Thunnus
genre de poissons
From Wikipedia, the free encyclopedia
Thunnus est un genre de poissons de la famille des Scombridés[1]. Les espèces de ce genre sont communément appelés « thons ». D'autres espèces de la famille des Scombridae ont le même nom vernaculaire.
Description
Le genre Thunnus regroupe des poissons au corps fusiforme et allongé, caractérisé par deux nageoires dorsales très proches, la première ayant un profil fortement concave. Ils possèdent une série de fausses nageoires (pinnules) dorsales et anales, et leurs nageoires pectorales comptent un nombre élevé de rayons (30 à 36, leur nombre variant avec l'âge), supérieur à celui des autres Sombridae. Leur coloration est d'un dos bleu métallique avec un ventre blanchâtre, et des pinnules souvent jaune vif ourlées de noir. Les dents sont petites et coniques et en une seule série. Le premier arc branchial comporte 19 à 43 branchiospines. Les écailles sont très petites. Le pédoncule caudal est élancé et comporte de chaque côté une large quille entourée de deux quilles plus petites. Une vessie gazeuse est présente chez la plupart des espèces. Une caractéristique distinctive entre les espèces est la structure du foie, qui permet de les distinguer : chez T. albacares, T. atlanticus et T. tonggol, le foie est sans stries et son lobe droit est le plus grand, tandis que chez T. alalunga, T. maccoyii, T. obesus et T. thynnus, il présente des stries marquées et son lobe central est le plus important[2].
Habitat et biologie
Les thons du genre Thunnus sont des poissons principalement océaniques, vivant de la surface jusqu'à plus de 500 mètres de profondeur, ils sont cosmopolites mais ne sont pas présents dans les mers polaires. Leur biologie est singulière parmi les poissons osseux, et est caractérisée par un métabolisme très élevé et un système d'échangeur de chaleur vasculaire (rete mirabile) qui leur permet de maintenir une température corporelle supérieure à celle de l'eau ambiante et contribue à leur taux de croissance élevé. Cette endothermie, plus développée chez les grandes espèces comme le thon rouge, le germon, le thon obèse et l'albacore, rend leurs muscles plus puissants et leur permet une nage soutenue, indispensable pour assurer leurs échanges respiratoires. Ce sont des nageurs très efficaces, capables de parcourir de longues distances et réaliser des pointes de vitesse remarquables. Ce sont des prédateurs agiles et opportunistes, qui se nourrissent d'une grande variété de poissons, de crustacés et de calmars. En raison de leur taille, les thons adultes ont peu de prédateurs naturels, les principales menaces venant des marlins, des requins et des cachalots[2].
Liste des espèces
Selon World Register of Marine Species (25 novembre 2025)[3] :
- Thunnus alalunga (Bonnaterre, 1788) — Thon blanc ( préoccupation mineure[4])
- Thunnus albacares (Bonnaterre, 1788) — Thon jaune (préoccupation mineure[4])
- Thunnus atlanticus (Lesson, 1831) — Thon à nageoires noires (préoccupation mineure[4])
- Thunnus maccoyii (Castelnau, 1872) — Thon rouge du Sud (en danger[4])
- Thunnus obesus (Lowe, 1839) — Thon obèse (vulnérable[4])
- Thunnus orientalis (Temminck & Schlegel, 1844) — Thon rouge du Pacifique (quasi menacée[4])
- Thunnus thynnus (Linnaeus, 1758) — Thon rouge de l'Atlantique (préoccupation mineure[4])
- Thunnus tonggol (Bleeker, 1851) — Thon mignon (données insuffisantes[4])
N.B. : les deux sous-genres Thunnus (Neothunnus) Kishinouye, 1923 et Thunnus (Thunnus) South, 1845 toujours maintenus par ITIS[1]ne sont plus acceptés par FishBase[5] et WoRMS[6].
Systématique
Le genre Thunnus a été défini en 1845 par le chirurgien et naturaliste anglais John Flint South (en) (1797-1882), par tautonymie absolue, afin de remplacer le nom Thynnus que Cuvier avait utilisé en 1817, car ce dernier était déjà pris pour une autre espèce. Le nouveau genre Thunnus a conservé la même espèce type que celui de Cuvier, à savoir le Thon rouge de l'Atlantique, nommé à l'origine Scomber thynnus, Linnaeus, 1758, aujourd'hui Thunnus thynnus (Linnaeus, 1758)[2]. Le nom valide complet (avec auteur) de ce taxon est donc Thunnus South, 1845[3].
- Albacora Jordan, 1888
- Germo Jordan, 1888
- Kishincella
- Kishinoella Jordan & Hubbs, 1925
- Neothunnus Kishinouye, 1923
- Orcynus Cuvier, 1816
- Parathunnus Kishinouye, 1923
- Semathunnus Fowler, 1933
- Thinnus
- Thunus
- Thynnus Cuvier, 1816
L'histoire taxonomique du genre Thunnus illustre un phénomène de « regroupement » des genres particulièrement fractionnés. Avant la fin des années 60 il régnait une grande confusion dans la classification des thons, différents chercheurs décrivant des espèces distinctes de thons en fonction de leur région géographique. Pour le thon jaune (Thunnus albacares) seul, pas moins de 10 noms génériques et 37 noms spécifiques différents furent employés au fil des ans. Ainsi, la même espèce était, par exemple, connue sous les noms de Neothunnus macropterus au Japon et à Hawaï, de Thunnus albacares dans l'Atlantique ouest, et de Neothunnus albacora dans l'Atlantique est. De plus, les grands individus aux longues nageoires, appelés en anglais « Allison tuna », étaient classés à part sous le nom de Thunnus ou Neothunnus allisoni. Cette fragmentation a été résolue par les travaux de Gibbs et Collette en 1967. Ces auteurs ont montré qu'aucune différence morphologique ne justifiait cette multiplicité de noms et ils ont postulé que le thon jaune était en réalité une seule et même espèce à l'échelle mondiale. Cette hypothèse de regroupement fut plus tard confirmée par des études génétiques, qui ont démontré l'échange de gènes entre les différentes populations. Conformément au principe de priorité en taxonomie, le nom scientifique valide retenu pour cette espèce est le plus ancien, à savoir Thunnus albacares (Bonnaterre 1788), faisant de tous les autres noms des synonymes juniors, désormais obsolètes[7].
Publication originale
- (en) John Flint South, « THUNNUS », dans Henry John Rose (dir.), Hugh James Rose (dir.), Edward Smedley (dir.), Encyclopædia metropolitana; or, Universal Dictionary of Knowledge, vol. 25, London, B. Fellowes, , 1428 p. (lire en ligne), p. 620‑622
L'espèce et l'Homme
Pêche
Les espèces du genre Thunnus revêtent une importance économique majeure pour les pêcheries mondiales. Les débarquements ont dépassé le million de tonnes entre le milieu des années 60 et la fin des années 1970, avec le Japon, les États-Unis et la République de Corée comme principaux acteurs. Ces thons sont ciblés par la pêche sportive, mais surtout par des méthodes industrielles comme la senne coulissante et la palangre, qu'elle soit conventionnelle ou profonde. L'industrie thonière est confrontée à des défis structurels. L'augmentation du coût du carburant a imposé dès les années 80, l'adoption de méthodes moins énergivores, notamment en utilisant des dispositifs de concentration de poissons pour réduire le temps de recherche. Par ailleurs, la pénurie de poissons-appâts pour les pêches de surface a motivé des recherches en aquaculture pour élever des espèces convenables, bien que ces opérations ne se soient pas avérées économiquement viables, notamment dans les régions insulaires. Un autre enjeu important est la prise accessoire par les palangriers, composée en grande partie de requins, mais aussi de dauphins et de poissons. Une partie de ces prises est rejetée, et une autre est commercialisée localement. De plus, une proportion substantielle des thons capturés à la palangre est rejetée car leur taille ne répond pas aux critères des marchés, ce qui a entraîné une sous-déclaration des captures pouvant atteindre 25 %. Malgré ces défis, toutes les espèces de thon sont très prisées et commercialisées fraîches, surgelées ou en conserve[2].
Les données de pêches sur les thons, regroupent le plus souvent des espèces appartenant également à d'autres genres que le genre Thunnus. Après avoir atteint 2 million de tonnes vers le milieu des années 80, ces captures globalisées de thonidés ont atteint 3 million de tonnes en 1990, 4 millions de tonnes à la fin des années 90, 5 millions en 2014, puis un pic de 5,4 million de tonnes en 2019. les captures de thonidés sont restées stables depuis cette date avec environ 5,2 millions de tonnes en 2023. La répartition par espèces montre une prédominance écrasante du listao (Katsuwonus pelamis), qui constitue 57 % des prises, suivi des vrais thons du genre Thunnus, comme le thon jaune (Thunnus albacares avec environ 31 %), du thon obèse (Thunnus obesus, 7 %), du thon blanc ou germon (Thunnus alalunga, 4 %) et des trois principales espèces de thon rouge (T. maccoyii, T. orientalis, T. thynnus) qui, ensemble, ne représentent que 1 % du total. La senne coulissante est de loin la technique de pêche la plus utilisée, représentant les deux tiers des captures mondiales. La majorité (66 %) de ces thonidés (au sens large) est pêchée dans l'océan Pacifique, faisant de lui la zone de production la plus importante, devant l'océan Indien (23 %) et l'océan Atlantique (11 %). D'un point de vue de la durabilité, la situation globale est positive : 16 des 23 stocks commerciaux suivis par la FAO en 2025 ne sont pas surexploités et ne subissent pas de surpêche, ce qui représente 95 % du volume total des captures. Cette situation est trompeuse pour le genre Thunnus et s'explique par le bon état de santé de tous les stocks de listao (Katsuwonus pelamis), l'espèce la plus pêchée. En revanche pour le genre Thunnus, cinq stocks, incluant les thons rouges, le thon obèse et un stock de germon, sont considérés comme surexploités et constituent les 5 % restants des captures. Le potentiel de croissance des prises est désormais limité, car la pêche mondiale actuelle de thonidés (5,2 millions de tonnes), se rapproche du rendement maximum durable estimé à 6,3 millions de tonnes. Toute augmentation significative, serait incompatible avec le cadre de gestion actuel et nuirait en particulier aux espèces comme le thon obèse et le thon jaune[8].
Exposition au méthylmercure
Des travaux scientifiques dans le Pacifique ont montré qu'il existe des risques liés à la consommation de thon, associés aux apports anthropogéniques de mercure et sa transformation en méthyl-mercure par les processus naturels[9]. La présence de mercure dans les thons du genre Thunnus est influencée par des facteurs océaniques à large échelle, bien que ces derniers soient encore mal compris. Une étude menée entre 2001 et 2015 dans le Pacifique Ouest et Central sur trois espèces commerciales – le thon obèse (Thunnus obesus), le thon jaune (Thunnus albacares) et le germon (Thunnus alalunga) – révèle que les concentrations de mercure ne sont pas uniformes. Elles sont plus élevées aux latitudes sud (10°S-20°S) qu'à l'équateur (0°-10°S), un gradient spatial particulièrement marqué chez le thon obèse. Si la taille du poisson reste le principal facteur expliquant la concentration de mercure par bio-accumulation, les conditions océanographiques jouent également un rôle. Les zones où la thermocline est plus profonde présentent des teneurs en mercure plus fortes. En revanche, le niveau trophique des thons et la productivité primaire de l'océan ont une influence plus faible[10].

