Theresia Winterstein-Seible
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Lohr am Main (- |
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Theresia Winterstein-Seible, née le à Mannheim et morte le à Francfort-sur-le-Main, est une chanteuse et danseuse allemande. En tant que Sinté, elle est persécutée sous le national-socialisme afin de promouvoir l'« hygiène raciale », et subit la stérilisation forcée. L'une de ses enfants meurt des suites d'une expérimentation médicale nazie, et la seconde en est affligée de problèmes de santé chroniques. Plusieurs de ses parents sont stérilisés de force ou envoyés en camp de concentration[1],[2].
Theresia Winterstein naît en 1921 à Mannheim, en Allemagne. Ses parents, Josefine et Johann Winterstein, fabriquent des articles de vannerie qu'ils vendent sur les foires et les marchés. Theresia est baptisée dans la religion catholique romaine et grandit avec deux frères, Otto et Kurt[3]. En 1939, les autorités nazies interdisent au père de Theresia d'exercer son métier, le privant ainsi de ses moyens de subsistance. La mère de Theresia se voit également retirer son autorisation d'exercice professionnel, probablement parce qu'elle s'est opposée à la déportation de son frère dans un camp de concentration et a alerté publiquement sur les conditions de détention qui y règnent[4].
Après le Festsetzungserlass (de) de Himmler, le 17 octobre 1939, la famille Winterstein est forcée de déménager à Wurtzbourg. Le demi-frère de Theresia, Kurt, issu d'un précédent mariage de sa mère, est enrôlé dans la campagne militaire contre la France avant d'être expulsé par la Wehrmacht en 1942 pour « raisons raciales »[4].
Activité professionnelle et interdiction d'exercer
Theresia Winterstein se produit à partir de 1937 comme chanteuse et danseuse au Würzburger Stadttheater, par exemple dans l'opéra de Georges Bizet Carmen et l'opérette d'Emmerich Kálmán Comtesse Maritza. En avril 1940, le théâtre municipal ne renouvelle pas son contrat de travail pour « raisons raciales ». Theresia doit cependant se tenir à disposition de son ex-employeur pour le programme de loisirs nazi Kraft durch Freude.
Pendant un certain temps, Theresia peut encore se produire au club CC-Varieté dans la Eichhornstraße de Wurtzbourg, à l'époque l'un des principaux cabarets locaux. Elle y chante et participe aux spectacles de danse. Elle y fait la connaissance du violoniste sinté Gabriel Reinhard, qui devint plus tard son mari[5].
Lorsque Theresia n'a plus le droit de se produire nulle part, elle gagne sa vie comme vendeuse, couturière, ouvrière en confiserie, emballeuse, et ouvreuse dans un cinéma[6].
Persécution, stérilisation forcée et essais médicaux
Sous le régime national-socialiste, les Sinté et Roms sont systématiquement persécutés et discriminés. C'est le Porajmos, le génocide des Sinté et Roms européens à l'époque nazie. À partir de 1936, la plupart d'entre eux sont déportés, contraints à la stérilisation et parqués dans des camps de concentration. Ceux prétendus « Tsiganes métis » (Mischling) étaient directement menacés de génocide, tandis que les « Tsiganes de race pure » étaient d'abord épargnés parce qu'ils étaient considérés comme « d'origine aryenne ». Dans ce contexte, celles qui déclaraient accepter la stérilisation de leur plein gré pouvaient retarder, au moins temporairement, leur déportation en camp de concentration[7],[8].
En vertu des critères du soi-disant Centre de recherche sur l'hygiène raciale (de), les médecins nazis classent Theresia Winterstein comme « métisse tzigane » et, en 1941, la Gestapo lui impose la stérilisation. Theresia déclare accepter d'être stérilisée[9],[10]. Dans son désespoir, elle tombe tout de même enceinte et se trouve enceinte de trois mois au moment où la stérilisation est prévue. Elle n'échappe à l'avortement forcé que parce qu'elle attend des jumeaux dont le père Gabriel Reinhard est Sintés, et donc considérés comme « de race pure ». Mais elle doit signer pour que ses enfants soient mis à disposition de la Clinique universitaire de Wurtzbourg à des fins de recherche après leur naissance[11].
Le 3 mars 1943, Theresia Winterstein donne naissance à deux filles, Rita et Rolanda, à la clinique universitaire. Le lendemain, elle est stérilisée de force et est soumise au spectacle d'avortements forcés brutaux dans la salle d'opération[12]. Ce n'est qu'après son accouchement que Theresia Winterstein est autorisée à épouser son partenaire Gabriel Reinhardt[13].
Craignant pour ses enfants, Theresia quitte prématurément la clinique le 9 mars 1943 avec les nourrissons. Mais le 6 avril, la Gestapo se rend chez elle, lui arrache les bébés et les dépose à la clinique universitaire de Wurtzbourg[14]. Lorsque Theresia se présente deux jours plus tard à la clinique et, comme on lui refuse la visite, s'introduit de force auprès de ses enfants, elle trouve sa fille Rolanda morte dans son lit, les deux nourrissons portant des bandages sur la tête. Ce n'est qu'un an plus tard, en avril 1944, que Theresia arrive à faire sortir sa fille survivante Rita de l'hôpital. La nature exacte des expériences menées sur les jumelles demeure obscure, mais Rita souffre toute sa vie de conséquences sur sa santé[15].
L'année suivante, le père de Theresia ainsi que son frère Kurt sont également stérilisés de force[14]. Son frère Otto est déporté au camp de concentration d'Auschwitz en janvier 1944[16]. D'autres membres de la famille Winterstein sont déportés, stérilisés de force ou envoyés en camp de concentration[11].
