Dans Télérama, qui attribue quatre « T » à l'ouvrage, Valérie Lehoux voit « un tourbillon narratif brillant » dans lequel l'historienne fait page après page le récit des familles Perelman et Wieviorka, et en creux se dévoile elle-même[1]. Frédérique Roussel et Jean-Louis Jeannelle, respectivement dans Libération et Le Monde, témoignent d'une difficulté initiale à se repérer dans la dense valse des noms, mais bientôt, « la familiarité s'épanouit et s'apparente à celle que l'on peut entretenir avec des personnages de romans » (Frédérique Roussel)[2],[3].
Par-delà l'autobiographie et l'hommage familial, les parcours croisés des deux familles viennent éclairer la vie juive parisienne de l'entre-deux-guerres, « où s'opposent religion et assimilation, bundistes et communistes » et où se mêlent français et yiddish, notamment au travers de la cantine ouverte rue d'Ulm par Wolf et Guitele Wieviorka et qui accueille « l'intelligentsia juive fauchée »[4],[5],[6]. Pages « passionnantes » que celles « consacrées à l’immigration de ces Juifs polonais », écrit Martine Floch dans Allemagne d'aujourd'hui[7].
L'ouvrage se fait témoignage historique, encore, lorsqu'il revient sur les trajectoires individuelles des Perelman et Wieviorka durant l'exil que provoque l'occupation nazie, ainsi que l'écrit Jean-Louis Jeannelle : « L’historienne interroge la vie de ses proches, tous confrontés à des choix dont ils ne pouvaient mesurer les conséquences, afin d’éclairer de l’intérieur la cruauté du destin qui condamna ceux ayant préféré, en 1942, rester à Nice et sauva ceux ayant opté pour la Suisse[3]. »
Frédérique Roussel et Jean-Louis Jeannelle soulignent l'omniprésence bienvenue, dans le récit, des écrits du grand-père paternel de l'auteure, Wolf Wieviorka, nouvelliste et journaliste, assassiné à Auschwitz en 1945[2],[3].
Tombeaux se conclut par l'évocation de l'avortement clandestin de Berthe Berneman, née Perelman, en 1946, qui conduit en prison femmes ayant avorté, médecins et proches. Il fait dire à l'auteure : « La République qui marque le retour à la liberté d’être Juif ou de ne pas l’être […] ne rompt pas avec l’ordre moral. […] Elle s'immisce dans leurs corps. Dans ce domaine, il n’y a pas rupture, mais continuité aggravée[7],[8]. »
Les critiques s'accordent sur la sensibilité de l'écriture d'Annette Wieviorka, dont l'intimité du récit s'accompagne d'une rigueur documentaire source d'une grande richesse en détails ; un « exercice virtuose d'égo-histoire » selon L'Histoire[4],[5],[6],[7].
L'historienne reçoit le prix Femina « Essai » pour Tombeaux[9].