C'est selon son vœu qu'après sa mort, le à Paris, Chateaubriand est enterré sur l'îlot du Grand Bé, près du bord de la falaise et éternellement tourné vers la mer et la tempête dont, dit-il, «le bruit berça mon premier sommeil»[3].
Comme il a pu l'écrire à cette époque à l'un de ses amis, Chateaubriand recherche en fait depuis 1823 une petite île où être inhumé après sa mort. À la veille de ses soixante ans, en 1828, il fait passer une demande au maire de Saint-Malo afin que lui soit concédée «la pointe occidentale du Grand Bey». Le conseil municipal lui répondra cependant par un refus, prétextant quelques raisons relatives à «la vie publique et privée de l'écrivain». Par la suite cependant, un poète malouin admirateur de l'écrivain, Hippolyte de La Morvonnais, intervient auprès du nouveau maire Louis Hovius en 1831. Cette fois, le conseil municipal consent, sous réserve d'un accord avec le ministre de la guerre, à ériger son tombeau sur la pointe ouest du Grand Bé. Le tombeau sera finalement fin prêt dix ans avant la mort effective de l'écrivain, soit en 1838[4].
Le tombeau est menacé par l'érosion dès 1924[5],[6]. La famille de l'écrivain autorise son déplacement, mais en l'absence de concensus entre les experts, le tombeau demeure à son emplacement originel[7].
Tombeau de François-René de Chateaubriand, le Grand Bé, Saint-Malo, Eau-forte en couleur (vers 1900)
L'ouvrage était à l'origine entouré de rambardes en fer de style néogothique, mais en 1944 un obus brisa un angle de la pierre tombale et la rambarde, endommagée, fut remplacée par un projet plus proche du projet initial et ne comportant que trois côtés afin que l'écrivain puisse prolonger son dialogue avec la mer, selon la décision de l'architecte en chef des Monuments historiques Raymond Cornon qui respecta aussi un des vœux de l'écrivain: que sa tombe ne comporte aucune inscription.
Si sa tombe ne comporte effectivement aucune inscription, une plaque non nominative fut cependant posée sur le mur en arrière du tombeau, avec pour inscription:
"Un grand écrivain français a voulu reposer ici pour n'y entendre que la mer et le vent. Passant respecte sa dernière volonté."
Plaque non nominative
«Il dormira là-dessous, la tête tournée vers la mer; dans ce sépulcre bâti sur un écueil, son immortalité sera comme fut sa vie, déserte des autres et entourée d'orages.» (Flaubert)[8]
Le site est fortement soumis à l'érosion et il n'est plus possible aux visiteurs de faire le tour du monument funéraire, dont l'une des bornes de granite est devenue bordée par le vide. Une étude préalable à d'éventuelles mesures de conservation a été demandée en 2023 par la municipalité de Saint-Malo, propriétaire de la tombe[9].
Grand admirateur de Chateaubriand, Flaubert est venu se recueillir sur la tombe lors d'une visite en ce lieu qui est évoquée dans le récit de voyagePar les champs et par les grèves[10].
«Le tombeau de Chateaubriand nous sembla si ridiculement pompeux dans sa fausse simplicité, que, pour marquer son mépris, Sartre pissa dessus.»
Une anecdote quant au Grand Bé veut que le terme Be signifie tombe en breton, mais on ne sait pas si cela a pu jouer un rôle dans le choix de l'écrivain. Chateaubriand précise toutefois qu’il n’en savait rien: «j’avais bien choisi sans le savoir» déclare-t-il dans ses Mémoires d’outre-tombe[3].
Notes et références
↑Louis Chauris, «Saint-Malo: la pierre et la mer», Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t.89, , p.30.