Thomas Sutton de Clonard
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Thomas Sutton, comte de Clonard (Wexford vers 1722 - Angoulême, [1]) est un armateur, négrier, planteur et financier irlandais naturalisé français, partisan des derniers prétendants Stuart, installé à Paris et Bordeaux. Il est le père de l'explorateur Robert Sutton de Clonard, mort dans l'expédition de La Pérouse.
Riche armateur marchand et corsaire, issu d'une vieille famille jacobite de Wexford (Irlande), Thomas Sutton de Clonard est, par sa mère, parent du négociant Antoine Walsh. Fournisseur dès 1748 de la compagnie française des Indes orientales (viande, alcools...), il demeure aussi longtemps que possible à Wexford, où il sert secrètement les intérêts des Stuart et de Louis XV, puis émigre définitivement en France en 1756, au début de la Guerre de Sept Ans, quittant l'Irlande avec sa flotte marchande et des volontaires pour contribuer aux combats.
Etabli en France, il reçoit en 1763 ses lettres de naturalité et de noblesse d'extraction, prenant alors le titre de comte de Clonard. Ses navires ont désormais Bordeaux pour port principal. Proche de Choiseul, il est à la fois soucieux du développement rapide de ses affaires et de la défense des intérêts français face à l'Angleterre.
Après la défaite ayant conclu la Guerre de Sept Ans, Clonard occupe les fonctions de syndic de la compagnie des Indes orientales de 1766 à 1770, sous le mandat de directeur du banquier Isaac Panchaud. Comme syndic et comme actionnaire il pèse, sans succès, pour le sauvetage de l'entreprise, en dépit des suites de la défaite militaire française.
Brasseur d’affaires très actif, il avait acquis en 1766 la baronnie de Lugos, près de Bordeaux, ayant un projet de mise en valeur de forêts, puis en 1767 les mines de Guadalcanal, en Espagne. Vers 1770, au lendemain de la dissolution de la compagnie des Indes, Clonard décide de développer ses propres affaires en Inde et dans l'Océan Indien. Il spécule sur les lettres de change aux Indes et espère ajouter à cette spéculation financière l’importation de produits coloniaux à forte demande et à valeur ajoutée attractive, tels le café et le sucre[2]. Thomas Sutton de Clonard a réalisé de considérables investissements dans les expéditions « à la grosse aventure » (traite négrière) et dans les plantations esclavagistes de sa famille à Saint-Domingue. Avec son frère Jean-Baptiste, officier de la marine du Roi il conclut quatre importants contrats de 20 000 livres chacun durant l'année 1770. Avec le banquier Isaac Panchaud, il est à l'origine de la nouvelle Caisse d'escompte. Tous deux rachètent en 1777 à Abel François Poisson la verrerie du bas-Meudon, qui deviendra la Verrerie de Sèvres, et qu'ils revendent 15 mois plus tard pour 1,05 million de livres, avec une plus-value de 31 %.
Dès 1778 le comte de Clonard arme de nouveau ses navires en course pour contribuer à l'effort de guerre contre l'Angleterre, confiant le commandement de l'un de ses bâtiments à son fils Robert.
A sa mort prématurée en 1782 Thomas Sutton de Clonard demeure l'un des hommes d'affaires majeurs du royaume, par ailleurs propriétaire de plantations aux Antilles, de terrains dans le bordelais (Lugos, où sa veuve tentera sans succès d'implanter une savonnerie), dans le Périgord et en région parisienne.
Son fils, Robert Sutton de Clonard, né en 1751 à Wexford, fut lieutenant de vaisseau pour la Compagnie des Indes orientales. Il a participé à la défense de Mahé avec Lapérouse, qu'il accompagne dans l'expédition de La Pérouse. Il fut promu capitaine de vaisseau en , au commandement de L'Astrolabe à Botany Bay, pour remplacer Paul-Antoine-Marie Fleuriot de Langle, après la mort au combat de cet officier et celle du botaniste, physicien et météorologiste Robert de Lamanon (1752-1787) dans une île de l'archipel Tonga[3].
Sa fille aînée Frances (1747 - 1798) épouse en avril 1771 à Paris, Jean Ambroise Bugeaud (1730 - 1803), marquis de la Piconnerie, en Périgord, d'où le maréchal Bugeaud ; sa fille Eleanor (1755 - 1822), se marie en janvier 1777 à Paris avec le comte Donal Mac Carthy (1750 - 1795), négociant à Bordeaux.
Notes et références
- ↑ Relevé généalogique sur Geneanet
- ↑ Madeleine Dupouy, Une tentative commerciale dans l'Océan Indien de 1772 à 1777 : Arnaud Lamaignère à l'île de France, in Revue d'Histoire Maritime.
- ↑ (en) John J. McCusker et Kenneth Morgan, The Early Modern Atlantic Economy, Cambridge University Press, , 369 p. (ISBN 978-0-521-78249-4, lire en ligne)
Voir aussi
Bibliographie
- Patrick Clarke de Dromantin, Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle. L'exode de toute une noblesse pour cause de religion, Presses universitaires de Bordeaux, Pessac, 2005, p. 397-399, 448-449, (ISBN 978-2-86781-362-7) (aperçu)
- Louis M. Cullen, « Irish businessman and French courtier : the career of Thomas Sutton, comte de Clonard (ca 1722-1782) », dans John L. Mc Cusker et Kenneth Morgan (dir.), The Early Modern Atlantic Economy, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 86-104.
Articles connexes
Liens externes
- Révolution française et océan Indien, par Claude Wanquet, Benoît Jullien, Indian Ocean International
- Le rachat de la Verrerie du bas-Meudon
- Biographies de membres de l'expédition La Pérouse
- La mort de Robert de Lamanon dans l'archipel Tonga
- Archives nationales : Sutton de Clonard, Thomas, comte, armateur à Rochefort, et sa veuve Philis Masterson de Castletown, réglement de liquidation de sa succession 1782-1791
- (en) Dictionary of Irish biography : Sutton, Thomas by Turlough O'Riordan