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Tombe viking de Groix

tombe ancienne située sur l'île de Groix From Wikipedia, the free encyclopedia

La tombe viking de Groix (ou sépulture viking à barque de l'île de Groix, tumulus du Krugel[1]), est un site archéologique, désormais détruit, qui était situé au sud du port de Locmaria sur l'île de Groix dans le département français du Morbihan. Le site fouillé en 1906 a livré l'unique sépulture à barque connue en dehors du monde scandinave. Le défunt était probablement un chef viking installé dans le sud de la Bretagne au début du Xe siècle.

Faits en bref Localisation, Pays ...
Tombe viking de Groix
Sépulture viking à barque de l'île de Groix
Image illustrative de l’article Tombe viking de Groix
Reconstitution de la tombe.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Département Morbihan
Commune Groix
Coordonnées 47° 37′ 34″ nord, 3° 26′ 07″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Morbihan
(Voir situation sur carte : Morbihan)
Tombe viking de Groix
Tombe viking de Groix
Géolocalisation sur la carte : Bretagne (région administrative)
(Voir situation sur carte : Bretagne (région administrative))
Tombe viking de Groix
Tombe viking de Groix
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Tombe viking de Groix
Tombe viking de Groix
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Historique

En 1906, les archéologues Paul du Châtellier et Louis Le Pontois décident de fouiller le tumulus connu sous le nom de Cruguel ou Krugel (toponyme breton désignant un petit tumulus), alors haut de 2,30 m, qu’ils pensent être un tumulus de l’Âge du bronze et qui se trouve « à trois cents mètres au sud du village de Locmaria, sur le bord regardant le large et presque à l’extrémité de la pointe qui ferme à l’est la petite baie de Port-Maria »[2].

Les fouilles durent huit jours dans des conditions difficiles. Dès 1906, des spécialistes suédois et norvégiens examinent les objets découverts et attestent de leur origine viking[2].

Description

Du Châtellier et Le Pontois découvrent un tumulus déjà partiellement détruit par l’érosion marine dans sa partie sud-est, sa base se situant à 4,50 m au dessus du niveau des plus hautes mers. Ils estiment son diamètre initial à environ 17 m. Le tumulus se compose d' « une couche de terre argileuse mêlée de sable avec des coquilles, et par conséquent perméable, quoique compacte et très dure » recouvrant un amas désordonné de dalles de schiste et de galets marins[2].

P. du Châtellier et L. Le Pontois découvrent, sous cet amas, une couche archéologique reposant sur une surface constituée de dalles jointives disposés avec soin, les plus grandes (0,90 m sur 0,50 m) placées au centre. Quatre dalles sont dressées verticalement (d'une hauteur variant de 0,60 à 1,25 m)[2].

La couche archéologique est constituée de terre brûlée, de sable et de charbons de bois. La couche renferme en son centre, des os calcinés et un mobilier funéraire, essentiellement métallique, correspondant à une sépulture viking à bateau. Comme le substrat n’est pas rubéfié, du Châtellier et Le Pontois en déduisent qu'il s'agit d'une sépulture secondaire : le bûcher a été installé en un autre endroit et la sépulture, délimitée par plusieurs dalles verticales, correspond à un transport des restes de la crémation[2].

Matériel archéologique

Une partie du matériel archéologique découvert est entré dans les collections du Musée d'Archéologie nationale après l'acquisition partielle des collections de du Châtellier par le musée. Une hache-herminette a été découverte lors de l'effondrement de la falaise au milieu du XXe siècle[3]. L'ensemble du mobilier funéraire a fait l'objet d'études ultérieures et de comparaisons avec les objets découverts dans d'autres tombes du nord de l'Europe[3]. En 2002, Liliane Tarrou réétudie la totalité du matériel conservé au M.A.N. Malgré le caractère sommaire de la fouille, correspondant aux pratiques de l'époque, cette découverte demeure exceptionnelle car c'est la seule incinération à bateau connue en dehors du monde scandinave[4].

Ossements humains et animaux

La couche archéologique a livré quelques ossements humains brûlés correspondant à deux individus et divers ossements d'animaux. Les ossements humains correspondent à un adulte d'âge mur, probablement le défunt principal, et à un adolescent ou une jeune femme, peut-être un(e) esclave. Les ossements d'animaux appartiennent à un chien de taille moyenne et à de petits oiseaux (offrandes ?)[3].

Charbons de bois

L'étude des charbons de bois révèle une prédominance du chêne devant l'orme, le pin, le frêne, le châtaignier et le poirier. Le bateau était probablement construit en chêne et en pin (mâture). Le bois de pin a peut-être aussi été utilisé pour la fabrication des boucliers alors que le frêne devait être utilisé pour celle des lances et des flèches. L'orme, qui était naturellement présent et abondant sur l'île, doit avoir été utilisé pour le bûcher funéraire[3].

Objets métalliques

Le mobilier métallique découvert a été endommagé par l’air salin et les embruns qui ont entraîné sa très forte oxydation : une partie des objets ferreux a été réduit à l'état d'une poudre de rouille et les différents objets, pris en bloc n'ont pas été séparés par électrolyse mais grattés, décapés, voire débités à la scie et au burin. Avant son enfouissement, le mobilier avait subi, lors de la crémation de fortes perturbations thermiques, ayant entraînées des cassures et des déformations de structure[3].

Éléments d'assemblage de la barque

En 1906, du Châtellier et Le Pontois ont estimé que toute la sépulture renfermait environ 800 rivets et une centaine de clous en fer. Des études plus récentes sur un échantillon des 300 rivets les mieux conservés indiquent que les plus grands ont pu servir à assembler des pièces de bois pour la coque du bateau mais que les plus petits doivent correspondre à l’assemblage de coffres et de boucliers en bois. Selon leur taille et leur forme, les clous ont pu être utilisés soit pour la fixation de pièces en bois, soit à titre décoratif[3].

En se basant sur le nombre de rivets découverts et en les comparant à d’autres navires retrouvés en Scandinavie, les chercheurs estiment que le bateau brûlé lors de la crémation devait être bordé à clins et pointu aux deux extrémités, et qu'il devait avoir une longueur supérieure à 10 m et une largeur de l’ordre de 2,50 m[3].

D'autres objets métalliques découverts correspondent à une série d’éléments plats, en tôles de fer superposées, dont certains comportent des trous de fixation, qui ont été interprétés comme un ornement de poupe ou un éventuel instrument de navigation qui aurait été fixé sur un fond circulaire de bois (diamètre d’environ 45 cm) ayant comporté une aiguille orthogonale en son centre. Une seconde aiguille montée sur un support devait compléter l’instrument. Selon Páll Bergthórsson[5], cet instrument, associé à un second exemplaire disposé verticalement, devait permettre de mesurer la hauteur du soleil à midi (la plus grande ombre de l’aiguille pour une disposition horizontale de l’instrument) et aurait constitué un instrument de navigation, moins raffiné que l'astrolabe alors utilisé en Méditerranée, mais bien adapté à la région de Groix : au solstice d’hiver, l’ombre du stylet tombait au milieu d’un des deux cercles supérieurs, la hauteur du soleil correspondant alors sensiblement à la latitude de la zone l’île de Groix (48°) à midi alors qu'au solstice d’été, l’ombre du stylet tombait au centre d’un des deux cercles inférieurs[3].

Armes et éléments d'armement

21 umbos de boucliers, plus ou moins complets, ont été découverts lors de la fouille par du Châtellier et Le Pontois. Selon les fouilleurs, la majorité était disposée sur deux lignes. Le nombre d'umbos retrouvés ne peut correspondre à l’équipement du seul défunt viking incinéré. Dans d’autres sépultures analogues de Norvège, un nombre important d'umbos de boucliers a couramment été découvert. Durant la navigation, les boucliers sont intégrés à la structure du bateau pour en rehausser les plats-bords. Les boucliers ronds devaient mesurer environ 0,95 m de diamètre. En admettant que dix boucliers étaient alignés de chaque côté du bateau, la longueur minimale de celui-ci aurait été d'environ 9,50 m en cohérence avec la longueur estimée à partir du nombre de rivets[3].

Deux épées fragmentaires en fer ont été retrouvées. L'exemplaire le plus remarquable est une épée, à double tranchant, dont les quillons de la poignée sont incrustés d’argent et portent un décor damasquiné d’entrelacs, d’enroulements et de points. Ce décor a été daté par comparaison de la deuxième moitié du Xe siècle[4]. La deuxième épée se limite au quillon inférieur de la poignée, en fer plaqué de bronze incisé formant un décor de bandes verticales, et à un fragment de lame. Elle pourrait dater de 750-900. Un crochet en fer, encore muni d’un rivet latéral, a été interprété comme une suspension de fourreau d’épée, rivetée sur un ceinturon[3]. Une bouterolle, en bronze, ornée d’un oiseau (aigle ?) aux ailes déployées et avec la tête tournée vers la gauche, correspond à l’extrémité d'un fourreau d'épée, probablement en bois. Elle a été datée Xe siècle et serait originaire de Birka[4].

Du Châtellier et Le Pontois mentionnent la découverte de trois pointes de lance à ailerons, en fer. Ce type de pointes a fréquemment été découvert en Europe du Nord-Ouest dans un contexte daté d'une période comprise entre le VIIIe siècle et le Xe siècle. Une seconde pointe, en mauvais état, semble avoir été pliée volontairement. La troisième, percée de cinq trous, serait soit d’origine norvégienne (850-950), soit d’origine scandinave ou continentale (900-1000). Huit pointes de flèches, en fer, furent retrouvées, mais seules quatre sont documentées par des dessins réalisés lors de leur découverte[4]. Une garniture circulaire en fer, pourrait provenir d’un carquois. Du Châtellier et Le Pontois signalent la découverte de fragments de deux haches distinctes. L'une, typiquement viking, daterait de la seconde moitié du IXe siècle[3].

Outils

Plusieurs éléments d’une chaîne en fer ont également été retrouvés ainsi qu'un croc en fer (extrémité de gaffe ?), deux anneaux toriques et divers outils (une petite enclume, un marteau, des tenailles intentionnellement tordues, une râpe ou une lime, une tarière, une pierre à aiguiser…). Tous les outils découverts sont utilisés dans travaux liés à l'agriculture, à la charpenterie et surtout à la forge.

Objets personnels

Plusieurs objets sont en lien avec l'habillement que devait porter le défunt : une bague en or, une fibule en argent et une autre en bronze, une tresse (collier?) en argent, une boucle en bronze décorée de motifs végétaux, des fragments de boutons en argent, des fils d'or, cinq boucles en fer correspondant à un ceinturon ou à des éléments d'un harnachement, un éperon, une lame de couteau, diverses plaques en fer ou recouvertes de bronze pouvant correspondre à un harnais de cheval[3].

Du Châtellier et Le Pontois ont retrouvés des pièces d'un jeu viking (tafl) composés de dix-neuf pions en bois de cerf ou en ivoire de morse et deux dés en ivoire de morse[3].

Vases et récipients

Cinq récipients métalliques ont été découverts : 1 grande marmite (0,40 m de diamètre) et 2 petits vases en tôle de fer, 2 vases en bronze de dimensions similaires. Ces récipients pourraient correspondre à diverses nourritures destinées à accompagner le défunt dans son dernier voyage[3].

Interprétation et datation

La sépulture présente des similitudes avec les monuments funéraires de la période viking en Norvège[4]. L'ensemble du matériel archéologique, dont l'armement, suggère que le défunt était un personnage de haut rang[4], un chef viking d'origine norvégienne s'étant installé dans l'Ouest de l'Europe (certains objets n'étant pas d'origine scandinave)[3].

Des sources écrites lacunaires attestent d'une présence viking du IXe siècle au XIe siècle le long de la côte bretonne et en lien avec l'embouchure de la Loire. Dès la fin du IXe siècle, les Vikings profitent du conflit entre Bretons et Francs pour s'installer le long de la côte sud de la Bretagne et dans l'embouchure de la Vilaine. Après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, qui leur accordent de s'établir en Normandie, les Vikings s'implantent aussi en Bretagne (entre 919 et 939)[4]. Dans la seconde moitié du Xe siècle, les Vikings privilégieront des raids en quête de butin sans intention de s'installer (prise de Nantes en 960)[3],[4]. La sépulture date probablement du premier tiers du Xe siècle, vers 950 au plus tard, qui correspond à la période où les Vikings étaient présents en Bretagne[3].

Notes et références

Voir aussi

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