été bannis dans leurs pays d'origine comme le Mexique, la Russie, l'Arabie saoudite, l'Égypte ou encore le Vietnam. Une aile entière est dédiée à chacun de ces pays, chacun ayant plusieurs articles de presse censurés et rédigés dans leurs langues originelles mais également traduits en anglais. Ces articles pourraient être traduits dans d'autres langues dans le futur. La bibliothèque est disponible depuis le , la journée mondiale de lutte contre la cybercensure (en). Les deux seuls moyens d'accès à cette bibliothèque se font à travers le jeu vidéo Minecraft, soit en téléchargeant une carte du monde via le site officiel, soit en se connectant à leur serveur Minecraft[2],[3],[4].
| Créateur | Reporters sans frontières |
|---|---|
| Développé par | BlockWorks, DDB Berlin, MediaMonks |
| Première version | |
| Type | Serveur Minecraft |
| Site web | www.uncensoredlibrary.com |
Conception
Création
Les bibliothèques "virtuelles" existent depuis une vingtaine d'années : on en trouvait déjà, par exemple, dans le jeu Second Life et les technologies de réalité virtuelle sont en plein essor dans le monde de la bibliothéconomie[5]. La réalité virtuelle, les jeux vidéo et le métavers permettent à l'utilisateur d'interagir avec un environnement simulé. Ces bibliothèques virtuelles peuvent être personnelles ou communautaires. Elles peuvent aussi n'avoir qu'une visée esthétique ou ludique. Peu ont un véritable rôle de bibliothèque[5].
Pour les chercheuses Cavalcanti et Siebra, la Uncensored Library peut être vue comme une véritable bibliothèque car elle promeut une expérience d'immersion pour le joueur usager dans un environnement interactif simulé où il peut consulter des documents et les lire, les seules limitations étant celles du jeu lui-même[6].
L'Organisation non gouvernementale Reporters sans frontières a voulu, avec ce projet, porter l'attention des jeunes sur la censure de la presse. En partenariat avec l'antenne allemande de DDB Worldwide, Reporters sans frontières a choisi Minecraft car c'est le jeu vidéo le plus joué au monde avec 145 millions de joueurs actifs[7]. Pour "construire" la bibliothèque, avec l'aide du studio de design Blockworks et les productions MediaMonks, RSF et DDB Berlin ont dû réunir les forces de 24 personnes provenant de 16 pays différents, sous la houlette de l'architecte James Delaney. Après 7 mois de conception et 3 mois de fabrication nécessitant pas moins de 12,5 millions de blocs[7], la bibliothèque de style architectural néo-classique, faite pour rappeler les plus grandes bibliothèques, comme celle du Congrès américain, a ouvert ses portes le 12 mars 2020 : il s'agit d'une des plus grandes créations du jeu[7].
Pour faire entrer les documents dans la Uncensored Library, les créateurs ont programmé un plugin qui a permis de transformer des documents Word en livres du jeu Minecraft en seulement quelques secondes[8].
Fonctionnement
Le principe est simple : grâce à l'ajout de pupitres de lecture en 1.14[9], le joueur peut lire librement des articles d'une vingtaine de journalistes[8] qui ont été censurés dans les pays d'origine, où il n'y a pas de liberté de la presse. Le joueur a donc accès à plus de 800 articles traduits en anglais mais également dans leurs langues d'origine[2], dispersés dans toute la bibliothèque. Les articles en arabe néanmoins sont disponibles en format audio seulement car le format unicode de Minecraft ne permet pas l'affichage des caractères arabes[7]. Par l'entremise du système musical du jeu, les créateurs ont réussi à "hacker" le jeu en créant des "livres audios", et ce seulement une semaine avant le lancement[8]. Par ailleurs, la couverture médiatique de la bibliothèque donnant lieu a plus de 850 articles de presse pour une audience cumulée de 2,7 milliards de personnes a eu pour effet d'augmenter les dons à RSF de 62%[8].
Les documents disponibles dans la Uncensored Library sont préalablement sélectionnés par RSF avec la permission des auteur.ices. Même s'ils sont présentés, graphiquement, dans le jeu, sous forme de petits livres, il s'agit néanmoins d'articles puisque Minecraft a une limite de 50 caractères[7].
Il n'existe pas de système de catalogage ou d'indexation dans cette bibliothèque, seulement un livre, à l'entrée, présentant le but et l'organisation interne du bâtiment. C'est au joueur, au visiteur, d'explorer de lui-même la bibliothèque en sélectionnant le pays qu'il souhaite visiter ou la salle de RSF, ce qui permet de le téléporter dans l'aile souhaitée[7].
La question de la protection du serveur et donc de la bibliothèque elle-même peut soulever des questions. Le jeu Minecraft n'est pas censuré à travers le monde, et le téléchargement de la map se fait grâce à la technologie de la blockchain. De plus, chaque téléchargement de la map peut être hébergé dans le jeu du joueur lui-même, ce qui permet plus de sécurité mais aussi une multiplication rapide de la bibliothèque[8].
La bibliothèque
Le monde de la bibliothèque libre est divisé en plusieurs parties : un jardin décoratif entourant la bibliothèque, une salle centrale, et des salles annexes.
Dôme / Salle centrale
La salle du dôme est le centre-même de cette bibliothèque. On peut y trouver des centaines d'articles venant d'une centaine de pays, y compris des pays où il n'y a pas de liberté de la presse (ou alors qu'elle soit restreinte) comme la Chine par exemple. Chaque pays a, dans cette salle, au moins un article que l'on peut trouver devant le drapeau du pays respectif. Mais le principal intérêt de cette salle est l'article relatant le classement mondial de la liberté de la presse situé au centre de la salle et qui est illustré par un gigantesque planisphère du monde situé au-dessous d'un sol en verre.
Les salles annexes
À son ouverture, la Uncensored Library comptait 6 salles, chaque salle se trouvant dans une aile individuelle de la bibliothèque. La première est réservée à l'ONG Reporters sans frontières et les 5 autres représentaient 5 pays où la liberté de la presse n'était pas respectée en 2020 : le Mexique, le Vietnam, l'Arabie Saoudite, l'Égypte et la Russie.
Depuis son ouverture, de nouvelles salles ont été ajoutées par RSF : la Biélorussie, le Brésil, l'Érythrée et l'Iran[10].
Dans ces salles se trouvent des articles écrits dans leurs langues originelles ainsi que d'une traduction en anglais. Ces articles parlent généralement de la liberté de la presse, de l'injustice liée à la censure, aux peines infligées, ou fait une critique du journaliste au gouvernement de son pays. Certains articles dans ces salles sont la cause directe de la mort de leurs auteurs, comme pour le journaliste Jamal Khashoggi[4]. Un mémorial est par ailleurs visible dans la section dédiée au Mexique : on peut y retrouver les tombes des journalistes indépendants tués, notamment par le crime organisé et les cartels[11]. On trouve par ailleurs des décorations différentes dans chacune de ces salles : dans la section de l'Arabie Saoudite, une simple cage est représentée en son centre afin de symboliser l'impossibilité dans ce pays d'exercer la liberté de la presse[11]. Dans la section brésilienne, un marteau géant est suspendu au plafond au-dessus d'un livre minuscule[7].
La salle COVID-19
Une mise à jour de bibliothèque a été effectuée ajoutant une nouvelle salle annexe. Cette salle parle de l'actualité liée à la pandémie de COVID-19. Elle présente des livres contenant des articles venant de dix pays différents (Brésil, Égypte, Chine, Hongrie, Iran, Birmanie, Corée du Nord, Russie, Thaïlande et Turkménistan), afin de voir comment ces différents pays reportent la pandémie et comment cela affecte leurs pays[7]. On retrouve également dans cette salle une représentation en 3D du virus. La salle est située sous l'escalier séparant le couloir de l'entrée de la salle centrale.
Chanson
La chanson Truth Hegemony qui apparait dans la vidéo promotionnelle officielle a été écrite par Lucas Mayer et a été interprétée par The Client Said No[12].
Réception
Peu après sa sortie, le projet a énormément été relaté par de nombreuses plateformes médiatiques internationales comme la BBC[13], CNN[14] ou France Info[15].
Le serveur a rapidement été viral et a accueilli plus de 25 millions de joueurs du monde entier (plus de 165 pays)[8] et particulièrement des pays pratiquant la censure et étant référencés dans la bibliothèque. Un an après son lancement, la Uncensored Library avait été téléchargée plus de 300 000 fois[8].
La fonction de clavardage du jeu montre qu'il y a énormément de discussions sur le serveur et donc sur le sujet de la censure[7]. La bibliothèque continue d'avoir une visite moyenne de 50 joueurs par semaine et une vingtaine d'universités ont utilisé le projet au sein de leurs cours[7].
Des influenceurs et vidéastes spécialisés dans le jeu vidéo et ayant une grosse audience, comme CaptainSparklez en ont parlé sur leurs médias, ce qui a renforcé la viralité du projet[8]. Plus de 450 vidéos ont été créées sur la plateforme YouTube[8].
Le Design Museum, à Londres, a fait de la bibliothèque un élément de sa collection permanente[8].
En 2023, Reporters sans frontières a gagné un Peabody Award pour la création de la Uncensored Library[16].