Théorie du reflet (marxisme)
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La théorie du reflet est un processus social et mental notamment décrit et analysé par certains penseurs de la philosophie marxiste[Qui ?]. Dans la pensée philosophique du matérialisme dialectique, la « théorie du reflet » renvoie à la fois au processus de reproduction de la réalité matérielle dans la pensée, et au processus de détermination de la pensée par ses conditions matérielles. La littérature et l’art sont considérés comme des manifestations de la superstructure idéologique, au même titre que les institutions politiques et juridiques, les croyances religieuses et morales – autant de formes de la vie sociale déterminées et conditionnées par les infrastructures économiques et matérielles[1],[2],[3].
Trois grandes tendances de la théorie du reflet dans la critique littéraire marxiste
La critique littéraire utilise depuis longtemps la notion de « reflet » (ou de « miroir ») comme une métaphore pour désigner la manière dont une œuvre reproduit la nature en général et les réalités humaines en particulier. En ce sens, l’usage de la notion est lié à une conception de la mimèsis et de la représentation. Dans les approches sociales du littéraire, le concept de reflet se rapporte plus précisément aux théories marxistes de la littérature, dans le cadre desquelles elle se fonde sur une conception spécifique de l’histoire.
La "théorie du reflet" est le processus par lequel la réalité matérielle est reproduite dans la pensée. Également, le fait que la pensée (et donc les œuvres) est déterminée par ses conditions matérielles. Les œuvres littéraires et artistiques sont vues comme des manifestations de la superstructure idéologique (institutions politiques, croyances, etc.) et sont conditionnées en parti par l’infrastructure économique et matérielle.
Marx et Engels ne se sont pas préoccupés d’intégrer systématiquement la notion de littérature dans le système du matérialisme dialectique, mais ont consacré quelques textes à des œuvres littéraires. Ainsi de la lettre de Engels à l’écrivaine engagée Margaret Harkness de 1888, dans laquelle celui-ci défend une conception spécifique du réalisme, illustrée par Balzac, dont l’œuvre donnerait à lire (reflèterait) un savoir sur le monde qui rejoint l’analyse de Marx (les rapports de classe, la décomposition de la haute société), et cela indépendamment des opinions monarchistes de l’auteur. Plus explicitement que Marx et Engels, Lénine recourt à la théorie du reflet dans ses analyses de l’œuvre de Tolstoï, dont le génie tiendrait à sa capacité à refléter les contradictions d’une période historique précise dans l’avènement de la révolution (la période 1861-1905)[3].
La théorie du reflet est en quelque sorte en germe dans la pensée de Marx, cependant elle sera surtout développée et réfléchie par d'autres penseurs marxistes par la suite, amenant à des débats internes au sein de ce courant.
La critique littéraire marxiste a développé trois grandes conceptions de la théorie du reflet, qui diffèrent par leur manière de concevoir le rapport entre littérature et réalité sociale[3].
- La théorie du reflet mécanique (ou orthodoxe) : Une position dominante dans le réalisme socialiste soviétique (dès 1932). L’œuvre littéraire est vue comme un miroir fidèle de la réalité sociale, devant représenter les rapports de classes selon le matérialisme historique. Elle valorise le réalisme (Balzac, Gorki) et rejette les avant-gardes et le naturalisme, jugés déformants ou superficiels. Ainsi, la littérature est évaluée en fonction de sa conformité idéologique à la réalité sociale marxiste-léniniste.
- La théorie du reflet expressif (et hétérodoxe) : Cette version de la théorie est développée par exemple par des penseurs comme Georg Lukács puis Lucien Goldmann. Elle refuse la vision mécanique : l’œuvre ne se contente pas de reproduire la réalité, elle exprime et structure une conscience de classe ou une vision du monde. Pour Lukács, le réalisme révèle l’essence d’une époque à travers les interactions humaines et sociales. Goldmann élargit cette approche : il établit des homologies structurelles entre l’œuvre, la pensée collective d’un groupe et la société, considérant la littérature comme une force productive exprimant la conscience possible d’un groupe social.
- La critique althussérienne : inspirée par la pensée de Louis Althusser et développée par Pierre Macherey. Cette position critique « l’illusion réaliste », c'est-à-dire que la littérature ne reflète pas la réalité, mais construit une fiction qui révèle les contradictions et les silences de l’idéologie et du voilement idéologique. L’œuvre n’est donc pas un miroir du réel, mais un espace critique où se dévoilent les tensions idéologiques.
